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* LIBRE OPINION : Défense européenne et coopération franco-allemande PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 17 Janvier 2012 15:17
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Daniel. ROUDEILLAC ; Officier général (2S)

Si, à l'heure de l'Unité allemande, les responsables politiques d'outre-Rhin s'accordaient à dire que l'avenir de l'Allemagne unifiée ne pouvait pas se concevoir en dehors de l'Europe et sans une étroite coopération avec la France, force est de constater,.....


.... deux décennies plus tard, qu'en dépit des déclarations d'intention de part et d'autre, ( ainsi le rappel par Angela Merkel en septembre 2011 de l'importance pour l'Allemagne de l'OTAN et du tandem franco-allemand), les réalisations concrètes se raréfient en matière de coopération militaire au titre de la Politique de sécurité et de défense commune, tant en bilatéral qu'avec nos partenaires.

Le présent de la coopération militaire franco-allemande dans le cadre  la PSDC s'articule sans doute aujourd'hui autour des ambitieux projets définis lors du 12° conseil des ministres franco-allemand du 4 février 2010.
Mais ces projets, qui ne sont pas en contradiction avec ceux du  traité franco-britannique sur la défense, la sécurité et le nucléaire de novembre 2010 vont devoir être compatibles avec les  nouvelles ambitions de l'Allemagne plus soucieuse que par le passé de ses intérêts de puissance, plus enclin à donner libre cours au traditionnel élan vers l'EST des Germains, moins portée à accepter « les légèretés » de son voisin de l'Ouest et donc à se lancer dans de nouvelles initiatives de défense coûteuses avec un partenaire que les agences de notation viennent de dégrader, officialisant ainsi ce que Berlin a toujours pensé sans oser le proclamer : « on ne voyage pas impunément en 1° classe avec un billet de seconde ».

Si l'examen des options nouvelles et traditionnelles de l'Allemagne en matière de défense et de sécurité commune débouche sur un constat peu réjouissant, il n'en demeure pas moins que persistent des raisons d'espérer.

Un état des lieux inquiétant

L'Allemagne de l'après guerre froide n'a pas cru devoir revenir sur l'antimilitarisme, le multilatéralisme, le primat de l'intérêt économique, le pacifisme et le rejet tout à la fois de l'expression militaire de la puissance  et du nucléaire, qui constituent autant de blocages à l'édification d'une défense collective et à sa concrétisation sur le terrain, dans la logique des mesures annoncées dans la « feuille de route 2020 ».
L'attirance séculaire de l'Allemagne vers l'Est et notamment vers la Russie est source d'interrogations chez ses partenaires occidentaux.
Force est en outre de reconnaître que des décennies de coopération  ne sont pas parvenues à mettre fin aux divergences sur les fins et les moyens d'une politique de défense commune et sur les rôles respectifs des états de l'Alliance et de l'UE, « faute d'un dialogue stratégique de haut niveau ».

Des blocages conjoncturels s'ajoutent aussi  à ceux du passé : La normalisation de la position française dans l'OTAN s'est traduite pas l'émergence de compétitions entre les deux pays.
Cette compétition se fait chaque jour plus acerbe en matière de coopération d'armement. La restructuration des outils de défense allemands et français complique la gestation d'initiatives nouvelles en redistribuant notamment les responsabilités au sein des ministères concernés.
Les divergences de cultures stratégiques et tactiques apparaissent au grand jour sur le théâtre afghan et au sud de la Méditerranée.

Les échéances électorales immédiates en France et à venir en Allemagne entraînent incertitudes et retards dans les prises de décision. L'aggravation de la situation financière et économique des partenaires et notamment de la France rend moins prioritaire le dossier de la coopération de défense et de sécurité de part et d'autre du Rhin.
Le printemps arabe se révèle porteur de graves divergences d'appréciation entre Paris et Berlin et de compétitions inquiétantes entre « l'Union pour la Méditerranée »  et « l'instrument européen de partenariat et de voisinage ».

Des raisons d'espérer.
Pour aussi inquiétant que puisse être ce constat, bien des éléments militent en faveur d'une  intensification de la coopération franco-allemande bilatérale et multilatérale en matière de défense et de sécurité collective.
Les deux partenaires ont en effet besoin l'un de l'autre non seulement au plan économique mais aussi dans bien d'autres domaines, dont la défense n'est pas le moindre. L'Allemagne a cet égard revendique implicitement, au nom du poids de l'histoire, la caution « morale » de la France.

Les acquis en terme de procédures, d'organisation, de réalisation en commun sont considérables. Berlin ne cesse de rappeler que le lien avec la France, les USA ainsi que le partenariat avec la Russie sont des éléments déterminants de la politique étrangère allemande.
L'accord franco-britannique a toujours été considéré comme légitime par notre voisin. Si la prolifération nucléaire inquiète, la détention prévisible d'arsenaux de destruction massive par des états non démocratiques n'est pas sans répercussion sur la lecture allemande de la dissuasion nucléaire.

Bien des interrogations sur le devenir des printemps arabes restent actuellement sans réponse, et ce qu'il faut bien appeler un désengagement américain de l'Europe ne peut que déboucher sur une volonté plus affirmée de défense européenne commune. Le fait que l'Allemagne aspire au statut de membre permanent du conseil de sécurité l'incitera davantage à moyen terme à une prise de responsabilités militaires concrètes sur le terrain, au prix d'une irrémédiable évolution de certaines dispositions constitutionnelles, même si Berlin n'aspire qu'à l'hyperpuissance économique.

Ses choix budgétaires et ses difficultés démographiques conduisent le pays à une réduction drastique de son outil de défense, semblable à celle menée par Paris, au point qu'il n'est pas irréaliste d'imaginer une sorte de symbiose accrue allant au-delà des réalisations binationales actuelles.

L'heure n'est donc pas à la prise de distance entre les deux rives du Rhin. Le futur chef d'Etat français se doit de faire preuve de volontarisme et de continuité. Les décisions économiques qu'il prendra se doivent de renforcer la crédibilité de la France aux yeux de l'Allemagne et inciter cette dernière à des réalisations concrètes en matière de défense.

Il lui faudra lutter contre une certaine tendance gauloise à la germanophobie, si prompte à renaître dans notre pays. Il convient en effet de redonner aux deux partenaires « l'appétit de l'autre ».
Les opinions publiques doivent être la cible des efforts conjoints.
L'action à mener ne peut être qu'interministérielle.

Le message fédérateur s'exprimera de la façon suivante : « La France a cessé de voyager en Première avec un ticket de seconde ».