Ouragans aux Antilles : Le BPC Tonnerre va appareiller avec des moyens lourds. LIBRE OPINION de Jean-Louis VENNE.

Posté le dimanche 10 septembre 2017
Ouragans aux Antilles : Le BPC Tonnerre va appareiller avec des moyens lourds. LIBRE OPINION de Jean-Louis VENNE.

 

 

 Alors que les opérations de secours aériennes et maritimes vers Saint-Martin et Saint-Barthélemy ont été suspendues en raison de l’arrivée dans la zone de l’ouragan José, qui suit Irma, le bâtiment de projection et de commandement Tonnerre va partir pour les Antilles. Prévu pour appareiller mardi 12 septembre, le BPC est en train d’embarquer des quantités importantes de fret humanitaire, de matériel et d’engins de déblaiement. Il va aussi permettre, en plus de ses propres installations médicales, de projeter un hôpital de campagne. Par ailleurs, l’envoi du BPC servira à renforcer significativement les moyens aériens sur zone puisqu’une dizaine d’hélicoptères vont prendre place à bord.

 


Un bateau parfaitement adapté

Second des trois BPC français du type Mistral, mis en service entre 2006 et 2012, le Tonnerre, qui est l’un des plus gros bâtiments de la Marine nationale (199 mètres de long pour 21 000 tonnes de déplacement en charge), va offrir des capacités extrêmement précieuses. En plus des quantités significatives de fret qu’il peut transporter, ce navire est en effet spécialement conçu pour la projection de forces, y compris dans des zones où les infrastructures portuaires sont inaccessibles. A cet effet, cette plateforme dédiée aux opérations amphibies et aéromobiles, peut décharger sa cargaison, les personnels et les véhicules qu’il transporte à quai ou grâce à ses engins de débarquement, chalands traditionnels ou catamarans rapides, qui les acheminent directement sur des plages. Dans le même temps, ses hélicoptères peuvent assurer des norias pour déployer des hommes, transporter du matériel, des vivres ou du soutien médical, tout en étant en mesure d’assurer des évacuations médicales. Le BPC dispose à ce titre d’un hôpital embarqué de rôle 3, capable d’effectuer de la chirurgie lourde. La configuration de base des installations médicales comprennent, sur 750 m², deux blocs opératoires, des salles de soins intensifs et 69 lits d’hospitalisation. Une capacité qui peut être doublée en récupérant une partie du hangar des hélicoptères, capable d’abriter une vingtaine d’appareils (les garages peuvent quant à eux recevoir jusqu’à une centaine de véhicules). Le BPC est par ailleurs doté d’importantes infrastructures de commandement et de puissants moyens de communication, lui permettant de piloter une opération de grande envergure.




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Le Tonnerre mettant en œuvre un catamaran de débarquement @ MARINE NATIONALE



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Bloc opératoire d'un BPC @ MARINE NATIONALE



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Infrastructures de commandement d'un BPC @ MARINE NATIONALE


 

Une dizaine de jours de transit

Le Tonnerre va donc constituer un apport sensible au dispositif de secours mis en œuvres aux Antilles. Il va néanmoins falloir attendre un peu avant de le voir à l’œuvre puisqu’après son appareillage mardi, il lui faudra une dizaine de jours pour rejoindre la zone. Un délai évidemment long face à l’urgence des besoins sur place. Il convient néanmoins de rappeler qu’un tel déploiement ne peut pas s’effectuer au pied levé. D’où, d’ailleurs, l’importance des moyens pré-positionnés dans les zones à risques avec, dans le cas présent, la problématique de la faiblesse des ressources militaires basées aux Antilles après plusieurs vagues de restrictions budgétaires .A défaut de moyens locaux offrant des capacités suffisantes et adaptées, il faut donc se tourner vers la métropole, l’éloignement provoquant inévitablement un rallongement du délai d’intervention.

 

Pourquoi le choix de ce BPC ?

Ensuite, dès lors que les autorités décident de recourir à des moyens métropolitains lourds, il faut faire avec la disponibilité et l’activité en cours des unités. Pour ce qui concerne les trois BPC de la marine, alors que le Mistral est rentré fin juillet de cinq mois de déploiement vers l’océan Indien et l’Asie (mission Jeanne d’Arc), nécessitant de faire une « pause », le Dixmude est actuellement engagé dans la mission Corymbe, en Afrique de l’ouest. La mobilisation de ce BPC a été envisagée car sa localisation géographique est plus proche des Antilles. Mais l’acheminement jusqu’en Afrique du matériel était logistiquement trop complexe et aurait pris beaucoup de temps. C’est donc le Tonnerre, qui sort d’arrêt technique et dont l’équipage a accéléré la remontée en puissance ces derniers jours, qui a été retenu. Le bâtiment était d’ailleurs en alerte, à 5 jours d’appareillage, en cas de besoin pour une opération d’urgence, par exemple l’évacuation de ressortissants. Avec là aussi d’importantes capacités puisqu’on se rappelle que le Mistral, en 2006, avait été gréé pour pouvoir accueillir plus de 4000 civils pour une courte traversée, de l’ordre d’une dizaine d’heures.

 

Bien apprécier la situation avant de se déployer

Au-delà de la disponibilité des moyens, il convient aussi de rappeler qu’avant tout déploiement, en particulier dans le cadre d’une catastrophe naturelle, une bonne connaissance de la zone, obtenue par différents moyens de reconnaissance, est impérative. Il faut en effet pouvoir apprécier la situation sur le terrain pour déterminer les besoins réels de la population, établir des priorités et, dans le même temps, mesurer l’étendue des dégâts et leurs conséquences sur les modalités d’intervention. Le dispositif et les moyens engagés s’adaptent ainsi à l’état des infrastructures (routes, ports et aéroports). Enfin, il faut procéder à l’acheminement du matériel vers les unités de projection. Dans le cas du Tonnerre, il s’agit par exemple de faire converger depuis plusieurs points de l’Hexagone des véhicules, engins de terrassement et autres hélicoptères. Une masse considérable de matériel, qui peut atteindre plusieurs milliers de tonnes et qu’il serait tout bonnement impossible d’expédier par avions dans de telles quantités et un laps de temps si réduit, même s’il parait évidemment trop long vu de l’extérieur.



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Chargement d'un Puma à bord d'un A400M (© EMA)

 

Un A400M parti de métropole ce matin

En attendant le départ du Tonnerre, les liaisons aériennes depuis la métropole vers la Guadeloupe et la Martinique se poursuivent néanmoins. Elles sont en particulier très efficaces pour acheminer rapidement des hommes et des équipements « légers ». Un détachement du bataillon des marins-pompiers de Marseille s’est ainsi envolé jeudi soir, avec 800 kilos de matériel, à bord d’un A340 de l’armée de l’Air. Celle-ci a également engagé un A400M Atlas, parti ce samedi 9 septembre de la base de Bricy, près d’Orléans, avec à son bord un hélicoptère de transport Puma de l’armée de Terre, des équipages et mécaniciens, ainsi que des pièces de rechange pour assurer le soutien sur place, sachant que deux Puma basés en Guyane ont été redéployés aux Antilles suite au passage d’Irma. D’autres liaisons aériennes ont été effectuées depuis le début de semaine à partir de la métropole, permettant d’acheminer des centaines de personnels de la Sécurité civile, des pompiers, du personnel médicale ou encore des équipes de la Croix Rouge. On notera qu’en dehors des moyens militaires, les compagnies aériennes civiles sont également mises à contribution, afin par exemple d’aider à l’acheminement de rations de combat destinées aux sinistrés.

 

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300 militaires sont maintenant à Saint-Martin @ EMA



Sur place, le dispositif mobilisé par les Forces Armées aux Antilles et en Guyane (FAA et FAG) comptait toujours, en début de week-end, des éléments du 33ème régiment d’infanterie de marine (RIMA) et du régiment du service militaire adapté (RSMA), un avion de transport CN-235 (Casa), deux Puma, un avion de surveillance maritime Falcon 50 ainsi que les frégates de surveillance Ventôse et Germinal, embarquant un Panther et une Alouette III.

 

Frégates : le débarquement interrompu à cause de José

Les deux frégates ont pu réaliser avant l’arrivée de José une liaison entre la Martinique et Saint-Martin, avec à leur bord des vivres, du matériel de premier secours et des équipes d’intervention, notamment du 33ème RIMA. Alors que la navigation à l’approche des îles et ports reste délicate compte tenu des multiples débris dérivant en mer, le Ventôse et le Germinal n’ont malheureusement pas pu accoster à Saint-Martin. Elles ont donc été obligées d’effectuer le transbordement avec leurs hélicoptères. Actuellement, les deux frégates se sont éloignées et mises à l’abri au large, en attendant que José soit passé. Elles devraient revenir demain soir et achever le débarquement du fret qu’elles ont encore à bord. Les marins espèrent que, cette fois, l’opération pourra être conduite à quai.

 

Jean-Louis VENNE
(Mer et Marine)
Source : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr

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