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* LIBRE OPINION : Je suis fier de l’opération TURQUOISE PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 07 Mai 2012 14:50
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Le Père Gabriel Maindron, curé d’une mission catholique au Rwanda en 1994, apporte un témoignage personnel sur l’action salutaire des soldats français de l’opération Turquoise.


J'ai entendu beaucoup de mensonges ou demi-vérités au sujet de l'opération Turquoise et de l'action des militaires français au Rwanda. Aussi j'accepte bien volontiers de donner mon témoignage pour que la vérité ne soit pas déformée.
Je suis arrivé au Rwanda en 1959, après mon service militaire.
J'avais alors 23 ans. Je me suis mis à la disposition de Mgr Bigirumwami, évêque de Nyundo, le premier évêque noir de l'ex-Congo Belge, Rwanda, Burundi. Pour mieux épouser la culture et la langue rwandaises  de ce pays d'adoption, j'ai décidé de terminer mes études de théologie au Grand Séminaire de Nyakibanda, situé dans le Sud du pays. Le 10 juin 1962, j'étais ordonné prêtre par ce même évêque à Nyundo et pour le service de l'Eglise du Rwanda. Je connais donc bien ce pays et j'y ai vécu des années heureuses en bonne relation avec tous les Rwandais.
Le matin du 7 avril 1994, la radio nationale du Rwanda annonçait le crash de l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana et du président du Burundi qui avait eu lieu la veille au soir. Aussitôt l'information connue, ce fut comme une étincelle qui a mis à feu et à sang progressivement tout le pays; l'abominable génocide des Tutsis avait commencé.
Je me trouvais dans un poste situé en pleine campagne dans la commune de Rutsiro, préfecture de Kibuye. J'ai refusé d'être rapatrié par l'ambassade de France. Je voulais rester sur place pour venir en aide aux victimes.
Dès le lendemain de l'attentat, des réfugiés se présentaient à la mission; J'ai accueilli dans mon presbytère des dizaines de personnes. Malgré tous mes efforts, je n'ai pas réussi à sauver ce premier groupe de réfugiés.
J'ai continué à cacher quelques rescapés qui se présentaient et quand les militaires français de l'opération Turquoise sont arrivés à Kibuye, je leur ai fait appel pour qu'ils viennent évacuer les Tutsis que je cachais avec beaucoup de danger. J'ai pu ainsi sauver 23 personnes.
Les personnes rescapées faisaient l'éloge des soldats.
Les militaires venaient la nuit – car la région était dangereuse – et ils risquaient de se heurter à des barrages de route, tant la population était déchaînée. Le 2 juillet 1994, les soldats français ont évacué 7 personnes sur Kibuye puis la ville de Goma en RDC.
J'ai pu faire avertir d'autres rescapés qui se cachaient chez l'habitant. Ils se déplaçaient la nuit et les militaires venaient les prendre dans mon presbytère. Ainsi, le 5 juillet, ils ont pu évacuer encore 5 autres personnes et le lendemain 6 juillet, encore 4 autres personnes. Je  garde précieusement les noms de ces Rwandais sauvés grâce aux militaires français.
A la première évacuation, celle du 2 juillet, le commandant avait autorisé deux journalistes à accompagner les soldats. C'était Nicolas Poincaré (à l'époque journaliste sur France-Info et actuellement journaliste sur Europe 1) et Philippe Chaffandon, grand reporter à RTL. Nicolas Poincaré a pu donner sur son téléphone satellite une information en direct, faisant parler les rescapés, et c'est par cette information que ma famille qui n'avait pas de mes nouvelles a pu apprendre avec soulagement que j'étais en vie.
Je suis donc un témoin direct de l'action des soldats de l'opération Turquoise au Rwanda et je puis témoigner de l'efficacité de leur intervention.
Je me souviens du capitaine Bucquet (actuellement colonel ?) qui commandait l'opération de sauvetage à la Crête Congo-Nil. Les personnes rescapées, sauvées par les militaires, faisaient l'éloge des soldats qui leur avaient sauvé la vie.
Je suis convaincu que  si l'opération Turquoise décidée par l'ONU avait commencée plus tôt, on aurait pu sauver des centaines de  personnes dans la paroisse où je me trouvais. Et sur l'ensemble du pays, ce sont des milliers de Tutsis qui auraient la vie sauve.
Je ne comprends pas les accusations portées contre l'opération Turquoise en général et les soldats français en particulier.Quand on parle de l'action de l'armée française au Rwanda, pourquoi ne commence-t-on pas par interroger ceux qui leur doivent la vie ?
Quant aux viols ou autres crimes éventuels, sur place, je n'ai rien entendu de pareil. S'il y a eu des débordements, que la justice fasse son travail, mais pas la rumeur. Méfions-nous des témoignages recueillis longtemps après les faits et qui pourraient être manipulés.  Au Rwanda, j'ai vu des soldats protéger des personnes en grand danger. C'est bien ainsi que j'imagine les valeurs d'une armée digne de ce nom ; et nous pouvons être fiers de son action au Rwanda.

Gabriel MAINDRON
Prêtre catholique


 
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