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* LIBRE OPINION : La crise syrienne, révélateur tragique de la naissance du nouvel ordre mondial PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 06 Mai 2013 14:45


Par Alain CORVEZ Analyste stratégique….

 

Dans le salon de l’Élysée, lors de la conférence de presse du 27 novembre 1967, le général de Gaulle retraçait magistralement l’historique de la guerre des Six jours de juin précédent et donnait sa vision d’un règlement possible du conflit entre Israël et les Arabes. Il achevait son exposé par cette conclusion qui reste d’actualité :

« Pour qu’un tel règlement puisse être mis en œuvre, il faudrait qu’il y eût l’accord des grandes puissances (qui entraînerait ipso facto celui des Nations unies) et, si un tel accord voyait le jour, la France est d’avance disposée à prêter sur place son concours politique, économique et militaire, pour qu’il soit effectivement appliqué. Mais on ne voit pas comment un accord quelconque pourrait naître, non point fictivement sur quelque formule creuse, mais effectivement pour une action commune, tant que l’un des plus grands des Quatre ne se sera pas dégagé de la guerre odieuse qu’il mène ailleurs. Car tout se tient dans le monde d’aujourd’hui.

Sans le drame du Vietnam, le conflit entre Israël et les Arabes ne serait pas devenu ce qu’il est et si, demain, l’Asie du Sud-Est voyait renaître la paix, le Moyen-Orient l’aurait bientôt recouvrée à la faveur de la détente générale qui suivrait un pareil événement ».

 

Menaces nucléaires

Tout se tient en ce bas monde, encore plus de nos jours. Les menaces de guerre nucléaire que le leader de la Corée du Nord adresse à son voisin du Sud, au Japon et aux États-Unis en réponse à leurs sanctions et pressions, ne sont pas à prendre à la légère, tout en relativisant leur importance compte tenu du déséquilibre des forces. Il semble que le jeune chef d’État se soit bien préparé à sa fonction et maîtrise le concept de la dissuasion qui interdit désormais l’emploi de l’arme fatale depuis l’instauration de l’équilibre de la terreur. Mais il indique par là, tout particulièrement à l’Amérique, qu’il y a des limites à ne pas franchir et si la Chine, relativement silencieuse sur le sujet, fait mine de vouloir calmer son allié, il semble évident qu’elle est en réalité l’auteur de ce coup de semonce en direction des États- Unis qui mènent depuis quelque temps une politique en Asie du Sud-Est d’encerclement stratégique, nouant des alliances multiples pour contrer le « collier de perles » de bases et d’alliances que Pékin a nouées avec ses voisins proches ou lointains, dont la Corée du Nord.

 

À cet égard, il faut se souvenir qu’en décembre 2011 un avertissement encore plus net avait été adressé aux États-Unis successivement par la Russie et la Chine, les deux chefs d’États dénonçant à quelques jours d’intervalle l’impérialisme de la politique américaine dans le Monde et menaçant d’un affrontement nucléaire si Washington s’entêtait à vouloir déployer son bouclier anti-missiles aux marches de leurs espaces vitaux, le fallacieux prétexte d’une menace iranienne n’étant même pas évoqué. Medvedev et Hu Jin Tao annonçaient solennellement à leur télévision nationale la mise en alerte de leurs forces stratégiques et la Marine russe renforçait simultanément sa présence en Méditerranée au large de la Syrie et dans les ports de Tartous et Lattaquié. Le projet américain est depuis retiré des priorités, s’il n’est pas tombé aux oubliettes.

 

Il y a là des signes clairs que nous entrons dans un monde multipolaire dans lequel l’Amérique, tout en restant la puissance dominante pour encore longtemps, devra accepter de partager avec d’autres puissances, émergentes ou réémergentes, l’organisation du monde. Vladimir Poutine l’avait clairement dit, bien qu’en termes diplomatiques, lors de son discours de Munich en février 2007, à la Conférence sur la sécurité en Europe, annonçant la naissance d’un nouvel ordre mondial dans lequel la démocratie serait indispensable mais comportait des obligations de respect des minorités pour les majorités qui en émanaient.

La médiation proposée en mai 2010 par la Turquie et le Brésil pour résoudre la crise iranienne était un de ces signes, même si elle a été rejetée par les Occidentaux et les États-Unis qui n’étaient pas disposés à cette époque à régler la question.

 

Nouvelle politique américaine

La nouvelle équipe dirigeante que le Président Obama s’est choisie, John Kerry aux Affaires étrangères et Chuck Hagel à la Défense, veut adapter l’Amérique à ce nouveau monde. Ils ont clairement indiqué que les États-Unis ne doivent plus intervenir militairement pour régler les crises, ce qui coûte trop cher en dollars et en vies humaines mais s’efforcer d’y parvenir par la négociation.

En mai 2012, avant même d’être envisagé par Obama comme futur responsable de la Défense, Chuck Hagel avait donné un entretien dont j’ai traduit ce passage révélateur :

« L’Amérique doit faire davantage pour établir un nouvel ordre mondial qui tienne compte de l’émergence de nouvelles puissances mondiales, en s’engageant activement dans la réforme et la promotion d’organisations et de structures multilatérales. Cela ne signifie pas que nous soyons d’accord avec tout le monde mais nous devons nous ajuster aux réalités de ces nouvelles puissances.

Nous devrions accepter ce fait et diriger le changement parce que c’est notre intérêt, exactement comme Truman et Eisenhower l’ont fait… Le déclin américain n’est pas inévitable, mais la capacité de nous en protéger ou de l’éviter est dans nos mains. Ce discours stupide sur l’Amérique qui serait dépassée par l’histoire, ce n’est pas à cause de la Chine ou du Brésil ou de l’Inde. Si cela se produit ce sera parce que nous l’aurons laissé arriver. C’est à nous de voir ».

 

Au sujet de la Syrie, il disait :

« Le monde s’oriente vers une diversité des structures du pouvoir dans laquelle les États-Unis ne sont plus l’unique et inégalée superpuissance. Ceci, combiné aux problèmes internes du pays et au désir des Américains d’en finir avec une décade de guerre, indique clairement la nécessité d’une solution diplomatique en Syrie. Nous devons absolument comprendre les limites des grandes puissances. Il y a tellement de variables incontrôlables en jeu en Syrie et au Moyen-Orient. Il faut travailler avec les institutions multilatérales disponibles, l’ONU, la Ligue arabe. La dernière chose qu’on souhaite serait une invasion en Syrie dirigée par l’Amérique ou l’Occident ». Dans le même entretien, Chuck Hagel insistait sur la nécessité d’une solution négociée de la crise iranienne.

 

Syrie

Après plus de deux ans d’assauts infructueux et de dizaines de milliers de morts, la nouvelle Amérique a réalisé que le renversement du régime de Damas ne pourrait pas se faire sans une intervention militaire qui est désormais totalement écartée. La doctrine Hagel-Kerry va donc être mise en œuvre pour permettre des négociations entre le pouvoir et l’opposition, avec le concours de la Russie, très active sur ce dossier, et des pays qui ont leur mot à dire : Turquie, Iran, Arabie séoudite, concours qui devra s’inscrire dans la volonté de mettre un terme aux combats et de sauver la face des uns et des autres. Il est à souhaiter que l’Union européenne y soit associée mais elle devra pour cela adopter une position en accord avec la volonté d’apaisement de l’Amérique et de la Russie.

 

La France aurait tout intérêt à penser à l’avenir de nos relations avec ce vieux pays chargé d’histoire dont nous avons eu le mandat de l’amener à l’indépendance, ce dont nous ne nous sommes pas toujours acquittés avec perspicacité et élégance. Il n’en reste pas moins que les relations entre la Syrie et la France s’enracinent dans une vieille histoire commune faite de relations multiples, notamment culturelles, importantes.

 

Mais l’avenir est là. Le régime de Bachar el-Assad a montré sa solidité et les élections prévues en 2014, sans doute sous contrôle international, diront si les Syriens se choisissent un autre président ou s’ils gardent l’actuel. Il y a fort à parier que l’actuel sortira grandi de la crise et que ses concitoyens lui demanderont de continuer à réformer le pays, comme il avait timidement commencé de la faire dès son arrivée en 2000, puis de façon accélérée dès le début des évènements de mars 2011. Il a d’ailleurs déjà nommé un ministre chargé de la réconciliation nationale, responsable de nouer les contacts avec tous les opposants, Ali Haïdar, qui était chef d’un parti d’opposition avant la crise.

 

Si une fraction non négligeable d’irréductibles opposants, notamment les forces sunnites héritières de la révolte de 1982 à Hama, ajoutées à celles nées de la répression exercée depuis le début de la révolte, toujours structurées au sein des Frères musulmans, refusera tout compromis avec le pouvoir, l’influence des puissances qui veulent une solution négociée sera déterminante.


On voit déjà que l’Arabie se démarque nettement de l’extrémisme du Qatar, notamment avec le choix du nouveau Premier ministre du Liban, se préparant à appuyer la position américaine.

Mais l’émirat qui offre aux États-Unis leur plus grande base dans la région avec 5 000 soldats, ne pourra faire cavalier seul et devra cesser d’alimenter les dizaines de milliers de combattants étrangers qui se battent en Syrie.

Quant à la Turquie, l’option finale ne sera pas celle qu’elle avait activement escomptée mais elle saura « faire contre mauvaise fortune bon coeur », comme elle l’a déjà montré dans sa diplomatie avec le monde arabe et Israël.

 

Cette solidité du régime dont Washington convient à la longue, provient du soutien d’une majorité de citoyens, toutes confessions confondues, qui reconnaissent au Président la volonté de libéraliser et démocratiser le pays : hormis des désertions, obtenues parfois à grand frais, l’Armée, composée en grande majorité de Syriens sunnites, est restée soudée et disciplinée et est respectée par les habitants qui l’appellent souvent à la rescousse face aux exactions de djihadistes ; le corps diplomatique n’a connu que deux défections d’ambassadeurs alors qu’il est facile pour un diplomate à l’étranger de demander l’asile dans son pays de résidence et la classe politique, toutes origines et religions mêlées, est restée à son poste, à quelques exceptions près non significatives. En réalité, la majorité des Syriens considère que ce Président est le mieux à même de moderniser le pays, et les épreuves surmontées courageusement et victorieusement lui donneront encore plus de prestige.

 

Bien entendu, les appuis extérieurs à la Syrie sont déterminants. La Russie et la Chine ont été dès le début décidées à ne pas perdre cet allié stratégique à divers égards et, comme indiqué plus haut, l’ont clairement fait savoir à l’Amérique. Mais de nombreux autres pays ont aussi apporté leurs soutiens à la Syrie, parfois de façon discrète mais bien réelle : l’Amérique latine dans son ensemble, l’Inde et, dans les pays arabes, l’Algérie et l’Irak. L’Iran, depuis longtemps lié à la Syrie, n’a jamais relâché son soutien, d’autant qu’il savait bien qu’en cas de chute de son allié, il était la cible suivante de l’Amérique et des Occidentaux et que l’attaque contre Damas visait aussi à briser l’axe Téhéran - Bagdad - Damas prolongé par le Hezbollah libanais.

 

Iran

C’est pourquoi on peut s’attendre également à une solution prochaine de la crise iranienne, peut-être simultanément avec la syrienne, les élections présidentielles de juin pouvant donner le signal de négociations américano-iraniennes, puisque les États-Unis ont besoin d’apaiser le Moyen-Orient pour se consacrer à la défense désormais prioritaire de leurs intérêts stratégiques en Asie. Ils doivent en outre rassurer leurs alliés en général mais notamment les Asiatiques, particulièrement le Japon, en leur garantissant que les accès aux importantes sources d’énergie iraniennes et du monde arabe sont sécurisés. Même s’ils n’auront plus besoin à terme de se fournir en dehors de leur territoire, il est de bonne stratégie de contrôler les flux en question.

 

Monde multipolaire

Ainsi, le monde multipolaire est en marche, grâce à la sagesse de la nouvel le équipe dirigeante américaine qui a compris qu’il vaut mieux accompagner les phénomènes inéluctables plutôt que de les combattre inutilement à grands frais en dollars et en vies humaines. Les rivalités et conflits ne seront pas supprimés mais la prééminence d’un seul sur les autres étant oubliée, le partage des richesses et des intérêts pourra se faire plus harmonieusement.

Dans cet esprit, il est inutile d’agiter la menace de la Chine qui avance prudemment et lentement ses pions, réclamant la part qui lui revient du fait de son importance démographique mais aussi industrielle, commerciale et financière, palliant ses déficiences par une politique extérieure active, notamment en Afrique ; il vaut mieux essayer de comprendre ses impératifs et essayer de composer avec elle en défendant au mieux les nôtres.

Les revendications de souveraineté sur les îles Senkaku-Diaoyu entre Chine, Japon et Corée sont un épiphénomène qui ne peut et ne doit être réglé que par la négociaion.

 

Dans les crises syriennes et iraniennes, l’Union européenne semble adopter des positions plus extrêmes que les États-Unis qui ne lui donnent manifestement aucune influence sur leurs dénouements. Il est temps que la France revienne à une juste évaluation de ses intérêts propres si elle ne veut pas être lésée dans les règlements finaux. L’industrie française a des intérêts considérables à défendre en Iran et pourrait en avoir d’autres en Syrie. Elle risque de se trouver dépassée par les entreprises américaines dans les deux pays pour n’avoir pas su se préparer au nouveau monde qui, s’il sera plus équilibré, ne sera pas tendre pour autant pour les états qui n’affirmeront pas leurs vues haut et fort. Elle doit en particulier se rapprocher de la Russie dont les intérêts rejoignent souvent les siens et redevenir le champion du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sans ingérences extérieures.

 

La France qui intervient seule au Mali pour faire face à une menace du terrorisme islamiste, avec comme vague appui les bonnes paroles de l’UE et de l’OTAN, doit reprendre sa diplomatie indépendante appuyée sur une armée solide qui lui permet d’affirmer ses valeurs universelles et ses intérêts stratégiques uniques au monde dans des possessions ultramarines qui font d’elle la deuxième puissance mondiale à cet égard.

 Alain CORVEZ

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LIBRE OPINION : Le Livre Blanc 2013 sur la Défense et la Sécurité nationale: une pantalonnade PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 05 Mai 2013 16:25


Par le général (2S) Christian RENAULT

 

Le Livre Blanc 2013 sur la Défense et la Sécurité nationale insulte l'intelligence quand il prétend être une réflexion alors qu'il n'est, à l'instar du précédent qu'il plagie souvent, que l'habillage conceptuel d'une décision politique déjà prise pour des raisons budgétaires, peut-être idéologiques aussi, mais certainement pas liées à l'état du monde qui inciterait plutôt à accroître notre effort.


Il insulte l'intelligence lorsque le Président de la République affirme qu'il nous oblige, au moins pour cinq ans, quand on sait qu'aucune loi de programmation militaire depuis 1980 n'a pu être conduite à son terme dans le respect des engagements. Par quel miracle, dans la situation économique que nous connaissons pourra-t-il en être autrement pour celle-ci? La prochaine réduction (homothétique ou structurelle) est inscrite dans la logique des politiques de défense conduites depuis quarante ans sauf à s'en prendre, enfin, aux administrations qui vivent davantage pour elles mêmes que pour le service rendu: administrations territoriale et hospitalière, éducation nationale... .


Il insulte l'intelligence quand il prétend fixer les objectifs pour quinze ans, non seulement parce que l'horizon visible est celui du mandat présidentiel, mais aussi parce qu'on ne voit pas pourquoi la volatilité du contexte stratégique qu'il évoque pour justifier sa rédaction cinq ans après celle du précédent ne le rendrait pas, lui aussi, inadapté cinq ans après sa parution.


Il insulte l'intelligence, quand il justifie sa rédaction par les mutations majeures du contexte international. A la lecture il apparait que les évolutions analysées par le Livre Blanc de 2008 se sont confirmées, voire accentuées ce qui conforte la pertinence des principes d'action alors énoncés. Ces principes sont d'ailleurs repris dans le nouveau Livre Blanc sans que l'on puisse déceler en quoi le "printemps arabe" a pu modifier les choix faits en 2008. En revanche la crise économique apparait comme le seul évènement ayant pu peser sur les choix: mais réduire homothétiquement le format des armées pour gagner 24 000 postes ne nécessitait pas toute cette mise en scène.


Il insulte l'intelligence, surtout celle des rédacteurs du précédent Livre Blanc, quand il affirme vouloir maintenir les ambitions et donc les capacités en réduisant le format des armées: ces capacités sont devenues proches de l'échantillon et il n'est pas assuré qu'elles soient suffisantes pour prétendre entrer en premier sur un théâtre ou commander la valeur d'une division type OTAN dans une opération multinationale.


Finalement, un document d'une vingtaine de pages rédigé par le ministère de la défense aurait suffit. Il se serait présenté comme une adaptation du format des armées et de leur contrat opérationnel à la réduction du budget de la défense exigée par les choix du gouvernement pour tenter de réduire la dette.


Si la réduction homothétique permet au ministre de qualifier ce format d’équilibré, on voit mal en quoi " par sa crédibilité, son sérieux, son ambition,nil va créer une dynamique: en tous cas ce ne sera pas au sein de l'institution!

Christian RENAULT
(www.asafrance.fr)


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* LIBRE OPINION : De la Chine du livre rouge à la France du Livre blanc PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 04 Mai 2013 14:47



Par le général (2S) François TORRES....

 
Les évolutions de la transparence chinoise.

Voilà plus d’un quart de siècle que je m’intéresse à la Chine. Par « capillarité », si je puis dire, il m’est né une sorte de 6ème sens capable de détecter la langue de bois. Avec le temps, cette sensibilité devient indispensable car, à Pékin, le régime s’est fait à la fois plus subtil et un peu moins opaque.

Des manipulations des années 60, où les dirigeants de premier rang tombés en disgrâce étaient purement et simplement effacés du paysage et de la photo, ce qui laissait un trou béant au milieu de la brochette de hauts dirigeants en première page du Quotidien du Peuple, on est passé aux approches obliques, allusions, ou omissions. Bref, le régime ne ment plus, ou beaucoup moins, et se contente d’oblitérer une partie de la réalité.

Parfois les remises en cause, venant de très haut, sont sans appel et sans maquillage. Récemment un professeur de sociologie d’une des plus célèbres universités de Pékin, équivalent de Polytechnique ou de l’Ecole Centrale, a laissé tomber un jugement cinglant très éloigné des habitudes de langue de bois du Régime. Il expliquait en substance que l’argent et la fortune avait attisé l’arrogance et l’arbitraire du pouvoir et mis à rude épreuve la patience du public, favorisant le retranchement des intérêts catégoriels et provoquant de considérables injustices. Il ajoutait que, démuni face à ces dislocations sociales, le régime avait limité ses solutions à la préservation à tous prix de la stabilité par la répression policière.


Selon lui, ces choix avaient maintenu la Chine dans une ornière politique. Pas seulement parce qu’ils avaient contribué aux injustices sociales, mais aussi parce que les mécanismes du fonctionnement normal de la société avaient été détruits. Mais le coup de grâce était asséné dans la conclusion du papier.

La priorité absolue donnée à la stabilité sociale avait favorisé chez les cadres une mentalité où la fin justifiait les moyens, leur accordant un blanc seing pour s’affranchir de la morale, tandis qu’on justifiait la suppression ou l’affaiblissement des organes de contrôle du pouvoir, capables d’en freiner les excès, par le souci d’efficacité et de stabilité socio-politique.


Langue de bois et sophisme du Livre blanc

Ayant en mémoire ces évolutions de la transparence chinoise, la lecture du Livre Blanc sur la défense, récemment publié par le pouvoir politique français fut un choc. Le document est en effet sous tendu dès l’introduction par une très pesante langue de bois et une longue collection de mensonges et d’ambiguïtés au point que sa lecture en devient pénible.


Pire encore, l’exercice lui-même est une imposture, puisque, par de multiples contorsions de sa réflexion stratégique, il tente de faire croire qu’une remise à plat de notre système de défense se justifiait, cinq ans à peine après la précédente, alors que toutes les incertitudes, risques et menaces étaient déjà clairement inscrits dans le Livre Blanc 2008.


Mensonges et mépris, sont les mots qui viennent à l’esprit pour qualifier l’attitude de ces illusionnistes à l’égard des électeurs français, quand tout le document n’exhale qu’une seule préoccupation : raboter encore et toujours le budget des armées dans un contexte où l’effort de défense a déjà été divisé par deux depuis 30 ans et que les évidences crèvent les yeux montrant que les déséquilibres du monde se dilatent jusqu’à nous.


A l’instar des systèmes monarchiques dont il s’inspire, l’exécutif français qui dispose des pouvoirs les plus étendus de toutes les démocraties occidentales, appuyé par une administration pléthorique et puissante extrêmement difficile à manœuvrer et dont le coût est exorbitant, est entouré par une collection de courtisans qui, parfois, s’affublent du titre, lui aussi usurpé, de « chercheur ».


Utilisant leur talent sophiste et habillés des oripeaux de l’expertise, il leur revient de donner du crédit à la langue de bois officielle, au besoin contre les plus solides évidences.

Récemment, intervenant sur une radio périphérique de la capitale, l’un d’entre eux, membre de la commission du Livre Blanc, expliquait toute honte bue que le budget de la défense n'avait pas bougé depuis 30 ans, balayant d’un revers de manche arrogant le fait que son rapport au PIB avait été divisé par deux.

Mais, Monsieur le sophiste oubliait que les chiffres ne valent jamais que de manière relative. Dans les études respectables, ils ne sont jamais utilisés en valeur absolue, car si on ne les compare pas, ils ne veulent rien dire. Si on a jugé bon de les référer au PIB, c'est précisément pour mesurer la densité de l'effort de défense, dont évidemment les chiffres absolus ne rendent pas compte. Oui, il est bien possible qu’en valeur absolue le budget de la défense n'ait pas bougé depuis 30 ans, et c'est bien là le problème.


La même émission fut l’occasion d’exprimer une autre manipulation de la vérité digne des pires exercices de propagande. A elle seule, l’utilisation de ce type de raisonnement témoigne du dédain exprimé à l’égard des citoyens et des militaires.

Pour donner à cet exercice précipité et brouillon l’apparence de la cohérence stratégique alors que les armées, qui viennent de sacrifier 54 000 hommes, devront encore élaguer leurs effectifs d’une nouvelle saignée de 19 000 postes, le même porte voix de la langue de bois officielle a eu l'impudence d’expliquer que les bouleversements traumatisants pour les armées et parfois inconsidérés, menés au pas de charge, étaient à la racine du succès de l’opération Serval au Mali.


En dehors de la modernisation des équipements, l’efficacité actuelle des armées françaises est le produit de deux choses : 1) la professionnalisation, qui n'est cependant pas sans effets pervers, notamment au regard des besoins capacitaires à venir face aux défis et menaces internes, 2) les constants efforts des responsables militaires pour limiter les dégâts des coupes claires et préserver, envers et contre tout, les ratios d'entraînement des unités.

Autrement dit, la réalité est exactement inverse de celle suggérée par l’outrecuidant raisonnement sophiste.


Le succès de Serval n'est pas le produit des réformes technocratiques aveugles, mais bien le résultat de la capacité d'adaptation des cadres, obligés de s'ajuster par discipline républicaine, souvent à force d'incroyables acrobaties, à des bouleversements qu'aucune autre institution de l’Etat n'aurait accepté sans broncher.

Au demeurant, le simple fait que l'usine à gaz des Bases de Défense soit aujourd'hui en question, moins de 5 ans à peine après avoir été lancée suffirait à contredire les billevesées de la langue de bois. Cette incidence exprime un risque.


L'armée française est tirée à hue et à dia dans la précipitation et c'est dangereux, à la fois pour son moral et son efficacité. C'est aussi un miracle que l'armée de terre ait réussi à s'engager honorablement en Afghanistan dans ces conditions aussi bouleversées.


En réalité, les courtisans qui s'affublent des oripeaux du chercheur honnête cultivent le sophisme comme un rideau de fumée, pour défendre l'indéfendable. Cette fois, on a joué de cet artifice pour laisser flotter deux idées mensongères sur l’effort de défense et la cohérence stratégique des coupes claires.


Décidément la confiance déjà considérablement mise à mal ne pourra être reconstruite si on continuait sur cette lancée où le mensonge le dispute à la langue de bois et au sophisme.


Général (2S)
François TORRES
(www.asafrance.fr)


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* LIBRE OPINION : Général Vincent Desportes : « La défense française est dégradée et déséquilibrée » PDF Imprimer Envoyer
Samedi, 04 Mai 2013 14:39


Propos recueillis par Antoine FOUCHET - (La Croix)…


Spécialiste de stratégie militaire, le général Vincent Desportes estime que le livre blanc de la défense publié lundi par l’Élysée repose sur « un non-choix ». Il propose de réduire l’arsenal de la dissuasion nucléaire et de renforcer les forces conventionnelles.


Comment avez-vous accueilli le livre blanc de la défense ?
 

Général Vincent Desportes (V.D.), ancien directeur de l’École de guerre, professeur associé à Sciences-Po   : 
C’est le premier livre blanc du désarmement français. En reposant sur un non-choix, il relègue la France en deuxième catégorie. Elle sera incapable de peser sur les grandes options stratégiques au plan international. Son rôle sera celui d’un partenaire mineur.


Le scénario le plus catastrophique (suppression de 50 000 postes) n’a toutefois pas été retenu, puisqu’il est question de supprimer 24 000 postes… 

 V. D. : C’est déjà une défense minimale que le président de la République conduit à la relégation. Le livre blanc de 2008 avait fait passer notre format à envoyer dans les opérations conventionnelles majeures de 50 000 à 30 000 hommes et de 100 à 70 avions de combat. Nous avions alors atteint véritablement un seuil. Et voilà que nous passons maintenant en dessous de ce seuil, avec un format de 15 000 hommes et 45 avions de combat. 

15 000 hommes, ce n’est rien. L’armée américaine a dû, par exemple, en 2004, durant la guerre d’Irak, déployer 40 000 soldats pour parvenir à reprendre la petite ville de Falloudja. Notre capacité d’intervention est ainsi divisée par deux.



La France pourra-t-elle encore, selon vous, intervenir seule ? 

V. D. : Il était nécessaire de rétablir une autonomie de transports stratégiques (avions gros porteurs, navires de projection) qui manque aujourd’hui cruellement à l’armée française. Cela n’est pas prévu. Nous ne pourrons conduire nos opérations que si les Américains les soutiennent. La France avait la première défense européenne, elle avait cet avantage de pouvoir intervenir dans les crises en son nom et au nom de l’Europe. Elle rentre dans le rang.



En voyez-vous la traduction au plan budgétaire ? 

V. D. : Le livre blanc entretient l’incertitude à propos de la trajectoire budgétaire. Le président de la République a promis, en mars dernier, de maintenir l’actuel budget de la défense, qui est de 31,4 milliards d’euros, sur la durée de la future loi de programmation militaire (2014-2019). Or, le livre blanc prévoit pour ces six années-là 179,2 milliards. 

Par année, selon que ce chiffre est entendu en euros constants ou non, cela se traduira par une perte annuelle de 500 millions à deux milliards d’euros par rapport à ce qui a été promis. Par ailleurs, il est annoncé que le budget sera financé en partie par 6 milliards de recettes exceptionnelles (ventes notamment de sites militaires), qui ne sont en réalité pas du tout certaines. La loi de programmation militaire précédente (2008-2013) avait prévu 3 milliards au titre de ces ressources : un seul milliard est rentré dans les caisses !

Nous allons vers des suppressions encore plus importantes d’effectifs et de matériels dans les armées. L’armée de terre sera la grande perdante de l’exercice. 6 000 à 10 000 suppressions d’emplois industriels sont également prévisibles. La baisse des crédits d’équipement pourra approcher 40 % par an. À la fin de la décennie, la part budgétaire consacrée à la défense tombera de 1,56 % aujourd’hui à 1,2 % du produit intérieur brut, mettant la France au niveau de ses voisins européens.


Quels choix convenait-il de faire selon vous ? 

V. D. : Préalablement au lancement de la réflexion pour le livre blanc, le président de la République a fixé deux principes : celui du maintien de la France dans l’Otan et, surtout, celui de la conservation de l’outil de dissuasion nucléaire. Dans la mesure où il n’était pas question de toucher à cet outil, les forces conventionnelles devaient servir inévitablement de variable d’ajustement. 

Cela est incohérent, car une dissuasion qui n’est pas accompagnée par une véritable capacité conventionnelle de masse perd de sa crédibilité, et donc de son efficacité, auprès des adversaires potentiels. Notre défense est devenue dégradée et déséquilibrée, avec un arsenal nucléaire qui représente 20 % du budget et se trouve bien au-dessus de la stricte suffisance. La raison commandait de le réduire afin de renforcer et de rendre plus cohérentes les forces conventionnelles.



Où réaliser des économies dans l’arsenal nucléaire ? 

V. D. : Il y a plusieurs pistes.
Faut-il maintenir les deux composantes sous-marine et aérienne ?
Faut-il continuer à assurer avec nos quatre sous-marins lanceurs d’engins nucléaires une permanence à la mer, qui coûte très cher, alors qu’un autre système de surveillance pourrait être envisagé comme le montre l’exemple britannique ? Faut-il conserver 300 têtes nucléaires, alors que la Chine en a 240 et que la Grande-Bretagne réduit les siennes à 180 ? Un débat doit être ouvert avant la rédaction du prochain projet de loi de programmation militaire.


Le fait est que la sanctuarisation de la dissuasion nucléaire a tué et va encore tuer nos capacités conventionnelles. 


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* OPERATION SERVAL: point de situation du 2 mai 2013 PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 03 Mai 2013 14:38

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Point de situation sur les opérations de la force Serval depuis le jeudi 25 avril à 18h00 jusqu’au 2 mai (18h00).


Ces derniers jours, les opérations aériennes se sont poursuivies avec près de cent vingt sorties, principalement dans le nord du pays et dans le centre le long de la boucle du Niger, de Gao à Tombouctou.
Une trentaine de sorties a été dédiée à l’appui feu des opérations terrestres, un peu plus d’une cinquantaine au transport de nos forces et de nos matériels et le reste a été consacré au soutien des opérations (ravitaillement et renseignement). 

Conformément aux décisions du Président de la République, le désengagement et l’adaptation du format de la force se poursuit avec cette semaine le désengagement complet du GTIA 3 et la réduction du groupement aéromobile avec le départ de six hélicoptères.


Parallèlement, les opérations de sécurisation se poursuivent dans le pays.

Le 29 avril 2013, lors d’une opération des forces spéciales visant à poursuivre l’affaiblissement des groupes terroristes et à traquer ceux qui pourraient encore se cacher dans les environs de Tin Zaoueten, un véhicule léger a sauté sur un engin explosif. Le caporal-chef Stéphane Duval, du 1erRPIMa est décédé. Deux de ses camarades ont été blessés puis évacués par hélicoptères vers l’ACA de Tessalit, puis Bamako. Ils ont rejoint la France. Leurs jours ne sont pas danger.


Au centre, du 25 avril au 02 mai, les éléments français du GTIA 2 ont conduit une opération d’envergure dans la région de Telatai à 150 kilomètres au nord de Gao. L’opération Akello, a engagée plus de 500 militaires français et maliens. Elle avait pour objectif de reconnaître sur près de 450 kilomètres les différents Oueds du grand Gao afin de poursuivre l’affaiblissement des groupes terroristes. Cette opération n’a donné lieu a aucun contact avec l’ennemi mais a permis la découverte de deux caches d’armes (plus de 110 obus, près de 5 000 munitions de petit calibre et un pick uparmé) et la relève de deux engins explosifs improvisés (IED).

Simultanément, le dernier élément de l’escadron d’aide à l’engagement (EAE) a quitté Tombouctou, désormais sous la responsabilité du contingent Burkinabé pour se reployer à Gao où se concentre désormais la majorité du dispositif français au Mali.

A Gao toujours, la population s’est rassemblée le 25 avril pour célébrer l’inauguration du marché couvert et du marché des femmes. Ils avaient été détruits par les combats et l’incendie du 21 février dernier et ont été rebâtis avec l’aide des éléments français. Sur demande des autorités locales, le marché couvert a été baptisé « lieutenant Boiteux », en mémoire du premier soldat français mort au combat sur le sol malien.

Dans la nuit du 28 au 29 avril, au Nord de Tombouctou, un détachement de forces spéciales a capturé un terroriste de nationalité française. Il doit être remis prochainement aux autorités maliennes.


Enfin, cette semaine a été marquée par plusieurs visites d’autorité comme celle du ministre de la Défense, de la commission de la Défense Nationale le 27 avril ou l’inspecteur des armées le 28 avril. Ces visites ont été l’occasion de faire un point sur les opérations menées ou en cours comme de présenter l’état d’avancement du désengagement et de l’adaptation de la force en vue des prochaines échéances.


Aujourd’hui, un peu moins de 3 850 soldats français restent engagés au Mali.


Source : EMA

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