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Où va l’Armée Française PDF Imprimer Envoyer
Vendredi, 18 Février 2011 14:41

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(Extrait de Spectacle du monde de Février 2011)

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La tribune parue le 18 juin 2008 dans le Figaro, sous le pseudonyme de Surcouf, dénonçait une foncière inadéquation entre les orientations du Livre blanc et les intérêts de la France. Ce texte, approuvé en privé par beaucoup de militaires d'active, soulignait en effet quatre incohérences majeures :

1. Une incohérence logique : « Alors que les crises se multiplient, l'Europe en général et la France en particulier diminuent leur effort de défense au moment même où chacun les augmente (les dépenses militaires mondiales ont progressé de 45 % en dix ans). »

2. Une incohérence doctrinale : « Le paradigme de la "guerre industrielle" (entre arsenaux étatiques) ayant été remplacé par celui de la "guerre bâtarde" - le plus souvent "au sein des populations" -, ce dernier exige à la fois des forces terrestres plus nombreuses, une capacité de projection aérienne et navale plus affirmée, une réorientation des programmes en conséquence [...] Nous en sommes, nous, à la diminution des effectifs de l'armée de terre et au "report" de la décision de construire le deuxième porte-avions, qui signe une rupture capacitaire majeure. »

3. Une incohérence politique : «Nous revenons dans l'Otan, avec une capacité militaire affaiblie, et tout en y revendiquant des postes de commandement [...]. Nous baissons la garde au moment où nous souhaitons entraîner nos partenaires vers un renforcement de la défense européenne... »

4. Une incohérence tactique, enfin, « par rapport à la seule certitude que nous ayons : celle de nous engager vingt fois en Afrique dans les années qui viennent, pour y éviter des catastrophes humanitaires ou assurer l'évacuation de nos ressortissants.

Si nous pouvons le faire aujourd'hui, c'est parce que notre réseau de bases nous confère une efficacité d'autant plus unique que l'ensemble des pays africains refuse le déploiement de l'US African Command (commandement américain en Afrique) sur le sol africain.

Pour gagner [...] trois mille postes budgétaires, nous affaiblissons de manière définitive notre positionnement, avec ce paradoxe que nos abandons vont conduire mécaniquement à un accroissement du nombre de crises que nous ne pourrons plus prévenir et dans lesquelles nous ne pourrons intervenir qu'à un coût incomparablement plus élevé. »

Trois ans après, cette dernière remarque apparaît prémonitoire : fermée en 2010, la base de Djibouti, où stationnait la Légion ne serait-elle pas des plus utiles aujourd'hui pour combattre la mainmise d'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) qui a déclaré la guerre que l'on sait aux intérêts français en tuant ou enlevant nos ressortissants ?

Las ! Le Livre blanc est passé par là, anticipant d'un an le ralliement de la France à « l'arc stratégique » exclusif de l'Otan, de l'Atlantique à l'océan Indien. Le «Great Middle East », cher aux Anglo-Saxons, qui contourne superbement l'Afrique intérieure et, partant, les intérêts français... mais privilégie le golfe Persique. Abou Dhabi, par exemple, où l'armée française s'installe, à deux cent cinquante kilomètres des côtes iraniennes.

A l'inquiétude sur le dépérissement de nos moyens, s'ajoute donc, chez les militaires, une angoisse sur les buts de guerre de la France. Voués par nature au sacrifice, les soldats n'ont-ils pas le droit, après tout, de s'interroger sur le sens de leur engagement dès lors que leur mission de défense de la patrie ne leur apparaît pas dans toute sa clarté ? Quel qu'il soit, le «format » d'une armée s'articule à une finalité. Et quand cette finalité devient floue, comment s'étonner que le doute s'installe chez ceux à qui l'on demande tant avec toujours moins de moyens ?

C'est aussi qu'en s'estompant dans les méandres du droit international, la distinction ami/ennemi chère à Carl Schmitt n'affaiblit pas seulement l'esprit de défense : elle soumet le militaire à un ordre international abstrait qui, non seulement peut l'envoyer risquer sa vie pour des causes qu'il n'entrevoit pas comme vitales pour son pays, mais peut aussi, à l'inverse, le transformer en accusé devant un tribunal. Les anciens de l'opération « Turquoise », au Rwanda (1994), en savent quelque chose, comme l'a relaté le Spectacle du Monde du mois de novembre...

Dans son essai de 1931, le Fil de l'épée, le colonel de Gaulle remarquait que si la «mélancolie du soldat » était de toutes les époques, surtout en temps de paix, où triomphent d'autres valeurs que l'abnégation et l'héroïsme, l'ordre militaire n'avait été réellement attaqué à la racine qu'au début du XXe siècle.

Quand la SDN, au prétexte de mettre la guerre hors la loi, l'avait simplement « déterritorialisée » en faisant des militaires, non plus les défenseurs de leur patrie, mais les agents d'un ordre juridique abstrait rompant tout lien organique entre le soldat et sa terre natale. ...

 

 

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