COREE DU NORD : Voyage et analyse du général (2s) François TORRES

Posté le mardi 02 juillet 2019
COREE DU NORD : Voyage et analyse du général (2s) François TORRES

Profitant d’un voyage organisé par un professeur des Langues’O, je me suis rendu en Corée du nord au cours de la 2e quinzaine de juin avec un petit groupe de 5 personnes.

Ce qui suit n’a pas la prétention de la « vérité exhaustive » à propos d’une situation enkystée depuis 70 ans d’un pays opaque et insolite dont le formidable « surmoi » perturbe l’observation directe. Depuis l’ambassade de France à Séoul, j’avais déjà mesuré sa rigidité, à laquelle répondait d’ailleurs celle des complexes militaro-industriels de l’alliance sino-américaine dont l’intransigeance est une partie non négligeable de l’équation.

Au mieux, le texte est-il une collection d’impressions et de questionnements traversés par mes souvenirs de lectures et de rencontres. Leur but est de lever un coin du voile sur l’environnement nord-coréen, d’abord socio-économique et si possible plus, de la lancinante question d’un traité de paix sur la péninsule dont la première condition fixée par Washington et l’ensemble de la communauté internationale est l’abandon par Pyongyang de son arsenal nucléaire.

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Au moment où je m’attelais à la rédaction de cette note, la question est, par un événement spectaculaire, revenue au cœur de l’actualité mondiale au point d’éclipser la réunion du G.20 qui venait de se tenir à Osaka les derniers jours de juin.

Après le coup de cymbale du sommet Trump – Kim de Singapour, le 12 juin 2018 et la rencontre écourtée de Hanoi, huit mois plus tard qui ne fut qu’un demi-échec, les ponts n’ayant jamais été coupés en dépit de quelques invectives échangées de part et d’autre et un net affaissement de l’enthousiasme initial, Kim Jong-un, le 3e héritier de la dynastie au pouvoir à Pyongyang depuis 1948 et Donald Trump, le président américain, iconoclaste, adepte du contrepied théâtral, se rencontraient sur la ligne de démarcation, au cœur de la mythique D.M.Z de Panmunjom.

Plus encore, après s’être mis en scène comme le premier président des États-Unis en fonction foulant avec volubilité le territoire nord-coréen, Trump qui n’a pas manqué d’associer le président sud-coréen Moon Jae-in à l’exercice, a, brisant un tabou vieux de 70 ans, invité Kim aux États-Unis.

Pris de court, les analystes hésitèrent entre les critiques acerbes du style « TV réalités » proférées par John Fuchs, ancien adjoint au sous-secrétaire d’État pour l’Asie de l’Est (2013 – 2016) et la prudente circonspection de Julian Borger, rédacteur en chef des Affaires internationales du Guardian. Quand le premier dénonçait le manque de substance et l’unique préoccupation du « paraître électoral » de D. Trump, qu’il traita de « président bouffon », Borger, écrivait le même jour que la rencontre surprise avait une portée dépassant largement celle de la photo.

Pour le rédacteur en chef des Affaires internationales du Guardian, le spectacle qui vient de se jouer sur la scène de la D.M.Z avait certes un arrière-goût électoral. Il n’en reste pas moins que le tête-à-tête d’une heure entre les deux hommes qui, à l’été 2017, avaient porté au rouge vif la menace d’apocalypse, a permis de relancer les échanges des groupes de travail, 4 mois seulement après le malentendu de Hanoi à propos du rythme de relâchement des sanctions.

Au passage, l’explication de l’échec de Hanoi varie selon les parties. Selon Pékin et nombre d’analystes occidentaux, les désaccords portent sur le processus même de la dénucléarisation, Pyongyang proposant une démarche graduelle où le relâchement des sanctions serait ordonné par les étapes du démantèlement, quand Washington exigerait en préalable une dénucléarisation complète et vérifiable.

L’ambiguïté a probablement surgi à Hanoi du fait d’un désaccord interne à la Maison Blanche entre Bolton inflexible sur la démarche du « tout ou rien » et ceux, dont Trump, prêts à accepter une levée progressive des sanctions. Ajoutant au brouillard, l’explication officielle de Washington fut qu’en promettant la dénucléarisation du complexe de Yongbyon, 80 km au nord de Pyongyang, Kim aurait refusé d’en donner les détails. 

Pour lui en tous cas, dont le pays s’approche à nouveau d’une crise alimentaire, la question des sanctions est d’autant plus importante qu’à son avènement il avait promis de soulager les souffrances de la société.

Enfin, il n’est pas impossible que l’approche symbolique teintée de la rhétorique sentimentaliste de D.Trump laisse Kim d’autant moins indifférent qu’à terme il espère la gloire politique intérieure d’un traité de paix avec Washington. En tous cas, dit Borger, l’initiative de Panmunjom a remis sur les rails les négociations opérationnelles pour la dénucléarisation, objectif dont il faut rappeler qu’il est également affiché par Pyongyang et Pékin, ce qui n’est pas rien.

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La suite reste encore enfermée dans le flou des conjectures. De lourdes inconnues et intentions cachées subsistent qui pourraient faire capoter le processus. Après le dégel avec Pyongyang replaçant clairement Pékin aux côtés de Kim Jong-un, il faut s’attendre que désormais le n°1 chinois suivi par Poutine, exigera de manière de plus en plus pressante la suspension au moins partielle des sanctions.

La prochaine carte que le Xi Jinping garde dans sa manche – deuxième temps de la stratégie chinoise et irritant de première grandeur pour les caciques de l’Alliance conjointe Séoul – Washington -, est, on l’aura deviné, la question sensible de la présence des troupes américaines en Corée du sud. Un sujet que la Maison Blanche refuse pour l’heure bec et ongles d’inclure dans la négociation. Autant dire que si aucune des parties ne bouge sur cette question, un accord pour un traité de paix n’est pas pour demain.

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Rustiques, stoïques, dignes et solidaires dans l’adversité des sanctions onusiennes et des conséquences encore mal effacées des grandes famines meurtrières des années 90, ayant rarement été indépendants, envahis par les Mongols, les Chinois (Tang, Ming et Mandchou) et les Japonais (1910 -1945), puis plus ou moins sous tutelle russe (1945 - 1948) et à nouveau chinoise - commerciale et néo-confucéenne cette fois -, les Coréens sont obsédés par un complexe autarcique où se croisent l’utopie d’indépendance totale et la volonté de se protéger de l’étranger.

Au point qu’à l’entrée et à la sortie du pays, les douaniers contrôlent les photos sur les portables, vérifient les livres et interdisent les photos qui ne seraient pas « positives ». « Une photo doit être un souvenir heureux et non perpétuer l’image de mauvaises choses » nous a dit une jeune femme guide de la Z.E.S de Rasong.

Le désir d’autarcie s’exprime par un idiome : « Urushik » qui signifie « à notre manière » et par l’idéologie du « Juche », symbole renouant avec le fantôme du « Royaume ermite » (XVIe siècle) de la maîtrise de soi et de l’autonomie politique, économique et militaire, aujourd’hui essentiellement exprimée à l’égard de Moscou, Washington, Tokyo et même de Pékin avec qui la relation est peut-être moins simple qu’on ne le dit. En tous cas, elle pourrait être éloignée de la propagande chinoise qui, se référant à la contribution des volontaires durant la guerre de Corée, spécule sur une proximité « tous temps ».

Au consulat chinois de Chongjin, situé au 4e étage de notre hôtel Chonmasan, le fonctionnaire qui nous a reçu avec un sourire, mais avec des pincettes, nous a tenu un langage fort peu diplomatique dont la teneur peut être résumée par une seule de ses remarques : «  Que venez-vous faire ici ? Ils n’ont rien à montrer et d’ailleurs il n’y a rien à voir ».

Il est probable que l’homme exprimait la rancœur que, pour Pyongyang - qu’il s’agisse de la guerre de Corée ou des pourparlers de dénucléarisation - la Chine n’existe pas. C’est en effet avec Washington que Pyongyang veut faire la paix.

Et, dans la guerre, l’ennemi, le seul qui, au musée de la victoire prend toute l’image et occupe toute la pensée nord-coréenne, c’est l’Amérique. Alors que les 7 corps d’armées chinois – plus de 2 millions d’hommes dont plus de 400 000, mal équipés et mal armés furent tués ou blessés - sont passés à la trappe, ce sont les équipements américains, chars, mitrailleuses, carcasses d’avions abattus sans parler du mythique Pueblo qui, nettoyés et repeints, sont exposés au musée. Vue depuis l’estrade chinoise, cette oblitération a en effet de quoi choquer.

Si on y ajoute la lourde méfiance exprimée par nos accompagnateurs Nord-Coréens, à juste titre inquiets d’avoir à subir une nouvelle colonisation par le monstre qui les jouxte, on ne peut manquer de souligner le contraste avec le discours officiel chinois de proximité indéfectible. 

Voilà en tous cas un angle de vue de terrain qu’au-delà des apparences diplomatiques, il convient de garder en mémoire au moment où Xi Jinping effectue une manœuvre de rapprochement avec Pyongyang articulée à 4 rencontres au sommet en seulement une année.

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Avec l’ADN stalinien du régime et la collectivisation à outrance, à quoi s’ajoutèrent des conditions climatiques désastreuses, l’utopie autarcique du Juche fortement « ethnicisante » ayant officiellement remplacé le Marxisme, n’est certainement pas étrangère aux catastrophes économiques et aux famines d’il y a 25 ans (1995 – 1998) qui firent entre 600 000 et 1 million de morts.

Dans son remarquable livre « Corée du Nord. Un État-guérilla en mutation », (Gallimard, 2016), Philippe Pons souligne aussi que le style d’agriculture intensive forte consommatrice d’engrais et d’énergie de ce pays qui fut d’abord industriellement bien plus avancé que le sud, n’a pas été étranger à l’effondrement.

Paradoxalement, le cataclysme a, au moins en apparence, renforcé la cohésion autour de la dynastie des « Trois Kim ». Adorée comme une icône, devenue l’épine dorsale d’un « État-famille » solidaire et monolithique, la lignée est l’objet d’une ferveur quasi religieuse dont les démonstrations ont quelque chose d’un spectacle baroque.

Les immenses statues des deux premiers Kim, leurs photos, leurs anciens lieux de vie, comme la fermette où a grandi Kim Il Song, choyée et préservée comme une relique dans un immense parc aux pelouses taillées au ciseau qu’il est interdit de piétiner, sont visités et vénérés comme la grotte de Lourdes, par des cohortes d’écoliers en uniformes, jupe ou culotte bleue, chemise blanche et foulard rouge.

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Il y a d’autres manifestations de groupe moins mystiques. En dehors des heures de pointe dans Pyongyang la foule est rare, sauf chaque après-midi entre juin et septembre où les lycéens du secondaire sont conduits par longues colonnes encadrées par leurs professeurs au stade Kim Il Sung. Là se joue chaque jour un spectacle de masse aux figures et aux couleurs changeantes au gré de grands cartons colorés, manipulés en rythme par les élèves.

Cette chorégraphie du nombre est offerte au peuple et aux visiteurs étrangers qui payent (les étrangers seulement) 100 $ la place, soit le salaire mensuel d’un travailleur de la Z.E.S de Rasong. Petite incidence, symptôme que chacun interprètera à sa guise, peut-être un coin enfoncé par la raison dans le monolithe de la grandiloquence, les séances de masse incombent aujourd’hui aux lycéens après que les universités aient protesté contre le caractère chronophage de l’exercice au détriment des études.

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En dehors de la capitale, vitrine moderne du régime parsemée de quelques constructions à l’architecture de verre et de béton, parfois futuriste, mais où presque tous les Coréens se déplacent à pied, en vélos et dans les bus et métros (2 lignes) bondés aux heures de pointe, le pays est pauvre. Très pauvre.

Au nord, les routes sont en latérite – comme plus de 80% du réseau du pays -, le téléphone vers l’étranger est aléatoire, l’internet est un « intranet » complètement coupé de l’extérieur, la mémoire de la guerre et l’image de l’armée (1 million d’actifs, 9,5 millions de réservistes avec un service militaire à 10 ans consacré aux tâches de développement) sont partout présents sur les affiches accompagnées par des slogans exaltant les héros militaires devenus ceux du « développement ». Sur la côte Est, les militaires mobilisés en nombre construisent à grande vitesse et à la force des bras de vastes complexes touristiques, directement supervisés par Kim Jon-un.

Le budget de la défense destiné au développement de l’arsenal nucléaire et balistique, objet des controverses stratégiques et cible des sanctions, contribue donc aussi au développement. Il est estimé à 25% du budget public (ce qui en France donnerait 500 Mds d’€ soit 17 fois notre actuel budget).

Aux questions sur la stabilité du pouvoir du jeune Kim, les meilleurs spécialistes qui n’éludent cependant pas la probabilité qu’il soit atteint d’une affection grave trahie par sa démarche et son allure, lui attribuent la décision de s’être débarrassé ouvertement et à grands renforts médiatiques de son oncle par alliance Jang Song Thaek, pointe avancée de l’influence chinoise, exécuté en décembre 2013 et celle d’avoir éliminé sans états d’âme son demi-frère Kim Jong-nam par empoisonnement au neurotoxique à l’aéroport de Kuala Lumpur en février 2017. Deux épisodes ayant jalonné, disent-ils, l’affirmation sans partage à la tête politique du système du « petit-fils » qui, sur les photos officielles, cultive une étonnante ressemblance avec son grand-père.

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Justement « la tête » s’applique aujourd’hui à résoudre les contradictions entre contrôle politique forcené et innovation, entre l’utopie égalitariste centralisée à l’extrême et l’exigence de responsabilité des nouvelles entités collectives locales, cœur des réformes en cours.

Pour autant, même si à 32 Mds de $, le PIB place le pays au 98e rang mondial, les résultats se font attendre alors qu’à notre passage, les Z.E.S de Rasong et Kaesong objets de nombre d’hyperboles positives dans certains médias occidentaux, étaient à l’arrêt.

Dans un contexte où seulement 17% des terres sont cultivables (20 000 km2 – soit la Picardie), où la mécanisation agricole est inexistante et où l’industrie ne se développe que lentement[1] , où les infrastructures routières ferroviaires et télécoms sont délabrées ou inexistantes, tout indique – autant que les statistiques publiques soient fiables - que l’économie stagne.

Les sanctions produisent leurs effets néfastes. Selon le site 38 North, les exportations baissent et la production de céréales est tombée de 5,2 millions de tonnes en 2017 à 5 millions de tonnes en 2018, tandis que beaucoup d’industries, notamment le secteur de la construction souffrent d’un manque de pièces détachées.

Selon des experts du PAM (programme alimentaire mondial – note de l’ASAF) et de la FAO, ayant effectué une mission d’enquête en Corée du nord en mars et avril 2019, plus de 10 millions de nord-coréens (40% de la population) souffriraient actuellement de privations de nourriture, dues à de mauvaises conditions climatiques, notamment une sècheresse prolongée, une canicule anormale et des inondations ayant réduit la récolte de l’automne 2018.

Les rations alimentaires individuelles du système de distribution public ont été réduites de 380 g à 300 g par jour et le contexte général laisse présager une aggravation des restrictions. Globalement le déficit de céréales après importations serait de 1,36 millions de tonnes.

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Pour autant, contrairement aux idées reçues, l’économie n’est pas figée dans une planification stalinienne, alors qu’au milieu de ce qu’on peut considérer comme le développement d’une classe moyenne plus riche et plus éduquée, la question se pose de la réalité du soutien populaire au régime d’essence semi-théocratique d’adoration de la famille Kim. L’adulation hystérique est-telle réelle ou feinte comme certains le prétendent ? Pour l’instant le sujet est à la fois tabou et mystérieux.

Ce qui est au contraire attesté c’est l’apparition d’une classe de nouveaux riches et de familles plus aisées, visibles à Pyongyang et dans certains centres comme Chongjin et les Z.E.S de Rasong au Nord-est et Kaesong au sud, dont les performances sont cependant très éloignées des attentes.

La naissance d’une classe de nantis - tout est relatif - est attisée par des initiatives commerciales ou de production plus ou moins licites et l’émergence des marché libres (Le Russe Andrei Lankov les estime à 400 dans tout le pays avec 600 000 vendeurs, acteurs d’une « révolution silencieuse » dont les revenus sont 80 fois ceux des fonctionnaires du régime), tandis que le système de production toujours collectif, mais « responsable » a basculé vers un schéma où chacun reçoit non pas selon ses besoins, mais selon son travail.

La réforme date de Kim Jong-il. Elle est poursuivie par Kim Jong-un qui comprend que les moteurs du développement sont l’initiative et la responsabilité. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres alors que le poids des contrôles et le carcan collectif pilier de la propagande toujours articulée à l’image du « paradis socialiste » distributeur et protecteur continuent à entraver l’esprit d’entreprise et la capacité des individus ou des petites entités à prendre des risques.

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Pour conclure, il faut revenir à la géopolitique et aux chances de succès de la manœuvre de D.Trump. Ayant bien compris qu’en dehors de sa sécurité contre toute tentative de déstabiliser son régime qu’il préserve par son arsenal nucléaire, les deux priorités de Kim Jong-un sont l’allègement des sanctions et un traité de paix signé avec lui, le président américain manœuvre pour tirer le meilleur parti de ces réalités.

Dans sa nouvelle approche spéculant sur l’apaisement et - plus improbable - la confiance articulée à une hypothétique proximité sentimentale, il doit tenter de limiter les conséquences de sa propre rhétorique guerrière de l’été 2017 tout comme celles de certains de ses prédécesseurs. 

Alors qu’à Pyongyang les analystes rencontrés ne croient pas au démantèlement de l’arsenal nucléaire dénucléarisation, actuelle assurance-vie du régime, certains et non des moindres, experts aux Langues’O ou aux États-Unis, estiment aussi que réunification des deux entités désormais trop éloignées l’une de l’autre est devenue impossible. Contrairement à Washington resté neutre sur ce sujet, la Chine qui privilégie le statuquo, ne veut pas non plus d’une réunification.

Alliés sur ce sujet comme dans beaucoup d’autres, souvent en opposition directe avec les États-Unis, Pékin et Moscou tentent de rester dans la course (Kim a rencontré 4 fois Xi Jinping en un an à Pékin et Pyongyang et a rendu visite à Poutine à Vladivostok). Simultanément ils s’efforcent de relativiser le rôle de Washington en faisant la promotion d’un retour au dialogue à 6 ayant capoté en 2009 et dont D.Trump ne veut pas entendre parler.

Quelles que soient les initiatives de Poutine et Xi Jinping, pour Pyongyang l’acteur incontournable et, on l’a vu, omniprésent, est Washington. Ce passage obligé vers un traité de paix mérite d’autant plus attention que la relation entre les deux est aujourd’hui articulée à la défiance dont l’ampleur constitue le principal obstacle aux progrès des négociations.

Dans son ouvrage cité plus haut, Philippe Pons souligne avec raison les dégâts causés sur le psychisme autocentré et ultrasensible des Nord-Coréens par les jugements à l’emporte-pièce de Georges Bush classant à la face du monde, Pyongyang dans « l’axe du mal ». La référence au « mal » était d’autant plus malvenue que Pyongyang fut après Manille la ville la plus chrétienne d’Asie, le protestantisme ayant joué un rôle essentiel dans la naissance du nationalisme coréen, les parents de Kim Il Sung lui-même ayant été de fervents presbytériens.

L’injure publique qui, quoi qu’on pense et en dépit de ce qu’elle exprimait de la réalité du régime ayant défié toute morale et fait souffrir son peuple au-delà du raisonnable, fermait la porte aux négociations, seule voie possible pour sortir d’une impasse.

Le contexte particulier de la Corée du Nord, habitée par une représentation d’elle-même articulée à une inflexible exigence de force morale stoïque et frugale, fait que malgré les catastrophes, les menaces et le boycott, le régime à bout de souffle s’est montré incroyablement résilient. Le résultat est que l’extraordinaire surmoi collectif noté au début de cette note fait que la confrontation directe a plus de chances de durcir le régime que de le faire tomber. Le résultat de l’intransigeance américaine fut le programme nucléaire et balistique nord-coréen.

Il n’y a aucune chance que Trump ait lu Philippe Pons. Mais il est clair qu’il est parvenu à la même conclusion que lui. Ceux qui critiquent sa versatilité et sa faiblesse n’ont pas encore effectué cette volte-face. Elle spécule sur le rétablissement de la confiance, clé du processus et condition encore très improbable de l’espoir que Kim accepte d’abandonner sa bombe contre un allègement des sanctions et la signature d’un traité de paix.  

 

François TORRES
O
fficier général (2s)

 

Exclusivité ASAF Juillet 2019

 

 

 

[1] Pour l’essentiel textiles, automobiles – camions, bus, voitures particulières, trolleys, trains - produits alimentaires, verres et vitrages, bâtiment, pêche, extraction minière – charbon, calcaire, tungstène, fer, zinc, magnésite, cuivre, sel du nord-est -.   

 

 

Source : www.asafrance.fr
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