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* LIBRE OPINION : Mektoub PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 18 Avril 2012 16:56
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Par le général (2s)  Henry-Jean FOURNIER
Mektoub ! C'était écrit : ma destinée était de ne pas voir mon pays reconnaître ce que j'ai fait pour lui...

Le 5 juillet prochain, à Alger, le 50ème anniversaire de cette indépendance dont je reste le dernier survivant des chefs historiques sera fêté sans moi. Ce qui arrange d'ailleurs sans doute bien les dirigeants algériens.


 


Car c'est en France que l'on conserve mon souvenir.
D'abord parce que je porte un nom facile à retenir et qui, au moment où il est apparu dans les médias, avait les mêmes initiales que l'actrice adulée des Français : B.B.

Ensuite parce que c'est uniquement pour la France que j'ai combattu sous les armes. D'abord en 1939, puis à nouveau en 1944, durant la campagne d'Italie. J'y ai même été décoré de la plus belle des récompenses pour un soldat : la médaille militaire m'a été décernée par le général de Gaulle.
Je m'inscrivais ainsi dans la tradition de ma famille, qui avait déjà donné l'un des siens durant la Grande Guerre et qui perdit deux autres enfants durant la Seconde guerre mondiale.
Comme j'étais devenu adjudant, j'aurais pu continuer une carrière militaire, mais la guerre d'Indochine l'aurait sans doute interrompue, arrêtant là mon avenir, comme pour beaucoup de mes compagnons d'arme, français et nord-africains de l'Armée d'Afrique.

Malgré les origines modestes de ma famille et tout ce que l'on a pu raconter sur l'accès des jeunes nord-africains à la scolarité, j'avais effectué des études secondaires au lycée de Tlemcen. Cela m'a permis, au lendemain de la guerre, de m'engager dans la vie politique comme conseiller municipal.
Parce que j'avais été révolté par les événements survenus à Sétif, en 1945, je suis rapidement passé à un engagement plus radical. Peut-être aussi parce que, ayant un certain niveau intellectuel, j'acceptais mal de ne pas avoir été mieux reconnu à l'issue de la guerre à laquelle j'avais participé, comme soldat français.
J'ai d'abord été un simple militant au sein du parti de Messali Hadj qui était à l'époque le porte-parole des nationalistes. Mais très rapidement, j'ai choisi la voie de l'action, en intégrant les rangs de l'Organisation spéciale mise sur pied clandestinement par le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali pour agir de manière plus violente.

En fait, nous avons très peu agi, car, pour ma part, j'ai été arrêté et emprisonné en 1949, pour avoir organisé le hold-up de la Poste d'Oran, destiné à financer nos activités subversives. Sans le savoir, j'inaugurais ainsi un long parcours en prison.

Mais, en 1952, je parvins à m'évader de celle de Blida et je me réfugiais....à Paris.
Quelques mois plus tard, je gagnais le Caire où, sous l'impulsion du colonel NASSER, le monde arabe commençait à entrer en ébullition.

Je n'ai donc pas fait partie des six chefs historiques du Front de Libération Nationale qui s'est constitué à partir de la réunion du 10 octobre 1954, au cours de laquelle il fut décidé de passer aux actes. Ce fut la Toussaint rouge, qui déclencha les « événements d'Algérie ».

Toujours au Caire, je devins alors le porte-parole du F.L.N., ce qui ne fut pas toujours facile car, ne pratiquant pas l'arabe littéral, je ne pouvais m'exprimer qu'en.... français !

En fait, je devins célèbre à partir d'octobre 1956, grâce à l'aviation française, qui arraisonna mon avion et m'envoya à nouveau..... en prison, sur l'île d'Aix.
C'est là, en prison, que je devins vice-président du gouvernement provisoire de la république algérienne. Rien ne m'y prédisposait. Bien que né en Algérie, j'étais de nationalité marocaine et je n'ai jamais combattu dans le djebel, aux côtés des moudjahiddines.
Mais les guerres modernes ne se gagnent pas forcément les armes à la main, surtout quand on bénéficie de l'appui des médias et de l'opinion publique de l'adversaire et que l'on bénéficie, comme c'était mon cas, d'un certain talent d'orateur.

Libéré dans les jours qui ont suivi le cessez-le-feu du 19 mars 1962, je dus cependant mener une lutte féroce pour parvenir à m'imposer, au moment de l'indépendance, car les prétendants, nombreux et avides de pouvoir, voyaient d'un mauvais œil le retour d'un concurrent n'ayant participé à aucune action depuis six ans. Après quelques mois durant lesquels l'Algérie fut livrée à tous les excès de l'anarchie, je fus finalement élu, en septembre 1963, à la présidence de la jeune république algérienne, grâce à l'appui des forces militaires de l'ALN extérieure et de leur chef, le colonel Houari Boumedienne qui devint mon vice-président.

Devenu citoyen algérien par naturalisation, et après avoir réprimé brutalement la révolte du pays kabyle, j'engage alors le pays dans la voie d'un socialisme s'inspirant des modèles révolutionnaires du moment. Mais en 1965, mon vice-président s'empare du pouvoir et m'envoie en prison, où je vais demeurer jusqu'à sa mort, treize ans plus tard.

Je m'exile alors durant près de dix ans en Suisse et je n'aurai désormais plus de rôle politique, même si j'ai tenté, après mon retour en Algérie, de réconcilier les parties en présence à l'issue de la guerre civile qui a ravagé l'Algérie durant les années 90.

Je n'ai donc pas joué réellement de rôle majeur dans l'histoire de l'Algérie, aussi bien durant la guerre d'indépendance qu'à l'issue, mais j'ai cependant été l'objet d'un mythe fondateur de l'indépendance algérienne.

C'est ce qui me vaut, au moment où ma destinée s'achève malgré les soins dispensés par les meilleurs hôpitaux français, de voir l'Algérie me rendre un hommage poli mais indifférent, tandis que la France et les Français paraissent davantage touchés par la disparition de celui en qui ils voient encore le père de l'Algérie moderne.

Mais Allah est grand et lui seul sait la vérité. Mektoub !

 

Henry-Jean FOURNIER


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