HISTOIRE : Le faux débat sur les bombardements alliés contre l'Allemagne nazie

Posté le samedi 09 mai 2020
HISTOIRE : Le faux débat sur les bombardements alliés contre l'Allemagne nazie

Certains répètent que les Américains et les Britanniques ont inutilement et cruellement bombardé l'Allemagne en 1945. Ils ont tort.

L'Allemagne a plus de talent pour commencer les guerres que pour les perdre. Son amertume est l'énergie de son bellicisme. Quand on la désarme, elle sanglote en réclamant la grâce. Une fois pardonnée, elle franchit, honteuse et rampante, le Rhin, feint, pendant vingt ans, d'être sage, compose des opéras bruyants, écrit des romans insincères et rappelle qu'elle est avant tout une nation de philosophes. Sa vulnérabilité est un stratagème dont les perpétuelles victimes sont, de 1870 à 1945, les Français. Ses sursauts de haine s'expriment avec une violence toujours plus grande, une barbarie toujours raffinée, un culot toujours plus insolent. Ainsi l'AFD (89 députés sur 709 au Bundestag) réclame, à l'occasion de ce 75e anniversaire de la victoire des Alliés, la reconnaissance des bombardements de Dresde comme un crime de guerre.

Au terme de la conférence de Yalta (du 4 au 11 février 1945), Russes, Anglais et Soviétiques déterminent une stratégie commune. Winston Churchill et Franklin Roosevelt s'engagent à bombarder les centres de communication et de transport afin d'empêcher l'acheminement de renforts allemands sur le front est. Plus de 4 000 000 de soldats russes étaient morts depuis l'opération Barbarossa (1941) : ce massacre devait cesser. C'est aussi un moyen pour le dirigeant soviétique de circonscrire l'intervention de ses alliés à l'ouest pour préserver sa zone d'influence : Berlin, Leipzig et Dresde doivent être neutralisées. Quoi qu'il en soit, cette demande était militairement justifiée et politiquement cohérente.

Chemins de fer, industrie pétrolière et gares sont méthodiquement détruits afin de rendre impossible le transport de soldats allemands. L'attaque de Dresde s'inscrit dans ce plan. Le 13 février 1945, 245 bombardiers Lancaster de la Royal Air Force larguent des bombes explosives et incendiaires sur la capitale de la Saxe, laquelle s'embrase. Peu après, 550 appareils surprennent, à nouveau et à découvert, secours et civils. Le 14 et le 15, c'est au tour de l'US Air Force : 311 bombardiers pilonnent la ville.

Dresde, surnommée la « Florence de l'Elbe », était une ville ravissante où étaient bâties plusieurs des plus belles églises d'Europe. La beauté de la cité rend d'autant plus déplaisante sa destruction. Pour autant, à qui la faute ? Adolf Hitler, élu et adulé par un peuple, dont les habitants de Dresde, avait décidé que l'Allemagne ne se rendrait pas. Fallait-il, au nom de principes méprisés par le Reich pendant six ans, risquer la vie d'Américains, de Russes, d'Anglais, de Français, pour épargner une nation barbare ? Le commandement allié avait le devoir de ne rien sacrifier au confort de l'ennemi dans la mesure où ce conflit n'était plus une guerre, mais une cause depuis l'assassinat du premier des six millions de juifs exterminés. Les pilotes de la Royal Air Force, ces jeunes garçons sans peur qui, du jour au lendemain, ont quitté les terrains de tennis d'Oxford pour piloter des avions au-dessus de la Manche, ont accompli leur devoir. Ils ont vaincu dans la gaieté : gloire leur soit rendue.

 

Les bombardements sur les civils, une idée allemande

Les bombardements sur les civils ne sont pas, comme le prétendent les défenseurs de la cause de Dresde, une idée anglaise, mais allemande. À l'automne 1940, les avions de la Luftwaffe sont les seuls capables d'atteindre le territoire britannique, les bombardiers de la Royal Air Force ne pouvant techniquement pas se rendre en Allemagne. Hitler profite de cet avantage en procédant à des raids contre des civils sur Coventry et Londres : 30 000 tués. Churchill, jusqu'ici déterminé à épargner les civils allemands, change d'avis et soutient indirectement la stratégie d'Arthur Harris, surnommé « Bomber Harris », le commandant des forces britanniques de bombardement, de pilonnages du Reich.

De facétieux ignorants anglophobes, souvent sympathisants d'idéologies nauséabondes, répètent, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, que les bombardements sur l'Allemagne étaient, au pire, disproportionnés, au mieux, inutiles. Ils ont scientifiquement tort. L'histoire militaire a démontré que pour être agressive, cette stratégie n'avait pas moins atteint ses buts. L'Allemagne avait, avec cruauté et cynisme, impliqué sa population civile dans la guerre dans des proportions telles que de sa neutralisation dépendait la rapidité de la victoire. On estime à près de 900 000 le nombre d'Allemands impliqués indirectement dans les combats : défense aérienne, premiers secours, logistique, etc. Ainsi ce n'est ni aux Anglais et ni aux Américains que doivent être réclamés des comptes, mais à des citoyens inconséquents et vengeurs qui portèrent, librement, un peintre de carte postale feignant et imbécile, accompagné d'une clique de ratés déguisés en officiers d'opérette, à la tête de leur patrie. Oui, voilà à quelle séduction l'Allemagne avait cédé. Qu'elle le veuille ou non. La destruction de cette entité prétendument civilisatrice n'est pas un fait de guerre, mais, pour reprendre la phrase de Jean Cassou dans La Mémoire courte, « un fait moral, absolu, suspendu, pur. Et sur quoi, par conséquent, il n'y a pas à revenir ».

Arthur CHEVALLIER*

Le Point.fr

*Arthur Chevallier est éditeur chez Passés composés. Son dernier essai, « Napoléon sans Bonaparte » (éditions du Cerf), est paru en janvier 2019. Le 12 septembre est sorti « Le Goût de Napoléon » (éditions Le Petit Mercure), un recueil de textes sur l'Empereur.

Référence livre

Jean Cassou, La Mémoire courte, Paris, éditions Sillage, 2 017. Première publication en 1953.

 

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr