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* LIBRE OPINION :La puissance impuissante. Réponse du Colonel Michel GOYA au général (2S) Gaviard PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 07 Juillet 2012 11:05
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Dans Le Monde.fr en date du 2 juillet dernier, le général (2S) Gaviard décrit quels seraient selon lui les moyens militaires français qui pourraient être engagés si une résolution était votée par le Conseil de sécurité des nations-Unies en faveur d'une intervention en Syrie.

Selon le principe de la dernière chose vue (utile à son propos), le général Gaviard ne conçoit l'intervention éventuelle en Syrie que comme une réédition de l'intervention de l'OTAN en Libye à partir de deux présupposés qui paraissent discutables.

Passons sur l'obligation d'agir en coalition et sous mandat des Nations-Unies. Ce n'est pas parce qu'une affirmation est répétée qu'elle est une vérité. De Gaulle n'a jamais eu besoin d'alliés ou de mandat international pour dégager la base de Bizerte en 1961 ou intervenir au Tchad en 1969. De la même façon, en mai 1978, Valéry Giscard d'Estaing a engagé dans des combats violents l'équivalent d'une brigade au Tchad et au Zaïre.
Certes l'armée syrienne est un adversaire plus redoutable que le Frolinat ou les Katangais de Kolwezi mais il n'est pas inutile de rappeler qu'elle a été vaincue nettement et à plusieurs reprises par une armée voisine (certes c'est plus facile) dont le budget n'est que le tiers du nôtre.

Le deuxième présupposé est plus étonnant : « Les enseignements tirés des opérations en Afghanistan interdisent, de fait, pratiquement toute intervention terrestre menée par les occidentaux dans un pays musulman ».
Les 15 000 soldats de l'US Army au Koweit, nos propres forces au Liban, aux Emirats ou à Djibouti, entre autres pays musulman, apprécieront. Les soldats déployés en Afghanistan depuis 2001 sauront aussi que leur action est déjà jugée indigne d'être renouvelée.
On sait bien que les Etats-Unis hésiteront avant de rééditer les expériences irakienne et afghane et qu'ils sont tentés par des actions beaucoup plus indirectes. C'est un balancier permanent dans l'histoire militaire américaine contemporaine.

Pour notre part, il n'est pas inutile de rappeler que nous avons le droit d'avoir une politique de défense propre et des idées originales. On se doute bien que les pays arabes n'aiment pas forcément voir un contingent étranger pose le pied sur leur sol (mais qui aime cela ?), ce fut pourtant le cas à de nombreuses reprises dans le passé. L'exemple de la Libye est finalement assez unique et un des enseignements que l'on peut d'ailleurs en tirer est qu'une intervention terrestre limitée dans le temps aurait raccourci considérablement les combats et sauvé des milliers de vies (ce qui, au passage, était à la fois notre mission et autorisé par le mandat qui n'excluait que l'occupation).

Ces hypothèses étant posées comme évidentes, le général Gaviard examine ensuite l'emploi possible des forces, du coup seulement aériennes (avec une pincée de forces spéciales).
Cet examen est finalement un constat d'impuissance et une liste de lacunes capacitaires dans « la lutte contre les défenses aériennes et anti-surface mais aussi de moyens de renseignement et de drones, d'armements précis en zone urbaine, de ravitailleurs et d'avions de transport tactique modernes ainsi que de capacités de cyber attaque. »
A ce stade, on est en droit de se demander ce que nous sommes en réalité capables de faire face à une armée syrienne dont le budget est vingt fois inférieur au nôtre et dont on peut considérer qu'elle n'est pas forcément au mieux. On peut s'interroger aussi sur la façon dont nous en sommes arrivés là et de ce qu'il reste de notre puissance aérienne autour du magnifique Rafale. Peut-être que le milliard et demi d'euros que nous consacrons annuellement à l'achat de cet appareil a un peu asséché les autres investissements.

Bien entendu, on l'aura compris ce document n'a pas beaucoup à voir avec la Syrie mais beaucoup avec les futurs Livre blanc et loi de programmation. Il désigne une armée qui ne sert plus à grand-chose à partir du moment où elle ne peut poser le pied dans un pays musulman (c'est-à-dire globalement l' « arc de crise ») et une liste d'investissements à réaliser d'urgence pour pouvoir à nouveau faire quelque chose d'efficace.
En attendant, selon l'ancien sous-chef opérations de l'état-major des armées, la France, ex-première puissance militaire mondiale et disposant encore du quatrième budget de défense au monde ne peut  plus rien faire seule.
Suis-je le seul à être choqué par ce constat ?

Colonel Michel GOYA
(http://lavoiedelepee.blogspot.fr)

 
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