EXERCICE : La réalité stratégique dépasse la fiction  

Posté le mardi 12 janvier 2021
EXERCICE : La réalité stratégique dépasse la fiction   

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement… » aurait dit Nicolas Boileau (1636 – 1711) et, puisque « nous sommes en guerre » contre le virus, on est en droit d’attendre du chef des Armées un discours de combat dans lequel les buts de cette guerre soient définis et les moyens stratégiques réunis pour les atteindre. D’aucuns voudront polémiquer, afin de conforter leur vision unique des faits, ou citer les guerres perdues comme alibi pour cacher les faillites tactiques successives. Dans ces circonstances, qui interpellent, il n’est pas inintéressant de consulter certains documents d’archives du ministère d’Etat, chargé de la Défense nationale, datés du 26 février 1971, sur les règles générales du combat. Un écrit qui, un demi-siècle plus tard, demeure l’inspirateur des principes d’action d’aujourd’hui face à l’adversaire.

« L’exercice du commandement suppose que le chef doit en avoir l’expérience ou s’entourer de subordonnés qui le connaisse. L’impossibilité où il se trouve souvent de remanier le dispositif en cours d’action donne toute leur importance aux dispositions prises initialement et notamment :
1. juger des possibilités offertes par un terrain déterminé.
2. apprécier la capacité des matériels et des efforts à demander à la troupe selon ses aptitudes.
3. estimer et prévoir les délais pour le mouvement, les ravitaillements (aujourd’hui on dit logistique) en fonction des contingences et des localisations.
En toutes circonstances et en tout lieu, savoir faire preuve d’initiative.
Enfin, chaque échelon de décision doit avoir une connaissance précise des intentions du chef et du but final à atteindre ».   

En 2021, les principes demeurent et les armées françaises qui sont engagées sur de multiples théâtres d’opérations extérieures face à un ennemi sans cesse « variant » le savent bien. Pour autant, il y a malheureusement parfois le défaut de la cuirasse et des morts de trop. Cela fait maintenant huit ans que l’armée française est déployée au Sahel. Dans la seule semaine du nouvel an, cinq soldats français furent tués à l’est du Mali, par des bombes artisanales cachées sous le sable des pistes, qu’on appelle IED (Improvised Explosive Devices) posées par les terroristes djihadistes.

Le Commandant de la force Barkhane sait combien l’homme est l’élément rare et premier de cette guerre, combien aussi l’ennemi est fuyant et malgré tout vulnérable comme l’a démontré la mort, lors d’une attaque française au nord Mali le 3 juin 2020 du chef djihadiste d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), Abdelmalek Droukdel. En outre, dans la mise en œuvre de la stratégie le chef militaire dispose de systèmes d’armes de haute technologie mis en œuvre sans délai en coopération avec toutes les parties intégrées à la manœuvre, le renseignement, la logistique et enfin la diplomatie qui doit préparer la paix. Car ici, il n’est point besoin de tirer au sort quelques citoyens pour contrôler et proposer au gouvernement des idées pour la gestion de crise. En effet la Défense est l’aboutissement même du domaine régalien de l’Etat. Il en va de l’existence même de la France, « Lever une armée, faire la guerre et signer la paix » sont des droits et pouvoirs qui ne peuvent faire l’objet de délégation.

 

Certes, dans le domaine de la lutte contre le djihadisme, au Sahel comme en France, il existe beaucoup de pensées absurdes qui extrapolent hors de toute rationalité, ou qui simplifient à outrance. Mais assimiler toute réflexion à du complot est une façon commode d’étouffer la moindre analyse stratégiqueOr, dans le Sahel d'aujourd'hui, il y a des pays qui participent à l’effort de coordination, de formation d’armées nationales, voire de meilleure gouvernance de ces pays indépendants depuis 1960. Il ne faut pas négliger par ailleurs des acteurs privés influents et puissants capables de soutenir l’économie locale. C’est pourquoi, peut-être, doit-on   envisager qu’une décision évolutive soit prise à l'occasion du prochain sommet conjoint de la France et des pays du G5 Sahel, en février 2021, à N'djamena, capitale du Tchad. Alors, dans l’indifférence totale ou comme dans une fiction, sur les plateaux de télévision on passera à autre chose ; aux combinaisons électorales, aux retards vaccinaux ou aux dernières nouvelles d’une rave-party, voire de statues déboulonnées. Finalement, on oubliera trop vite nos soldats, femmes et hommes, qui sont morts pour la France au Mali « dans l’accomplissement de leur devoir » ainsi que leurs malheureuses familles auxquelles les responsables politiques du moment ont exprimé « toute leur émotion et compassion ».

Souvenons-nous toujours que leurs morts sont nos héros. Aussi, il n’est pas indifférent de conclure avec le réalisme de Winston Churchill (1874-1965) « Que la stratégie soit belle est un fait, mais n’oubliez pas de regarder le résultat. »

 

Dominique BAUDRY
Membre ASAF

Source : Le Figaro

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