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La réponse du Président de l’ASAF PDF Imprimer Envoyer
Dimanche, 29 Août 2010 20:34

…La nation a tout à gagner du développement d’une expression libre des militaires. Elle contribuera, n’en doutons pas, à sensibiliser davantage nos compatriotes aux questions de défense…

 

Paris le 26 août 2010

Général (2S) Henri PINARD LEGRY
Président de l’ASAF                                          




Monsieur le Député ;



J’ai bien reçu votre courrier du 10 août en réponse à la lettre de l’ASAF relative au devoir d’expression des militaires. Je suis sensible au fait que vous ayez pris le temps  de la lire et de m’avoir fait parvenir votre position sur ce sujet.

Je suis cependant surpris par les arguments que vous développez pour justifier cette position. En effet, il semble que dans votre esprit, le fait qu’un militaire expose publiquement une réflexion ou une thèse argumentée dans un de ses domaines d’expertise, par exemple sur les « opérations stratégiques » ou des questions de société présentant un intérêt militaire, place ce militaire en marge du service dû au  pouvoir politique !

En outre vous affirmez que les militaires n’auraient pas à s’exprimer du simple fait que l’armée n’appartient pas aux trois pouvoirs de la République.

Il n’est en aucun cas dans mon intention rentrer dans une quelconque polémique mais je pense que ces arguments ne résistent pas à une analyse, même rapide. En effet :

Il n’est naturellement pas question d’appeler à l’insubordination des militaires dans l’exécution des missions qui leur sont confiées. Les onze années que j’ai passées dans les rangs de la Légion étrangère m’ont conforté dans l’absolue nécessité d’une très grande discipline dans l’action ; mais cette même Légion m’a également montré et prouvé toute la richesse que l’on peut tirer des compétences des uns et des autres. Il appartient toujours au chef, quel qu’il soit, de rechercher l’expertise, de solliciter des avis argumentés avant de décider à partir de ces contributions souvent éclairantes et pleines de bon sens.

Alors que vous vous réclamez fréquemment du Général de Gaulle, pensez-vous que la parution de son ouvrage « Vers l’armée de métier » desservait la République ?

Faut-il appartenir à un des trois pouvoirs pour s’exprimer sur des sujets où l’on peut apporter non seulement une expertise mais aussi une réflexion mûrie par 30 ou 40 années d’expérience, de pratique du métier à des postes de responsabilité ? Il suffit de regarder la télévision, internet, les réseaux sociaux et lire la presse pour se rendre compte que trop de gens s’expriment sur des questions stratégiques sans avoir de réelles compétences.


Il va sans dire que les états-majors sont très au fait des réalités, mais il n’est pas inutile que des voix s’expriment librement sans contrainte hiérarchique sous réserve naturellement que les positions éventuellement non conventionnelles soient exprimées dans le respect absolu de l’éthique militaire.

C’est pourquoi, à mon sens, la nation a tout à gagner du développement d’une expression libre des militaires. Elle contribuera, n’en doutons pas à sensibiliser davantage nos compatriotes aux questions de défense.


Votre réponse, dois-je l’avouer, me semble en fait révéler de votre part une attitude d’interdiction totale. Elle consiste à refuser à l’armée, notamment à travers ses cadres, toute expression publique, à la réduire à la seule mise en œuvre des armes qui lui sont confiées et à ne jamais sortir du strict champ de l’exécution pratique. C’est du gaspillage de compétence, et cette position n’est plus tenable aujourd’hui d’autant que notre pays a besoin de tirer le meilleur parti de toutes ses ressources.

Il serait trop long de développer les arguments par écrit. Si vous le souhaitez nous pourrions le faire au cours d’un entretien.


Compte tenu de l’intérêt que présente ce sujet pour nos adhérents et ceux qui s’intéressent aux questions de défense - près de 3 millions de Français en âge de voter -, j’ai prévu de mettre sur notre site internet www.asafrance.fr, le texte de votre réponse à la suite de la lettre de l’ASAF. J’y ajouterai les éventuelles réactions qu’elle pourrait susciter et que notre comité de rédaction jugerait les plus pertinentes.
L’ASAF a pour règle absolue de s’assurer que les textes qui figurent sur son site sous le titre « libres opinions » soient toujours courtois, argumentés, et signés.



Veuillez agréer, Monsieur le Député, l’expression de ma haute considération.




Note d’information sur l’ASAF


L’Association de soutien à l’armée française (ASAF) est une association loi 1901, créée en 1983, qui regroupe plusieurs centaines de milliers de Français à travers les 300 associations qui y adhérent.


L’ASAF a pour objectif de veiller à ce que l’armée demeure au « cœur de la nation » ; pour ce faire notre association:
défend son honneur, quand elle est injustement attaquée ;
s’assure qu’elle dispose des moyens suffisants pour remplir les missions qui lui sont assignées ;
sensibilise les Français sur le rôle qu’elle joue pour la cohésion nationale, pour la sécurité de nos concitoyens en France et à l’étranger, ainsi que pour le rayonnement et la défense des intérêts de notre pays partout dans le monde.


Elle est indépendante de tout pouvoir politique, syndical ou religieux. Elle s’exprime librement mais sans polémique sur les sujets d’intérêt militaire de défense et de sécurité. Elle agit au sein de la nation avec le souci permanent de l’intérêt supérieur du pays. Elle ne bénéficie d’aucune subvention officielle.


Elle dispose d’un site internet - www.asafrance.fr - et diffuse par voie électronique, gratuitement et chaque mois à plusieurs dizaines de milliers de destinataires, une lettre sur un sujet d’intérêt militaire.
Chaque trimestre elle édite pour ses adhérents un bulletin tiré à 6 000 exemplaires comprenant une vingtaine d’articles portant sur la défense de la nation, en une cinquantaine de pages. Elle l’adresse par voie postale à ses adhérents ainsi qu’aux responsables gouvernementaux, aux députés et sénateurs membres de la commission de la défense, aux hautes autorités militaires, aux élus régionaux et locaux, responsables de l’administration territoriale et à nombre d’acteurs économiques, grâce à son réseau de 60 délégations départementales réparties sur l’ensemble du territoire français.







 
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