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Lettre ASAF 13/12 de décembre 2013 : L’armée française en danger.


La vraie menace

Nous vivons une période de menaces multiples et d’incertitude croissante, marquée chaque jour par des faits divers violents, portés rapidement et massivement à la connaissance des Français. Pourtant, qui s’intéresse et comprend les choix stratégiques en cours tels ceux retenus à travers le vote de la Loi de programmation militaire qui conditionne l’avenir de nos armées et de notre Défense pour la décennie à venir ?

Lettre ASAF 13/12 de décembre 2013 : L’armée française en danger.

La vraie menace

Nous vivons une période de menaces multiples et d’incertitude croissante, marquée chaque jour par des faits divers violents, portés rapidement et massivement à la connaissance des Français. Pourtant, qui s’intéresse et comprend les choix stratégiques en cours tels ceux retenus à travers le vote de la Loi de programmation militaire qui conditionne l’avenir de nos armées et de notre Défense pour la décennie à venir ?

Ce ne sont pas les narco-terroristes islamistes, nos ennemis d’aujourd’hui au Mali, qui menacent le plus notre armée ; c’est bien davantage l’absence de vision stratégique, la mise en œuvre de mesures à caractère essentiellement financier de court terme. Notons que ces mesures très technocratiques proviennent souvent d’une méconnaissance, voire parfois d’un déni par nombre de décideurs des réalités opérationnelles et des contraintes militaires.

Ce comportement conduit à une baisse régulière de notre effort de Défense et à une réduction de près de 25% de nos effectifs en une dizaine d’années (80 000 personnes entre 2007 et 2019).

Une situation dégradée

Nous savons tous que notre dette (2 000 milliards d’euros) et nos difficultés financières d’aujourd’hui sont d’abord la conséquence directe de près de quatre décennies de budgets de l’Etat votés en déficit.

Nous savons aussi que les intérêts annuels de la dette pèsent aujourd’hui une fois et demie le budget de la Défense et que la prochaine loi de programmation (2014-

2019) poursuivra la réduction de l’effort de Défense de la France (de 1,5% du PIB à 1,3 % au mieux, voire 1,1%) pour tenter de sauver le soldat « Bercy ».

Mais nous savons également que le dernier engagement au Mali, avec des moyens pourtant réduits, a confirmé, à la fois, la remarquable valeur de nos soldats, mais aussi, hélas, les lacunes dans certaines capacités essentielles, la vétusté de nombre d’équipements et l’insuffisance de moyens logistiques (avions et camions de transport) pourtant indispensables dans un pays vaste comme deux fois et demi la France.

Nous savons, depuis bien longtemps mais sans trop le dire, peut-être par pudeur, qu’il n’y a plus de gras dans les armées. Le muscle a été divisé par trois comme le montre la réduction du contrat opérationnel ramené à 15 000 hommes dans le Livre blanc de 2013 par rapport à celui de 1994 qui était de 50 000 hommes.

Nous assistons donc à une mort lente et quasi programmée d’une armée qui assure pourtant deux fonctions existentielles au service de la Nation.

 

L’armée, instrument guerrier

Elle est d’abord une « institution destinée à faire la guerre ». Mais peut-elle le rester

quand le taux actuel de disponibilité des matériels majeurs (véhicules de combat, hélicoptères, frégates,…) est en moyenne de 50%, que le taux d’activité d’entraînement de nos forces sera de 15 à 20% inférieur aux normes jusque-là exigées, que nos 14 avions ravitailleurs ont près de 50 ans d’âge et que, vu le rythme de renouvellement de nos hélicoptères de manœuvre, nous serons obligés de conserver des hélicoptères « Puma » au-delà de 2025. Ils auront alors également plus d’un demi-siècle...
Il faut lire les auditions des chefs d’état-major pour réaliser quel est l’état de paupérisation de nos forces ! Comment dans ces conditions l’armée pourra-t-elle remplir les multiples missions qui lui sont confiées aujourd’hui ou qui s’imposeront demain à la France ? Si, ponctuellement, et à une petite échelle, elle se révèle très performante, elle ne sera plus en mesure d’agir de manière autonome à un niveau significatif et dans la durée.
Sait-on que 200 000 ressortissants français vivent en Afrique subsaharienne, cette immense zone stratégique pour notre pays en raison de l’explosion démographique actuelle, de sa proximité géographique avec l’Europe, de son sous-développement et des innombrables ressources naturelles que son sous-sol recèle ?

L’armée, élément central de la Nation

Mais l’armée est tout autant, peut-être même davantage encore, une institution consubstantielle à la Nation. Sans armée, point d’Etat ! Elle demeure l’ultime recours en cas de crise. Elle contribue largement à la résilience et à la capacité de résistance de notre pays.

Elle développe des valeurs de courage, de discipline, de disponibilité et de camaraderie, vitales au combat, et qui sont autant de repères pour les Français. Sa neutralité politique en fait le noyau indiscutable de l’unité nationale. L’acceptation du sacrifice de ses soldats qu’elle montre en toute circonstance exprime mieux que tout la volonté de la France de rester un pays libre et indépendant. L’armée est l’exemple même d’une institution au service de l’intérêt supérieur de la Nation.

Du passé à l’avenir

Ces jeunes soldats de 20 ans, qui acceptent de servir leur pays au prix du sang, ne laissent pas leurs compatriotes indifférents ; les sondages le montrent.

C’est pourquoi, malgré les soucis du quotidien, les Français doivent comprendre que leur armée, ponctionnée et étranglée lentement depuis plus de 30 ans, est en situation de mort annoncée à échéance de 5 à 10 ans. Ils doivent en prendre conscience, manifester leur soutien en toute occasion, dénoncer cette situation dangereuse et exprimer leur refus de ce choix suicidaire auprès de leurs élus.

L’armée est l’émanation et l’expression de la Nation ; elle doit donc demeurer dans le cœur de la Nation. Il importe que la Nation veille à ce qu’elle reste suffisamment puissante pour garantir une liberté si chèrement acquise il y a un siècle, comme la commémoration de la Grande Guerre nous le rappelle.

 

LA RÉDACTION

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