DÉFENSE : Emmanuel Macron rêve de défense européenne, les Européens préfèrent se fier à l'Otan (extraits).

Posté le dimanche 25 novembre 2018
DÉFENSE : Emmanuel Macron rêve de défense européenne, les Européens préfèrent se fier à l'Otan (extraits).

Nos voisins privilégient l'imperium lointain des États-Unis à la protection rapprochée de la France.
 
On s'aime. On se sourit, on se touche, on s'esclaffe, le regard complice. Entre Français et Belges, entre Emmanuel Macron et Charles Michel, le Premier ministre du royaume, entre leurs épouses même, le courant passe. Les voisins sont aussi des amis, presque des frères. Il est vrai que la frontière n'en a pas toujours été une, et qu'elle ne l'est plus guère. On est si proche qu'on oublie de se rendre les honneurs : la dernière visite d'État d'un de nos présidents remonte à 1971 : c'était Georges Pompidou !
Son lointain successeur n'a cessé de vanter la complicité des Français et des Belges en « matière artistique, intellectuelle, scientifique, économique, sécuritaire ». Pour bien montrer que même les pires souvenirs nous rapprochent, il est allé faire un tour à Molenbeek, ce faubourg bruxellois d'où étaient partis les auteurs de l'attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015.
 
Pourtant, il faut aller au-delà des cartes postales et des embrassades pour la photo. La France et la Belgique sont voisines, amies, alliées, sœurs, mais lorsque Bruxelles doit renouveler sa flotte d'avions de guerre, elle n'achète pas des Rafale français, mais des F-16 américains. Quand Emmanuel Macron parle de défense européenne, les Belges applaudissent chaleureusement. Et regardent ailleurs. Les Belges ne sont pas les seuls. Il y a plusieurs mois, les Polonais ont fait le même choix made in USA. Et, lorsque les Allemands signent pour un futur avion de guerre avec les Français, la mise en œuvre est laborieuse.
 
La défense européenne, Emmanuel Macron en parle, mais nos voisins traduisent Otan. C'est le même problème depuis le général de Gaulle. De Gaulle rêvait d'une « Europe indépendante » ; mais ce que le Général appelait « protectorat américain » ne pèse pas à nos voisins. Ils préfèrent l'imperium lointain de Washington à la protection rapprochée de leur voisin français, le seul pourtant à posséder la dernière armée européenne digne de ce nom et la bombe atomique !

Même si Angela Merkel ne supporte pas le style rustique de Trump, ayant la nostalgie de la classe d'Obama, elle demeure convaincue que le modèle allemand d'après-guerre, qui fait reposer la prospérité allemande sur l'ultime garantie de l'armée américaine, doit être préservé. C'est déjà ce qu'avaient répondu les parlementaires allemands au général de Gaulle, tuant dans l'œuf le fameux traité de réconciliation entre les deux pays de 1963. C'est bien un point d'accord entre nos voisins et Trump : Quand le « Donald » réclame que les Européens accroissent leur participation au financement de l'alliance commune, il se moque bien des bataillons que pourraient envoyer les Européens ; mais il exige que ces derniers achètent du matériel made in USA.

C'est pour cette raison que Donald Trump a réagi aussi vivement à la sortie de son "ami Emmanuel" sur la défense européenne indépendante de tous, y compris des États-Unis. Tandis que nos voisins faisaient semblant, comme les trois fameux singes de la fable, de ne rien voir, ni rien entendre, ni rien dire.

Eric ZEMMOUR  
Le Figaro Magazine
23 novembre 2018

 

 Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr

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