INTERVIEW du Colonel (er) Michel GOYA sur le terrorisme : « La France ne mène pas une vraie guerre ».

Posté le mardi 19 juillet 2016
INTERVIEW du Colonel (er) Michel GOYA sur le terrorisme : « La France ne mène pas une vraie guerre ».

Pour Michel Goya, la France doit faire en Syrie et en Irak ce qu’elle a fait au Sahel (ici, au Mali en 2015) avec le déploiement de forces spéciales au sol et l’utilisation d’hélicoptères de combat. 

« Sud Ouest Dimanche » :

 Êtes-vous surpris que Daesh revendique l'attentat de Nice ? 

Michel Goya 
Non, ce qui peut paraître surprenant, c'est le temps mis par Daesh pour revendiquer cette attaque. Mais on sait que, jusqu'à présent, le groupe djihadiste ne s'est jamais attribué des actions qu'il n'avait pas commises. Cela dit, on peut aussi nuancer entre revendiquer et saluer. Quoi qu'il en soit, Daesh a considéré que l'auteur de l'attentat était un de ses soldats. 

L'attentat de Nice rajoute encore des dizaines de victimes à la guerre menée contre Daesh… 

C'est la première guerre de l'histoire où 100 % des victimes sont civiles et pas militaires. Je ne souhaite bien sûr la mort d'aucun soldat français mais je considère que la France ne mène pas une vraie guerre. Les frappes aériennes ne suffisent pas. Certes, il y a la formation de soldats irakiens mais le dispositif mis en place est trop faible pour espérer une victoire. Les moyens aériens sont faits pour affaiblir un adversaire ou le contraindre à négocier, ce qui n'est pas le cas avec Daesh. La France n'est pas à la hauteur des enjeux. Douze avions déployés et, au bilan, une bombe par jour sur un territoire grand comme le Royaume-Uni. Tout ceci est très coûteux et inefficace, même si, bien sûr, plus d'un millier de combattants de Daesh ont été mis hors d'état de nuire.

 Pourquoi la France ne mène-t-elle pas ce que vous appelez « une vraie guerre » ? 

Elle l'a fait au Sahel. Si nous évitons le combat en Syrie et en Irak, c'est parce que nous nous alignons sur les Américains, où la guerre doit être votée par le Congrès, ce qui rend les opérations extrêmement rigides. Les États-Unis n'ont engagé que quelques avions de combat, des drones et quelques unités de forces spéciales. Pour vraiment être efficaces, il faudrait engager, comme au Sahel, des forces spéciales au sol, des hélicoptères de combat et de l'artillerie beaucoup plus apte à détruire des petites cibles. Ce qui avait été fait en Libye. 

La France en a-t-elle les moyens ? 

Non, justement. Dans nos différentes opérations contre les djihadistes, nous sommes au maximum du contrat opérationnel d'engagement majeur prévu dans le Livre blanc de 2013. Tout ça pour un résultat très limité. 

Il y a unité de la classe politique sur le refus de mener la guerre que vous souhaitez… 

Il y a surtout unité d'incompétence. Aujourd'hui, on paye le prix de la réduction des dépenses militaires engagée depuis vingt-cinq ans. Par contre, à chaque attentat, on observe les mêmes incantations et les mêmes gesticulations. Et, au final, avec l'opération Sentinelle, on préfère déployer nos soldats dans les Hauts-de-France plutôt que contre notre ennemi. Sans compter l'usure et la fatigue qui minent le moral des troupes. N'oublions pas que notre armée est composée à presque 70 % de CDD. Nous ne sommes pas à l'abri d'un type qui pétera un câble et pourrait faire des dégâts. Je sais que l'opération Sentinelle a pour but de rassurer psychologiquement. Mais rassurer, ce n'est pas protéger. Et l'état d'urgence n'a empêché aucun des attentats qui ont été commis. 

L'attentat de Nice pouvait-il être évité ? 

Les véhicules suicides ou les voitures béliers, ce n'est pas nouveau. Notre problème est que nous avons toujours un coup de retard sur les terroristes. On ne fait que réagir. Comme après l'attentat du Thalys : on brandit les portiques de sécurité, etc. 

Un gouvernement peut-il prendre le risque de faire tuer des soldats sur un terrain étranger ? 

Mais c'est le principe de la guerre. On a déployé 4 000 hommes au Mali pour moins que ça, sept sont tombés. 89 soldats sont morts en Afghanistan alors qu'on n'était pas directement attaqués. Là, nous sommes directement visés. Alors, il faut savoir si on veut vraiment gagner la guerre en prenant les risques que cela implique.


 

Colonel (ER) Michel GOYA

 

 

Pour télécharger l'interview, cliquez sur le PDF ci-dessous.
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Source : Sud Ouest Dimanche

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