BUDGET : Les députés s’interrogent sur le respect du budget de la défense

Posté le jeudi 24 juin 2021
BUDGET : Les députés s’interrogent sur le respect du budget de la défense

Les parlementaires sont furieux. Le gouvernement les a privés d’un vote contraignant sur l’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) 2021-2025, comme il en a la faculté en matière de loi de programmation. Il faut dire qu’entre les conséquences économiques de la crise du coronavirus et les impératifs de sécurité nationale, le grand écart est périlleux.
Mardi, le premier ministre, Jean Castex, s’est efforcé de défendre les choix du gouvernement, au nom du chef de l’État, chef des armées, à l’Assemblée : la LPM, rien que la LPM. Dans l’hémicycle, les intérêts des militaires étaient représentés par la ministre Florence Parly. La séance au Palais Bourbon s’est achevée par un vote symbolique, sans surprise, compte tenu de la majorité acquise au gouvernement.

« Il n’y a pas de politique de défense sans soutien des représentants du pays », dit-on à Matignon. Entre l’exécutif et les parlementaires, les relations se tendent pourtant sur fond de responsabilité politique. La première salve était venue des sénateurs vendredi. Dans un rapport dévoilé par Le Figaro, la commission sénatoriale des affaires étrangères et de la défense avait relevé les carences de la loi de programmation militaire. Car si le montant mis sur la table par le gouvernement pour les années 2019 à 2025 est sans précédent, avec 295 milliards d’euros, l’exécution est soumise à interrogation dans ses détails. Les sénateurs ont identifié un « périmètre de discussion » d’au moins 8 milliards d’euros, selon leurs calculs. La somme est relative, mais tout de même significative. Des programmes sont retardés. Des questions, comme celles de la préparation à un conflit de haute intensité, passées partiellement sous silence. Or le gouvernement s’était engagé à se soumettre à une clause de revoyure en 2021.

Faute de prévisibilité sur les perspectives économiques, le gouvernement a préféré s’abstenir de toute modification contraignante. « L’objectif politique de 2 % du PIB consacré à la défense est déjà atteint » en raison de la crise, réplique-t-on à Matignon. En débattre dans un contexte post-Covid n’a pas de sens, explique-t-on. L’inverse pourrait être vrai aussi. Au ministère des Armées, on s’interroge : les sénateurs, dont la majorité n’est pas acquise au gouvernement, renouvelleront-ils mercredi leur soutien à la LPM ? En 2018, celle-ci avait reçu une approbation sur presque tous les bancs du Parlement.

Le gouvernement veut préserver l’effort et éviter d’ouvrir la boîte de Pandore, dans un sens ou un autre, augmentation ou diminution. « Les précédentes LPM étaient mort-nées », rappelle-t-on au ministère des Armées, en soulignant que celle-ci, jusqu’à présent, a été respectée.

« La fragilité de la LPM tient à la trajectoire prévue pour ses trois dernières années : trois hausses consécutives de 3 milliards d’euros », a déclaré à l’Assemblée le député (LR) François Cornut-Gentille. Les années précédentes, l’effort était de 1,7 milliard d’euros. Le prochain quinquennat aura fort à faire. « Déjà très ambitieuses avant la crise, ces marches sont-elles encore crédibles dans le nouveau contexte économique ? », a interrogé Cornut-Gentille, rapporteur spécial pour la défense de la commission des finances en voulant alerter le gouvernement sur ces questions qui « tôt au tard » se poseront. « Ces objectifs ne relèvent pas du luxe : il s’agit du strict minimum pour atteindre le modèle d’armée souhaité. J’ajoute que les chefs d’état-major nous disent désormais qu’un effort supplémentaire s’imposera si nous voulons prendre en compte le risque d’un conflit de haute intensité », a-t-il insisté en soulevant une série de questions douloureuses : le coût du porte-avions de nouvelle génération ; le rang de la France dans la compétition des puissances ; les enjeux du futur, tels que le spatial, etc.

Certes, le gouvernement a tourné le dos aux années de rigueur budgétaire qui avaient affaibli les armées, mais le contexte géopolitique se dégrade plus vite que prévu. Si la LPM a permis de « réparer » les forces, elle n’a pas permis de passer d’un modèle d’armée « de gestion de crise » à un modèle d’« armée de guerre », notait le chef d’état-major, le général Lecointre, il y a quelques mois.

Le débat parlementaire n’aura pas pu se saisir de ces questions. Il n’est pas certain qu’elles trouvent leur place lors de la campagne présidentielle.


Nicolas BAROTTE

Source : Le Figaro
date : 23 juin 2021

 

Pour télécharger le rapport d’information "L’ACTUALISATION DE LA LOI DE PROGRAMMATION MILITAIRE 2019-2025" du sénat, cliquez sur le PDF ci-dessous.
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Source : asafrance.fr