DÉFENSE EUROPÉENNE : Libre opinion du général (2s) Jacques FAVIN LÉVÊQUE

Posté le mardi 30 avril 2019
DÉFENSE EUROPÉENNE : Libre opinion du général (2s) Jacques FAVIN LÉVÊQUE

Enfin du concret pour la Défense Européenne…

 

Depuis de nombreuses années, nous entendons parler de l’Europe de la Défense  et nombreux sont ceux qui restent sur leur faim, dès lors qu’il s’agit d’en faire le bilan. Force est de constater en effet que la participation de nos partenaires Européens a été bien modeste dans les quelques opérations extérieures engagées par l’Union Européenne dont, de plus,  l’initiative  a été fréquemment portée par la France. Nos partenaires  restent du reste très attachés à une Alliance Atlantique qui, aux termes de l’Article 5 du Traité de Washington, assume leur défense collective et la France elle-même  y a retrouvé sa place depuis 2009.


Néanmoins les prises de position, claires dans leur brutalité, du Président Trump, les priorités déjà affichées par le Président Obama et les conséquences d’un probable Brexit  ont sensiblement fait prendre conscience de la nécessité pour l’Europe de rechercher une autonomie stratégique pour être en mesure de prendre en main son propre destin. Cela s’est traduit au niveau de l’Union Européenne par des décisions prises dès l’automne 2017, tant en ce qui concerne le financement du développement de programmes communs d’armement  qu’en  matière de coopération de défense, y compris au plan opérationnel. C’est la fameuse « Coopération Structurée Permanente », la CSP ou la PESCO, qui a fait l’objet de nombreuses déclarations officielles.

           

Que recouvrent en fait ces termes aussi obscurs que technocratiques ? Eh ! bien ! le croiriez-vous, il s’agit bien là de réalisations concrètes découlant d’un accord de 25 Etats de l’Union à respecter des engagements contraignants pour mener des projets communs au sein de cette structure permanente. Des projets non pas à 25 sauf cas particulier, mais à 2, à 4, à 12 ou à plus selon l’intérêt de chacun…

La Coopération Structurée Permanente a d’ores et déjà permis de lancer 34 projets en coopération multilatérale. Ces quelques lignes se proposent d’en évoquer quelques  uns à titre d’exemples pour illustrer la dynamique ainsi lancée.

         

Le 1er Projet décidé dans le cadre de la CSP est la création d’un Commandement Médical Européen. Il regroupe 11 pays et il est placé sous le pilotage de l’Allemagne.
Dans un tout autre ordre d’idées le Projet n° 13  prévoit une plateforme et une équipe de réaction rapide pour le traitement d’urgence des attaques cyber, projet mené sous responsabilité de la Lituanie et impliquant 7 Etats Membres.

Le drone européen Moyenne Altitude Longue Endurance fait pour sa part l’objet d’un projet qui regroupe France, Allemagne, Italie et Espagne et un projet de drone sous-marin est piloté par la Belgique avec 5 partenaires.

Mais le  projet le plus emblématique de la communauté d’intérêt qui rassemble la presque totalité des  Etats participants à la CSP, est celui de la mobilité militaire, souvent évoqué sous les termes de «  Schengen militaire ». En l’état actuel des relations au sein de l’Union Européenne, lorsque des unités italiennes ou espagnoles par exemple doivent traverser un ou plusieurs pays de l’Union, une lourde procédure d’autorisation  doit être engagée, du fait de la souveraineté des Etats traversés. Ce Projet Mobilité, pour lequel l’OTAN a également marqué son intérêt, permettra, dès que ses modalités auront été arrêtées, notamment ses implications en terme d’infrastructure, la libre circulation des unités militaires de l’UE sur tout le territoire de l’Union.

Il faut par ailleurs mentionner  2  programmes majeurs, franco-allemands, qui ne sont pas explicitement  menés dans le cadre de la CSP ; Il s’agit du Système de Combat Aérien Futur (SCAF), comportant avion de combat, drone et système au sol, qui est placé sous responsabilité française, tandis que le Système de Combat Terrestre ou char futur (MGCS) profitera  des capacités technologiques de Nexter sous la maitrise d’œuvre de Kraus-Maffei-Wegmann.

 

Somme toute  le lancement de la CSP  a initié de façon significative de nombreux projets capacitaires en coopération multilatérale et cela constitue un grand pas en avant pour la défense commune. La France est présente dans 18 de ces 34 projets et assume le pilotage de  7 d’entre eux. Il serait fastidieux de tous les énumérer ici. Mais on ne peut que se réjouir du succès de ce processus : en fait chacun des pays de l’Union s’est impliqué dans cette démarche de coopération très prometteuse pour l’avenir d’un outil de défense plus homogène et plus standardisé.

En revanche il faut reconnaitre que, jusqu’à présent, la CSP n’a vraiment abordé  le domaine opérationnel que dans son projet n°17, qui instaure un noyau opérationnel comportant l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie et Chypre pour  répondre aux crises….Encore faut-il souligner que l’objet et le développement de ce projet sont encore assez flous, ce qui a du reste conduit la France à prendre en juin 2018 une nouvelle initiative, destinée à créer une culture stratégique commune en vue d’engagements opérationnels en commun . Cette « Initiative Européenne d’Intervention » (IEI) a obtenu l’adhésion de 9 partenaires, incluant la Grande-Bretagne, ce qui place ce nouveau  processus dans l’ordre intergouvernemental, donc en dehors des instances communautaires.

 

Quoiqu’il en soit, nul ne saurait nier les avancées importantes que constitue cette accumulation d’initiatives et de projets multilatéraux. La coordination de ces divers processus sera complexe, il faudra également donner du temps au temps pour voir leur aboutissement concret. Cependant tout donne à penser que la défense Européenne prendra  à moyen terme, globalement à l’horizon 2025, un nouveau visage, celui de l’autonomie stratégique que l’Union Européenne s’est fixé comme objectif.

La Commission Européenne elle-même s’implique désormais en finançant une part, certes modeste pour l’instant, des dépenses de R&T de défense et de développement de programmes communs d’armement et la démarche engagée  vers une véritable défense commune, pour désordonnée qu’elle puisse paraitre, est en fait très pragmatique et repose sur une réelle convergence d’intérêts pour les 28 Etats membres.

 

Contrairement au discours souvent développé par des esprits chagrins, on peut donc raisonnablement dire que l’avenir d’une défense Européenne, autonome et significative, est « en marche… ! »
Mais ce n’est pas le tout de disposer à terme d’un outil adapté et performant, encore faut-il avoir  la volonté de l’utiliser et c’est là tout le problème de l’Europe politique…

 

Général (2s) Jacques FAVIN LEVÊQUE
 Membre du Bureau d’EuroDéfense-France

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

 

Source : www.asafrance.fr

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