| * Lettre du Président de l'ASAF à M. le Ministre de la Défense et des Anciens Combattants |
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| Mercredi, 29 Juin 2011 17:41 | |||
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Je souhaite cependant vous faire part d'un certain nombre de commentaires que m'inspirent vos propos et le ton que vous employez.
Association de soutien à l'armée française Paris le 27 juin 2011
Monsieur le Ministre,
J'ai lu avec attention et une certaine surprise le communiqué de presse que vous avez fait diffuser le 22 juin 2011 à la suite de la parution de l'article du Figaro concernant l'armée française et écrit par Isabelle Lasserre.
Je n'ai pas l'intention d'entrer dans une quelconque polémique d'autant que les carences soulignées dans l'article incriminé sont la conséquence de réductions budgétaires décidées depuis plusieurs décennies par des gouvernements issus de la majorité comme de l'opposition.
Le Livre blanc a naturellement fait l'objet d'une analyse stratégique approfondie, mais qui peut contester sérieusement que les choix qui ont été faits l'ont été avant tout sur des critères financiers ? La modernisation indispensable et urgente de l'équipement des armées nécessitait des ressources financières supplémentaires. Seules les économies réalisées grâce à la réduction massive des effectifs permettaient d'accroître les ressources consacrées à l'équipement sans augmenter la part du PIB consacrée à la Défense.
Vous écrivez ensuite que « ces réductions d'effectifs ne pèsent pas sur les opérations car elles portent sur le soutien et l'administration ». C'est là un raccourci excessif, car une armée est un ensemble cohérent d'un grand nombre de composantes. Or cette réforme induit des incohérences et complexifie les relations entre l'opérationnel et le soutien. Notre histoire militaire nous a pourtant enseigné qu'il ne fallait jamais dissocier ces deux volets essentiels à une armée. Je note pour l'anecdote, au cas où vous ne le sauriez pas, que le nombre de contrôleurs des armées, qui inspirent les réformes du ministère, est resté le même tandis que les effectifs des armées étaient divisés par deux. Il y a là, sans aucun doute, des gains de productivité et des gisements d'économies qui auraient pu vous être proposés.
Vous dites également que les budgets 2011-2013 ne seront amputés que de 1,2Mds €. Nous le vérifierons en 2013 mais vous ne pouvez ignorer que le budget prévu initialement était déjà insuffisant pour répondre correctement à l'ensemble des besoins des armées: recrutement, entraînement, équipement, engagement opérationnel...
Vous ironisez sur le rappel historique concernant les effectifs mais ces chiffres ont été donnés pour montrer aux lecteurs que l'armée a vu fondre ses effectifs et que ceux-ci n'ont plus rien à voir avec ceux des gros bataillons d'hier. Ceci dit, il est tout aussi vrai qu'en dessous d'un certain seuil d'effectifs - déjà atteint -, les armées perdent certaines capacités. Il y a une masse « critique » en deçà de laquelle une armée perd des savoir faire. C'est clairement ce que disent certains chefs d'état-major.
Ce qui est très révélateur de notre situation et guère contestable, c'est que la France dispose aujourd'hui d'une moindre capacité de transport aérien tactique (avion de type Transall) et d'un nombre d'hélicoptères plus faible qu'il y a 20 ans alors que notre armée s'est professionnalisée et qu'elle est engagée dans des conflits qui exigent davantage de ces moyens.
Monsieur le Ministre, ces propos ne visent aucunement votre action. Ils ont pour but d'exposer aux Français certaines réalités à ce jour occultées notamment par les grands médias. Il est pourtant plus que jamais nécessaire que ceux qui ont l'expertise et qui veulent servir les intérêts supérieurs de la nation puissent s'exprimer librement.
L'ASAF n'est pas à l'origine de l'article du Figaro. Elle estime cependant que cet article, dont toutes les informations sont avérées, ne justifiait pas un communiqué aussi critique de la part de vos services.
L'ASAF considère que soutenir l'armée ne consiste pas à masquer la réalité surtout dans le domaine crucial de la Défense. Il faut donc accepter le parler vrai ; c'est ce que les Français souhaitent dans tous les domaines.
L'ASAF ne sera jamais une « grande muette » et continuera donc, de son côté, à s'exprimer sans ambiguïté, sans polémique mais avec une détermination sans faille.
Veuillez agréer, monsieur le Ministre, l'expression de ma considération distinguée
Henri PINARD LEGRY
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