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Lettre ASAF 10/10 - Armées : l'urgence d'un effort national


A Comme chaque année, le chef d'état-major des armées et les trois chefs d'état-major des armées de terre, mer et air ont été auditionnés par les députés...

 

Lettre ASAF 10/10 - Armées : l'urgence d'un effort national

Armées : l'urgence d'un effort national

Comme chaque année, le chef d'état-major des armées et les trois chefs d'état-major des armées de terre, mer et air ont été auditionnés par les députés de la commission de la défense nationale.

Ces chefs, dont les hommes mènent plusieurs opérations de guerre, présentaient aux élus de la nation l'état des armées, les difficultés qu'elles rencontrent, les engagements militaires en cours, et répondaient à leurs questions.

L'affaiblissement des armées

Malgré les termes convenus habituels dans ce genre d'exercice, les chefs d'état-major ont tous fait part des graves problèmes auxquels ils sont confrontés.

En effet, comment taire la disparition progressive de capacités opérationnelles essentielles  telles que le transport aérien tactique dont les avions ont près d'un demi-siècle et les hélicoptères lourds sont à bout de potentiel ?

Comment dissimuler le faible taux de disponibilité de matériels majeurs qui oscille, en métropole, entre 50 et 60%, taux anormalement bas en raison de leur extrême vétusté  et de l'insuffisance des ressources financières affectées à leur maintien en condition ?

Comment  masquer que  les coupes budgétaires remettent en question l'effort  annoncé dans le livre blanc et planifié il y a moins de 2 ans afin de remettre à niveau l'équipement de l'armée  de terre ?

Comment occulter qu'après l'envoi de 3 avions de patrouille maritime dans le Sahel suite à  la prise en otage de plusieurs Français, il ne reste guère plus de 3 appareils de ce type  disponibles pour assurer les missions de surveillance maritime qui sont leur première raison d'être ?

Par ailleurs, ces députés, experts des questions de défense, ont pu mesurer la dégradation très importante du niveau d'instruction et de formation des forces à l'exception de celles affectées à la dissuasion nucléaire et aux unités engagées en Afghanistan.

Mais pour 95% des armées, c'est aujourd'hui la pénurie : diminution du nombre d'heures de vol pour les pilotes, réduction du nombre de jours à la mer ou sur le terrain, disparition quasi complète de l'entraînement des hélicoptères d'attaque et de transport avec les troupes au sol ; les exemples ne manquent malheureusement pas.

C'est en fait à une paupérisation généralisée des armées qu'on assiste ; elle se traduit  au quotidien par une dégradation accélérée des casernements et par une diminution drastique des moyens d'instruction dans les unités.

Dans ces conditions, faut-il s'étonner que les jeunes engagés, privés des moyens d'exercer correctement leur métier de soldat, de marin ou d'aviateur, soient moins nombreux à renouveler leur contrat initial? Cette situation est d‘autant plus préjudiciable qu'elle entraîne une rotation accélérée des personnels et un moindre niveau opérationnel des unités, tout en obligeant à un effort considérable de recrutement et de reconversion.

Le constat des chefs d'état-major, d'apparence mesuré, est pourtant sans appel pour qui connaît un tant soit peu les réalités du terrain.

Par ailleurs, la réorganisation considérable  en cours, avec une diminution de 54 000 personnels d'ici à 2015, risque de ne pas générer les économies escomptées.

De plus, elle affaiblit la cohésion des formations militaires et  déstabilise les armées en séparant la fonction opérationnelle de la fonction soutien.

Bref, les réductions budgétaires envisagées pour 2011-2013, risquent de fragiliser davantage les armées.

L'urgence d'un effort national

Lors de son audition, le chef d'état-major des armées a rappelé les paroles du Président de la République, chef des armées : « la Défense est le fer de lance de notre diplomatie, de notre sécurité et de notre rang ».

Les moyens dont dispose aujourd'hui la Défense ne sont plus en cohérence avec les exigences d'une telle réalité.

Alors pourquoi poursuivre systématiquement la réduction du budget consacré à la défense de notre pays et l'affaiblissement inévitable de nos forces armées alors que les menaces imprévisibles, multiples, sournoises, deviennent chaque jour plus palpables ?

« Les dividendes de la paix », formule médiatico-démagogique chère aux politiciens plus qu'aux hommes d'Etat, ont privé les armées des moyens qui leur auraient permis de placer notre pays en position de leader.

Si la France veut conserver son rang tant en Europe que dans le monde, elle doit non seulement assainir ses finances publiques - ce sera par un effort de tous les Français -  mais il lui faut aussi cesser de croire qu'elle peut le faire en affaiblissant sa défense.

Après avoir parlé avec des soldats français actuellement soignés à l'hôpital militaire PERCY, le Premier Ministre a confessé que « ...ces dix blessés m'ont donné un formidable message d'espoir et une très grande leçon de courage... ».

Il n'y a guère de plus bel éloge adressé à des soldats. Mais encore faut-il qu'après les mots, il y ait les actes.

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