LIBRE OPINION de Geneviève de CAZAUX : Sentinelle, de nouveaux défis pour les forces terrestres

Posté le lundi 06 juin 2016
LIBRE OPINION de Geneviève de CAZAUX : Sentinelle, de nouveaux défis pour les forces terrestres

Après 16 mois d’Opération Sentinelle déclenchée à la suite des attentats de janvier 2015, il est temps de dresser un bilan, et d’en tirer les conclusions. C’est ce qu’a déclaré le général Arnaud Sainte-Claire Deville, commandant des forces terrestres, basé à Lille, à l’association des journalistes de Défense. Auditionné auparavant par la Commission de Défense à l’Assemblée Nationale, il a plaidé pour une forte adaptation de la présence des forces militaires sur le territoire hexagonal.

« Sentinelle est un vrai défi pour nous, nous sommes conscients que cela va durer, il va falloir s’adapter en permanence ».

 

En effet, selon le général, ces gardes sont trop statiques et on doit gagner en efficacité : « Sur Paris, 2/3 de nos forces protègent 1/3 des sites, il faut inverser les ratios ». Dans ces missions de surveillance, les soldats apparaissent comme autant de cibles potentielles, alors qu’ils ont acquis en Opex, notamment en Afghanistan et dernièrement au Mali, des compétences actuellement sous-exploitées.

« Il faut faire en sorte que les modes d’action de l’opération Sentinelle soient plus dynamiques ».  Déployer des patrouilles devrait optimiser la lutte contre le terrorisme. Cela se met en place déjà sur Paris. Sentinelle a d’ailleurs été placée sous la responsabilité du Gouverneur militaire de Paris.

 

Les officiers généraux sont à l’évidence montés au créneau pour faire respecter les conditions d’engagement de leurs troupes. Le quotidien des soldats de Sentinelle s’est nettement amélioré. Après plusieurs mois à dormir sur des lits de camp et à se laver dans des gymnases, des fonds ont été débloqués pour leur hébergement.

Cependant, l’opération Sentinelle est vorace, en hommes et en temps. Vigipirate représentait 5% du temps du militaire, pour 15 % en Opex (opérations extérieures). Avec Sentinelle, un grand nombre de soldats passent 50% de leur temps en Opint (opérations intérieures) et toujours 15% en Opex. Cela pose un double problème, selon le Commandant des Forces terrestres : « maintenir les compétences et préserver l’équilibre familial. Les militaires sont mobilisés loin de chez eux entre 180 et 230 jours par an. C’est le maximum acceptable. Dans 2 ans, les Opint devraient être ramenées à 20% » avec l’apport de nouvelles recrues.

 

Ce recrutement de nouveaux effectifs -11 000 soldats d’ici 2017-, validé par François Hollande,  va renforcer les 66 000 hommes déjà mobilisables de la Force terrestre opérationnelle (FOT).

« Ces perspectives difficiles mais enthousiasmantes, nous demandent de revenir aux fondamentaux : savoir tirer, et le secourisme », a ajouté l’officier général, insistant sur la nécessité de la formation des nouveaux, et le maintien du temps d’entrainement pour les anciens, afin d’entretenir le savoir-faire des troupes.

Les Centres de préparation des forces, les infrastructures, ce problème est résolu. Reste l’équipement à renouveler, la technique évoluant rapidement. Le plus gros investissement en matière d’armement depuis la seconde guerre mondiale.

Cependant, le général Sainte Claire Deville a souligné très clairement que la mission dévolue à l’opération Sentinelle était la protection des citoyens contre le terrorisme, ce qui n’est pas compatible avec le maintien de l’ordre, qui reste très clairement la tâche de la Police nationale et de la Gendarmerie. La position de l’état-major semble ferme sur ce point. Pas question de prêter main forte aux forces de l’ordre dans les manifestations, sauf cas très ponctuel, car cela pourrait être utilisé comme diversion.

 

Geneviève de CAZAUX
Journaliste Défense

 

Source : Geneviève de CAZAUX

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