BUDGET OTAN : Qui finance quoi ?

Posté le samedi 27 mai 2017
BUDGET OTAN : Qui finance quoi ?

Lors du sommet de l'Otan, Donald Trump a dénoncé les pays qui ne payaient pas leur dû, et les arriérés massifs de certains d'entre eux. Comment est financée l'Otan et qui y prend part? Alors que le sommet de l'Otan a tourné au dialogue de sourds et aux déclarations d'intentions plutôt floues ce jeudi à Bruxelles, le budget et la participation des États membres ont néanmoins fait l'objet de nombreuses discussions en coulisses. Au sein de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord ou Alliance atlantique, qui finance quoi et comment se répartissent les ressources? Les 28 Etats membres contribuent directement

Les 28 États membres (26 pays européens, les Etats-Unis et le Canada) abondent directement au budget de l'Otan. Les dépenses annuelles directes de l'Organisation dépassent les 2 milliards d'euros. Ce financement des institutions et de la structure de l'Otan est négocié tous les deux ans, tout comme la quote-part de chaque pays: les États-Unis sont les principaux contributeurs avec 22,14%, suit l'Allemagne avec 14,65%, puis la France (10,63%), et le Royaume-Uni (9,85%). Ils doivent verser une contribution pour trois budgets différents: le budget civil, le budget militaire et le programme Otan d'investissement au service de la sécurité. Trois budgets différents et quelques points opaques

Le budget militaire est le plus important: il s'élève à 1,29 milliard d'euros pour 2017. Il concerne «l'exploitation et la maintenance de la structure de commandement de l'Otan». Il est divisé en trente-cinq sous-budgets, qui peuvent être financés par certains pays spécifiquement, suivant l'intérêt stratégique suivi. Attention, il ne finance pas la mise à disposition de personnel ou d'équipement militaire par les pays membres pour une opération donnée.
 
Le budget civil couvre les dépenses administratives liées aux programmes du Secrétariat international de l'Otan: personnel, équipement civil. En 2014, l'Alliance employait 6000 civils dont 1000 au siège. Le fonctionnement du siège et les relations publiques dépendent aussi de ce budget qui atteint 235 millions d'euros en 2017.

Enfin, le programme d'investissement au service de la sécurité, le NSIP, sert à financer certains investissements militaires pour les pays membres, comme des mises à niveau de systèmes d'informations, des quartiers généraux et des infrastructures pour les opérations extérieures (aéroport, carburant...). Ce programme est financé à hauteur de 655 millions d'euros en 2017. La comptabilité de l'Otan reste opaque sur certains points, notamment les dépenses relatives aux opérations secrètes, et certains alliés se sont offusqués de ne pas pouvoir déterminer l'utilisation faites des fonds directs. Le financement indirect de l'Otan: les budgets nationaux aux Armées

Mais l'Otan fonctionne également sur un financement indirect, les membres mettant au service de l'organisation des moyens militaires.
Concrètement, un pays finance «indirectement» l'Otan s'il participe à une opération commandée par l'organisation. Chaque pays décide souverainement de participer à une opération, sauf en cas d'attaque d'un autre membre, cas dans lequel il est obligatoirement engagé (article 5 du Traité de l'Atlantique Nord). Pendant sa campagne électorale et depuis son élection, Donald Trump a régulièrement chargé l'Allemagne sur le sujet, déclarant que Berlin devrait verser de «grandes sommes d'argent» pour rattraper le retard de ce financement indirect. En effet, l'Allemagne a soutenu des opérations conduites par l'Otan, mais son armée ne s'est pas engagée à la hauteur correspondante. Et pour cause: l'Allemagne ne consacre que 1,2% du PIB à sa Défense alors que l'Otan fixe l'objectif à 2%. Jeudi à Bruxelles, le président américain a martelé cette exigence: les États-Unis consacrent 3,61% de leur PIB à la Défense, la Grèce, l'Estonie, la Royaume-Uni et la Pologne respectent la règle des 2%, mais le reste des 28 pays membres est au-dessous. La France consacre actuellement 1,79% de son PIB (pensions comprises, soit 1,5% sans les retraites. Note ASAF) aux Armées, soit 44 milliards d'euros. À l'intérieur de ce budget de Défense, la part d'investissement en équipements doit être de 20%, un seuil que respectent seulement 10 des 28 pays, dont cette fois, la France (24,5%). Un déséquilibre qui engendre des problèmes politiques

Ces déséquilibres de potentiel militaire aggravent la disparité dans le budget total de l'Otan: le budget américain représente plus de 70% du total du budget militaire des pays de l'Otan. Ce qui pose plusieurs problèmes politiques. Outre la question du juste financement à réclamer pour chaque pays, l'influence accordée à la puissance américaine, démesurée de facto, peut déséquilibrer le choix et le contenu des missions au détriment des pays européens.

 

Luc LENOIR
Adressé par André DULOU 

Source : Le Figaro économie

Poster un commentaire

Vous êtes indentifié en tant qu'invité.