ANALYSE du Journal de guerre ALGÉRIE n° 1. LIBRE OPINION Général (2S) Henry-Jean FOURNIER.

Posté le vendredi 12 janvier 2018
ANALYSE du Journal de guerre ALGÉRIE n° 1. LIBRE OPINION Général (2S) Henry-Jean FOURNIER.

Diverses sources, parmi les membres de plusieurs associations, se sont inquiétées de la publication récente d’un magazine présentant des journaux d’époque de la guerre d‘Algérie. De quoi s’agit-il ?

Dans la série dite « Les Journaux de guerre » qui a récemment produit la période 1939-45, l’éditeur anglais Peter Mac Gee propose « une collection unique de quotidiens originaux de la guerre d’indépendance algérienne » (formule sans doute volontairement calquée sur la guerre d’indépendance américaine, dont la renommée est forte en France et qui hisse ainsi les rebelles algériens au niveau des « Patriots » américains)

En ouverture du n° 1, paru le 28 décembre 2017, la rédactrice en chef, Julie MAECK (qui est une spécialiste de l’image en histoire) explique que cette nouvelle publication « a pour ambition d’éclairer les deux versants - français et algérien- de cette histoire, en faisant écho à la pluralité des voix ». Elle s’appuiera pour cela sur la presse de l’époque, qui était alors la principale source d’information (pas de TV ni d’Internet ni de réseaux sociaux) et qui exprime donc « la multiplicité des facettes d’une guerre qui ne dit pas son nom », selon son propos introductif.

D’emblée, le ton est donc donné, car, si l’intention est louable, le terme employé de « guerre d’indépendance algérienne » exprime en lui-même une prise de position que ne reflètent pas les comptes rendus de l’époque. La publication proposée (n°1) comporte :
- la reproduction du journal LE FIGARO du 2 novembre 1954
- la reproduction du journal ALGER REPUBLICAIN du 2 nov 1954 (journal lié au Parti communiste algérien)
- un cahier de 7 pages de commentaires signés par :
          o Patrick EVENO, universitaire de Paris I, spécialiste de l’histoire des médias
          o Maurice VAISSE, professeur à l’IEP de Paris, historien des Relations internationales et président du conseil scientifique pour la recherche historique au Ministère de la Défense
          o Annick LACROIX, universitaire de Paris 10
          o Daho DJERBAL, universitaire de la Faculté d’Alger
          o Guy PERVILLE, historien spécialiste de la guerre d’Algérie
- un document « historique » intitulé « colonie cherche colons », reproduisant une affiche de 1903 encourageant l’installation de fermiers en Algérie (en soulignant que l’attribution des terres vient de la confiscation de celles-ci aux autochtones)
- un DVD présentant le film « La bataille d’Alger » de Pontecorvo, produit par Yacef SAADI. Le simple énoncé du contenu de cette publication parle de lui-même quant à son objectivité historique. Il est vrai que l’une des conseillères historiques est Mme Raphaëlle BRANCHE, dont on connaît l’œuvre. Les commentaires présentent un habile mélange de faits incontestables et d’interprétations plus libres, notamment par le fait de généralisations abusives de quelques cas particuliers ou d’événements d’importance limités. Le tout s’appuie sur la doctrine officielle algérienne tendant à démontrer que la rébellion née le 1er novembre 1954 est héritière d’un siècle d’une résistance populaire commencée sous Abd-El-Kader. On regrettera que certains universitaires de talent et connus pour le sérieux de leurs travaux, se soient laissé entraîner dans cette aventure, à moins que leur participation, au fil des numéros suivants, ne parvienne à équilibrer le discours. Mais le plus grave, en ces temps de terrorisme islamique, réside :
          o d’une part, dans la désignation de la France comme coupable des faits reprochés, phénomène qui ne peut qu’encourager toutes les rancœurs en laissant croire que la population algérienne a été victime d’une persécution permanente, générale et organisée, aujourd’hui à l’origine de la situation de l’Algérie
          o d’autre part, dans l’encouragement ainsi apporté à l’action terroriste, puisque l’argumentation développée tend à démontrer que les procédés démocratiques n’ayant pas produit les résultats attendus, seule l’action terroriste engagée le 1er novembre 1954 a permis de déboucher sur l’indépendance de l’Algérie.

On notera enfin que cette production est le fait d’une société d’édition anglaise, dont le directeur, Peter Mac Gee, a été à l’origine de la tentative récente de réédition de la version originale de « Mein Kampf », le but étant sans doute de se livrer à un « coup » médiatique. Il en est sans doute de même pour cette publication, qui ne relève d’autant moins d’une démarche historique que l’un des principaux contributeurs en est la FNACA. Et l’on pourrait résumer la question en se demandant « à qui profite le crime » ? Certains s’étonneront de constater que l’un des organismes présentés comme partenaire de la collection (avec la Bibliothèque Nationale de France qui a sans doute fourni les journaux originaux) est l’Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense (ECPAD). Sous réserve d’avoir confirmation d’un éventuel engagement actif de cet établissement de l’Etat dans cette entreprise hasardeuse, on observera qu’il est normal que cet organisme soit cité dès lors qu’il fournit (en général de manière payante) des images exploitées par l’éditeur. Cela fait partie de la convention que celui-ci a dû signer avec l’ECPAD. Il n’y a donc vraisemblablement pas lieu de faire un procès d’intention à l’ECPAD.

En conclusion, et en attendant de voir ce que seront les numéros suivants (le n° 2 sera consacré à la torture…) on se contentera d’observer que tous ceux qui ont une autre vision de l’histoire de cette période tragique peuvent rapprocher cette production de récentes expositions institutionnelles ou de livres destinés à la jeunesse. Leurs auteurs, même lorsqu’ils sont de bonne foi, sont en effet victimes de la désinformation générale dont le récit de la guerre d’Algérie fait l’objet depuis plus de cinquante ans.
Les plus jeunes n’ont d’autres sources que celles d’une certaine forme d’histoire et ne peuvent que se trouver confortés dans leurs opinions par la convergence des récits, alimentés par des mémoires orientées. D’autant que des documents plus objectifs, réalisés par des universitaires de qualité ou des témoins honnêtes, sont souvent demeurés confidentiels et peu connus du grand public.

Il ne faut pas s’en étonner : nombreux sont ceux qui se révoltent à la lecture des documents tels que celui évoqué ci-dessus, mais peu sont ceux qui prennent leur plume, avec mesure et compétence, pour en démontrer les mensonges, les erreurs ou les amalgames.



Général (2S) Henry-Jean FOURNIER
Président de
Soldis
Délégué ASAF 24

 

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Site de rediffusion : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr

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