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Au delà d’un retour… par le Général d'Armée Marcel Valentin. PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 18 Mai 2010 14:24
...l'OTAN est comparable à un club sportif dans lequel il est vain de fournir d'excellents joueurs professionnels si l'on ne dispose pas de sièges au conseil d'administration mais aussi, et surtout, de responsabilités dans son bureau exécutif...

 

Au delà d'un retour...


La décision est maintenant prise concernant le retour des militaires français dans les structures de commandement intégrées de l'OTAN, et je fais partie des Français qui, en majorité, l'approuvent.

Mon satisfecit se fonde sur mon expérience personnelle en tant que commandant de deux forces opérationnelles de l'OTAN : d'une part,  la force d'extraction mise sur pied en Macédoine pour assurer la sécurité des observateurs de l'OSCE déployés au Kosovo de décembre 1998 à mars 1999, d'autre part la force de sécurité du Kosovo, la KFOR, d'octobre 2001 à octobre 2002.


A la lumière de ces deux temps très forts de ma vie militaire, je voudrais insister sur le fait que l'OTAN est comparable à un club sportif dans lequel il est vain de fournir d'excellents joueurs professionnels si l'on ne dispose pas de sièges au conseil d'administration mais aussi, et surtout, de responsabilités dans son bureau exécutif ; ce dernier régit en effet au quotidien la vie du club, ainsi que son avenir,  et décide du sort de ses joueurs.

 

Pour la France, cela est maintenant chose faite à l'OTAN avec l'attribution des commandements majeurs que sont ceux de l'ACT (commandement de la transformation) et de la NRF (force de réaction rapide) ainsi qu'avec l'arrivée en nombre significatif de cadres dans l'ensemble des structures permanentes, et c'est très bien.


Tous vont donc se trouver en posture d'exercer une influence dans les décisions prises depuis le niveau stratégique jusqu'à celui de l'engagement des forces sur le terrain.

Certes, il leur faudra se faire connaître et reconnaître mais leur grande capacité d'adaptation et leur entregent devraient leur faciliter la tâche.

Pour avoir vécu aux premières loges la montée en puissance de la force d'extraction en novembre 1998, je peux témoigner que les relations entretenues au sein des états-majors de l'OTAN par les officiers traitants sont essentielles.

Lors de l'étape dite de la « génération de force », c'est ainsi que nous avons pu voir, sous nos yeux de catéchumènes un peu naïfs, se développer et réussir les manœuvres de certains de nos meilleurs alliés afin d'accaparer les postes de responsabilité clés de mon futur état-major.


Je sais que depuis dix ans d'importants progrès ont été accomplis dans ce domaine ; le capital de confiance acquis dans les opérations menées dans les Balkans et en Afghanistan pallie en partie notre longue absence dans les états-majors de l'OTAN.

Il va maintenant falloir que nos représentants pénètrent les réseaux dont nous nous sommes exclus pendant près de 43 ans.


Je viens d'évoquer l'influence et ses relais car je considère qu'ils constituent l'atout principal que nous apportera ce retour dans les structures militaires otaniennes.

Mais il s'agit de rester lucide : il faudra que le pouvoir politique accepte effectivement d'utiliser le personnel militaire comme  vecteur d'influence. Le vécu de mes responsabilités opérationnelles et politico-militaires dans le cadre de l'OTAN m'a rendu très sceptique à ce sujet.

De fait, en dehors des encouragements de principe prodigués au plus haut niveau de l'Etat avant mon départ au Kosovo et des félicitations accordées a posteriori par mes chefs français, j'ai vainement attendu des directives sur le comportement à avoir en tant que Français dans un contexte qui m'aurait permis de contribuer à la mise en œuvre de la politique de la France dans cette zone en crise.

D'ailleurs, en ayant fait la remarque au ministre des affaires étrangères en visite au Kosovo, je ne me suis attiré, de sa part, que des appréciations peu flatteuses à mon égard dès son retour en France.


Initialement flatté d'une telle confiance et impressionné par une si forte application du principe de subsidiarité, je me suis cependant senti livré à moi-même dans quelques circonstances délicates : par exemple lors de la formation du premier gouvernement kosovar alors que le poste du représentant de l'ONU était vacant et que je me suis donc retrouvé en première ligne pendant deux mois ; ou encore au moment de l'annonce brutale du retrait des bataillons britanniques du Kosovo.


Ce n'était pas le cas de mes grands subordonnés alliés qui étaient guidés « rênes courtes » par leurs hiérarchies nationales ; ils bénéficiaient d'ailleurs d'informations d'ordre politique de première main.

C'est ainsi que le chargé de mission britannique rendait destinataire de ses télégrammes diplomatiques l'ensemble du commandement britannique du Kosovo et ce, jusqu'au niveau des commandants de bataillon.

Dans le même temps, l'état-major des armées m'envoyait parfois une copie des télégrammes diplomatiques rédigés par les ambassadeurs français de ma zone d'intérêt !


A l'occasion de leurs visites régulières, mes chefs de l'OTAN, que ce soit le commandant d'AFSOUTH et le SACEUR, n'ont jamais manqué de me donner des directives précises sans doute largement inspirées par celles qu'ils recevaient de leur gouvernement, mais peut-on le leur reprocher ?

La nature a horreur du vide. Cet état de fait regrettable semble avoir perduré après mon départ de Pristina ; en effet, le deuxième commandant français de la KFOR, le général de Kermabon, a estimé pertinent de reproduire dans son rapport de fin de mission une citation de Sénèque que j'avais moi-même utilisée trois ans auparavant : « il n'y a pas de bon vent pour celui qui ne sait pas où il va »...


Heureusement, depuis, le temps a fait son œuvre.

Il s'agit maintenant de récupérer  pour notre pays les dividendes que nous sommes en droit d'attendre de ce retour dans la structure militaire intégrée de l'OTAN ; de plus, ne soyons pas plus frileux que nos partenaires pour y mener résolument et à tous les niveaux notre politique nationale.

Finalement, il ne s'agit que de donner du sens à cette décision majeure mais cela ne sera possible que si l'on accepte que nos militaires « intégrés » y participent et ne soient pas cantonnés dans un simple rôle de techniciens.

Général d'armée (2S) Marcel Valentin

 

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