LIBRE OPINION de Christina MAKENZIE : Quel budget pour quels risques ?

Posté le dimanche 26 mars 2017
LIBRE OPINION de Christina MAKENZIE : Quel budget pour quels risques ?

La question « Les industries de défense, un atout pour l’économie ? » posée par Le Cercle des économistes lors d’un colloque qui s’est tenu le 22 mars 2017 à l’Alliance Française à Paris, est restée sans réponses réelles mais les interventions du général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, et de Laurent Collet-Billon, délégué général de la DGA ont révélé quelques pépites.

D’abord de Villiers a révélé que « le travail d’identification des besoins et de chiffrage est en cours de finalisation au sein du ministère de la défense entre les armées, la DGA et les directions et services du ministère », concernant « un document de référence, concis, opérationnel qui trace le cap politique de la remonté en puissance [de l’effort budgétaire de défense] pour atteindre 2 % du PIB en 2022 et non pas en 2025. »

Cet effort doit répondre à trois impératifs, dit le général : « Récupérer les capacités auxquelles il avait du renoncer temporairement à une époque où la situation était différente ; relancer les contrats à la hauteur de ce que nous faisons réellement, et préserver la capacité de la dissuasion. »
Au bilan, l’effort à consentir est d’environ 2Md€ supplémentaires tous les ans soit 35,5Md€ en 2018 (en euros constants 2017), 37,5Md€ en 2019, 39,5Md€ en 2020 et 42,5Md€ en 2022.

Et la pépite lâchée par Collet-Billon est que « ce qui n’est pas smart aujourd’hui c’est les modalités de contractualisation et de subventions » du ministère de la défense notamment pour les PME. Il expliquait à l’auditoire qu’ « on a un dispositif à la DGA qui s’appelle RAPID et ceux qui ont du bol reçoivent leurs subventions en six mois grosso modo. Il y a un temps de latence qui est absolument phénoménale et l’administration, le prescripteur, doit s’adapter. On doit retrouver un mode de fonctionnement qui soit radicalement différent de ceux d’aujourd’hui, d’où l’idée d’un fonds défense. »
Il faisait référence à l’idée lancée l’été dernier par Thierry Breton, le patron d’Atos et ancien ministre de l’Economie, de créer un fonds qui rachèterait la dette des Etats de la zone euro découlant de leurs anciennes dépenses de sécurité et financerait une partie des leurs futures dépenses en la matière.

A la première table ronde du colloque qui posait la question: « Le monde est-il plus risqué? », de Villiers notait que « ce qui marque avant tout notre époque c’est sa complexité grandissante qui tient principalement au phénomène de la mondialisation qui crée des interactions, des interdépendances entre tous les acteurs ». Pour lui le nouveau visage de la guerre à quatre traits dominants, chacun commençant par un « d » :
« Durcissement (attaques terroristes directes ultra violents, mais aussi les manifestations de certains états puissants qui n’hésitent plus à tutoyer la ligne rouge) ; dispersion (des conflits dans des zones toujours plus éloignées, étendues, distantes les unes des autres, par exemple l’Opération Barkhane dans la bande Sahélo-saharienne 400 km de front, 1000 km de profondeur) ; digitalisation (qui permet la mise en œuvre de stratégie intégrale par le recours au cyber et aux influences) et puis la durée des conflits, qui finit par user ceux qui tente d’opposer la force à la violence. » Et il ajoutait : « J’aurais pu dire ‘d’ comme délais dans l’accélération du temps qui conduit dans la quasi immédiaté des réactions. »

La solution, pour le général, « passe aussi évidemment par une coopération au niveau européen ». Il expliquait sa « conviction que le communautaire à un rôle déterminant à jouer pour la défense de l’Europe par le soutien qu’il peut apporter aux nations les plus engagées, par une politique d’aide au développement ou au travers de l’industrie de défense européenne. J’ai aussi la même conviction que la coopération inter-étatique fondée sur la confiance apporte une contribution complémentaire et essentielle à la défense de l’Europe.»

 

Christina MAKENZIE 

Source : FOB

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