Thématiques

Lettre ASAF 09/01 - « L’impact des mots »


Des propos durs et blessants rapportés par la presse ont été tenus par de hautes autorités politiques françaises à l’encontre d’un sous-officier supérieur de l’armée à l’occasion de l’incendie du camp de Carpiagne fin juillet. Ils ont suscité des réactions indignées non seulement de la communauté militaire mais également de la part de très nombreux civils surpris par la violence des termes employés. Ce type de propos, s’il devenait récurrent, pourrait entraîner une rupture de confiance durable entre l’armée et les responsables politiques, affaiblissant ainsi inutilement notre pays.

Lettre ASAF 09/01 - « L’impact des mots »

Lettre de l’ASAF 09/01 

« L’impact des mots »

Des propos durs et blessants rapportés par la presse ont été tenus par de hautes autorités politiques françaises à l’encontre d’un sous-officier supérieur de l’armée à l’occasion de l’incendie du camp de Carpiagne fin juillet. Ils ont suscité des réactions indignées non seulement de la communauté militaire mais également de la part de très nombreux civils surpris par la violence des termes employés. Ce type de propos, s’il devenait récurrent, pourrait entraîner une rupture de confiance durable entre l’armée et les responsables politiques, affaiblissant ainsi inutilement notre pays.

Un sous-officier supérieur, décoré tant sur le plan militaire que civil pour actes de courage, a commis une faute professionnelle en estimant pouvoir s’affranchir d’une consigne relative à l’emploi des balles traçantes. Il sera sanctionné conformément au règlement et éventuellement condamné s’il s’avère que cette faute est directement la cause de l’incendie. L’enquête le dira. Pour autant, est-il acceptable qu’un haut responsable politique parle de « stupidité incroyable » ?

Par ailleurs, cette même autorité s’étonne que les soldats s’entraînent l’été par des températures supérieures à 30° ; mais ignore-t-il que la France déploie des soldats en Afrique et en Afghanistan où la température est souvent bien supérieure et qu’une armée doit s’entraîner en permanence dans les conditions les plus proches du combat pour être toujours disponible et efficace?

On ne peut manquer d’être surpris que pour un incendie de garrigue certes important mais qui n’a pas fait heureusement de victime, le chef du gouvernement ait jugé nécessaire de se déplacer. N’y a-t-il pas de problèmes plus importants en France? Les plus hauts dirigeants de notre pays ne se discréditent-ils pas à intervenir dans des évènements qui ne sont pas de leur niveau, à moins que leur objectif soit de répondre à l’urgence médiatique et de pouvoir ainsi faire preuve de fermeté devant l’opinion? Pourtant des faits autrement plus graves n’ont entraîné aucune réaction officielle comparable, notamment quand il s’agissait d’incendies volontaires et de destruction massive de véhicules dans certaines banlieues. 

L’armée est disciplinée et exemplaire tant dans l’exécution de ses missions de guerre et de service public que dans la conduite des réformes qui lui sont demandées. Et c’est dans la discrétion que, plus qu’aucune autre institution, elle sanctionne avec rigueur les fautes de ses membres. Les hommes politiques doivent-ils faire de la surenchère à bon compte ? Pour quel intérêt ?

L’armée est une communauté dont les membres sont liés par une véritable fraternité d’armes. Aussi l’imprécation lancée à l’un d’eux est perçue comme un affront fait à tous. Cette cohésion, elle la cultive car l’esprit de corps est un atout décisif au combat. Que de hautes autorités politiques tiennent de tels propos et c’est l’ensemble des membres de l’institution militaire qui est touché. Si tous ont conscience de la faute commise, aucun n’accepte ces paroles excessives qui conduisent nombre d’entre eux à douter de la capacité des responsables politiques à garder leur clairvoyance et leur sang froid dans des circonstances autrement plus graves.

Enfin, croit-on que les termes employés soient de nature à renforcer la crédibilité de l’armée et la confiance que lui porte la nation? Rappelons cependant que les personnels de la brigade des sapeurs pompiers de Paris et du bataillon des marins pompiers de Marseille ainsi que ceux des unités de la sécurité civile sont des militaires et que des centaines d’autres soldats participent chaque année à la lutte contre les incendies trop souvent criminels dans le sud de la France et en Corse ?

Il est vraiment consternant qu’un fait divers de cette nature ait pris une telle dimension en raison des déclarations excessives qui l’ont suivi. L’ASAF souhaite que cesse cette forme de réprobation précipitée.

 La Rédaction

Poster un commentaire

Vous êtes indentifié en tant qu'invité.