ÉLOGE FUNÈBRE prononcé lors des obsèques d’André SALVAT, Compagnon de la Libération.

Posté le mardi 14 février 2017
ÉLOGE FUNÈBRE prononcé lors des obsèques d’André SALVAT,  Compagnon de la Libération.

 

Mon colonel André Salvat,

 

Avec votre disparition, l’Ordre de la Libération perd un de ses derniers Compagnons. C’est le dernier carré des 1038 héros de la France libre et combattante qui s’amenuise. C’est,  selon les mots du général de Gaulle cette « Chevalerie exceptionnelle créée au moment le plus grave de l'histoire de France » qui perd un de ses braves.

Vous êtes Compagnon de la Libération, Grand officier de la Légion d’Honneur et croix de guerre 1939-45, cela pourrait amplement suffire pour caractériser un parcours d’exception au service de la France.

Mais il convient pour votre famille, vos proches, vos amis et pour tous ceux présents en cette journée de deuil, de mettre en exergue quelques moments d’un magnifique parcours afin que chacun puisse méditer ou s’inspirer de votre exemple.

Animé dès votre plus jeune âge par une puissante vocation militaire, vous n’avez jamais cessé de servir la France. 
Issu d’un milieu de commerçants, vous êtes enfant de troupe dans une École militaire préparatoire. Puis, naturellement, vous vous engagez dans l’armée.
A votre sortie d’école, vous avez vingt ans et vous servez comme sergent au 24e régiment d’infanterie coloniale (24e RIC) à Tripoli  au Liban.

Alors qu’il vous devient évident que la Syrie va appliquer l’armistice, refusant la soumission, vous faites parti des rares, à tout de suite dire non à ce qui paraît alors au plus grand nombre comme inéluctable, c'est-à-dire la nuit de la défaite, de l’occupation et de l’instauration pour des décennies d’une domination du régime nazi sur une partie du monde.

Vous choisissez donc dès le 27 juin 1940 de passer en Palestine à l’aide de faux ordres de mission. Votre objectif est clair : poursuivre immédiatement le combat aux côtés de l’allié britannique. Vous n’avez pas entendu l’appel du 18 juin du général de Gaulle mais votre décision va dans le sens de la volonté du chef de la France Libre et selon son expression célèbre de : « ramasser le tronçon du glaive ».

Dès septembre 1940, vous combattez brillamment en Libye. Ce qui vous vaut d’être nommé Compagnon de la Libération parmi les tous premiers. Promu officier, vous êtes trois fois cité et trois fois blessé à Bir-Hakeim, en Italie puis en Provence. 

Colonel Salvat, en ayant participé pleinement à l’épopée de la 1ère Division française libre, avec ses 90 000 kilomètres parcourus de 1940 à 1945, en Afrique et en Europe, vous illustrez parfaitement la devise de l’Ordre de la Libération « Patriam servando, victoriam tulit » (En servant la Patrie, il a apporté la victoire).

Vous poursuivez ensuite une carrière militaire particulièrement méritante qui vous a vu porter les armes de la France au Maroc, au Sénégal et au Congo Brazzaville avant de participer aux opérations en Indochine puis en Algérie, où vous serez de nouveau blessé et où votre ardeur au combat vous vaudront d’être de nouveau trois fois cités.  
En avril 1973, au terme d’une prestigieuse carrière au service de notre pays, vous faites valoir vos droits à la retraite et vous vous retirez à Perpignan, dans vos chers Pyrénées-Orientales qui vous ont vu naître. 

Toute votre vie aura donc été marquée par le fait d’avoir été distingué par le général de Gaulle qui, en vous reconnaissant comme un de ses tout premiers Compagnons, vous a incité tout au long de votre carrière à rester digne du jeune Salvat héros de la France libre.

Mon colonel, vous étiez à Bir Hakeim et vous connaissez le message adressé au général Koenig, par le général de Gaulle à la suite de cette bataille : « Général Koenig, sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil. »
Vous étiez une parcelle de cet orgueil et c’est pourquoi l’Ordre de la Libération s’incline avec émotion et respect devant vous un des siens.

Mon colonel, reposez tranquille, l’Ordre de la Libération, va s’attacher, dans les années à venir, à donner en exemple votre parcours ainsi que ceux de vos Compagnons pour montrer à nos jeunes compatriotes, qu’il est possible de choisir son destin plutôt que de le subir.

 

 

Général de division (2S) Christian BAPTISTE
Délégué national de l’Ordre de la Libération

Source : Ordre de la Libération

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