| 3/6- La stratégie allemande en 1939 par le Colonel (ER) Henri ORTHOLAN, Docteur en Histoire |
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| Mercredi, 12 Mai 2010 14:59 | |||
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Cette troisième partie aborde la stratégie allemande: les raisons du choix, la difficulté de réalisation et la chance des allemands
3 - La stratégie allemande: les raisons du choix, la difficulté de réalisation et la chance des allemands
Démarche d'ordre idéologique, Hitler a pour projet, depuis toujours, d'envahir la Russie. Il s'agit de conquérir de vastes étendues à l'Est pour constituer un espace vital jugé nécessaire au peuple allemand. Celui-ci asservirait alors les populations soumises aux seuls intérêts du Reich. L'invasion de la Pologne, en septembre 1939, n'a pas d'autre objectif que celui de disposer d'une base de départ au contact avec l'URSS.
Comptant une fois de plus sur la passivité des démocraties à l'Ouest, Hitler se trouve pris de cours lorsque la Grande-Bretagne et la France lui déclarent la guerre. Hanté par le souvenir de la Grande Guerre durant laquelle l'Allemagne avait dû combattre sur deux fronts, il considère, après la défaite de la Pologne, que non seulement il doit prendre l'initiative avant que ses adversaires ne se renforcent, mais que tout doit être fait pour éviter de s'enliser dans un conflit long qui permettrait aux puissances occidentales de mobiliser un potentiel industriel bien supérieur à celui de l'Allemagne. D'où, pour prévenir toute hypothèque à l'Ouest, la nécessité de battre l'armée française rapidement, et totalement, avant de se retourner librement contre l'URSS.
Le défi paraît de taille pour le haut-commandement allemand qui a de l'armée française l'image de meilleure armée du monde. Hitler ne partage pas cet avis. À peine la campagne de Pologne achevée, il fait concevoir un plan destiné à attaquer à l'Ouest au plus tôt.
Dans un premier temps, courant octobre, ce plan consiste en une attaque frontale des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et du nord de la France à déclencher le 12 novembre ; c'est le plan Jaune. Puis, la réflexion évoluant dans l'esprit d'Hitler, celui-ci fixe comme objectif prioritaire de détruire le maximum des forces franco-britanniques avant de conquérir les côtes de la Manche et de la mer du Nord.
Fin octobre, il imagine alors de déplacer vers le sud du dispositif général le centre de gravité de l'effort principal. Or, l'hiver rigoureux 1939-1940 conduit à reporter la date de l'offensive. En février 1940, le général von Manstein - ancien chef d'état-major du général von Runsdedt désigné pour diriger les opérations à l'Ouest - le conforte dans ce projet ; il lui propose d'attirer les meilleurs unités françaises en Belgique, pour couper en deux les forces alliées par un gigantesque coup de faux lancé à partir des Ardennes, au niveau de Sedan, et dirigé vers la Somme puis la mer du Nord. Sûr de lui, Hitler arrête alors définitivement, le 18 février, le plan d'entrée en campagne contre la France. Au terme de cette réflexion, et de pas moins de trente reports successifs, la date de l'offensive est fixée au 10 mai 1940.
Entretemps, les armées allemandes, de retour de Pologne, se sont massées le long du Rhin dans l'attente de l'ordre qui les lancera à l'Ouest. Tirant les leçons de la campagne précédente, le haut-commandement transforme en divisions blindées les divisions légères engagées en Pologne et renforce les moyens de la Wehrmacht. Dès lors, dix divisions blindées attendent l'arme au pied aux côtés de six divisions motorisées. C'est essentiellement sur ces seize divisions, sur un total de cent cinquante-trois, que reposera le sort de la prochaine campagne. Elles seront soutenues, il est vrai, par une redoutable aviation tactique dont les avions de bombardement en piqué Stuka sont le fer de lance.
Indépendamment de l'invasion du Danemark et de la Norvège, le 9 avril 1940, l'assaut allemand à l'Ouest relève, au niveau stratégique, d'un coup de poker. Faire traverser aux unités blindées et motorisées la région difficile des Ardennes belges et luxembourgeoises supposait une grande passivité de la part des Alliés, ce que les faits justifieront malheureusement.
Ensuite, surpris par le succès de la percée de Sedan, obtenu notamment grâce à l'audace du général Guderian, lui-même à la tête d'un puissant corps motorisé (trois divisions blindés, 1 000 chars), le haut-commandement allemand hésitera entre laisser les divisons blindées foncer à toute allure vers la Somme, mais totalement découvertes sur leurs flancs, ou les arrêter pour procéder à un réalignement des unités. Pour sortir de cette crise, le général Guderian pèsera de tout son poids, menaçant même de démissionner, pour conserver leur rythme aux opérations. Parvenant, à l'arraché à avoir gain de cause, il assurera ainsi le succès allemand de la campagne de France.
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