INDUSTRIE DE DÉFENSE EUROPÉENNE : Autonomie industrielle de l’Europe (extraits). LIBRE OPINION d' Aurélie PUGNET

Posté le dimanche 09 septembre 2018
INDUSTRIE DE DÉFENSE EUROPÉENNE : Autonomie industrielle de l’Europe (extraits). LIBRE OPINION d' Aurélie PUGNET

Pas de BITDE sans harmonisation

Pour Carole Ferrand, créer une base industrielle de technologie et de défense européenne (BITDE) suppose une coordination autour de « deux axes : travailler le marché européen de défense et mettre en œuvre une politique industrielle à dimension européenne ». Ce qui n'est pas aisé, puisque « chaque État membre a sa propre politique extérieure et de défense ». « Il faudra y aller au cas par cas, harmoniser les besoins en termes techniques et calendaires. »

 

...Ni de partage des domaines de coopération

Il faut à garder à l'esprit que « l'autonomie stratégique européenne ne doit pas entrer en collision avec la souveraineté nationale donc les États membres doivent réfléchir en amont aux domaines de partages ». Elle prend en exemple « la France dans la dernière revue stratégique : des domaines de partage, de dépendance ou de prérogative de souveraineté nationale ». Pour permettre « des expressions de besoin communs des États membres », nous avons besoin « des coopérations multinationales », annonce-t-elle, pointant du doigt le manque de moyens nationaux. Dans le nouveau cadre du FEDef, « la différence entre approches européenne et nationale va se faire au cas par cas et en fonction des équilibres des États membres ».


Répondre à « une logique politique pas sociale »

« Il faut travailler dans une logique de politique pour une BITDE et répondre aux besoins, et pas dans une logique sociale » d'inclure des partenaires qui n'ont pas les capacités nécessaires, prévient-elle. Pour la responsable des stratégies industrielles, « la politique industrielle de défense se réfléchie surtout par la chaîne de sous-traitance. La BITD européenne s'assoie sur des BITD nationales, qui aujourd'hui ne sont pas égales. Des États membres investissent depuis des dizaines d'années parce que les enjeux de sécurité nationale et de politique de défense sont dans leur économie. C'est à prendre en compte ».

 

L'export, gage de réussite

« Il faut une BITDE forte et autonome, donc apte répondre aux besoins des États membres pour leurs  forces et sa propre pérennité. Pour cela, il faut qu'elle soit forte à l'export »« alerte partagée », ajoute elle, à celle des industriels présents autour de la table (1). Les exportations « pourraient être un moyen d'étendre les économies d'échelle mais sont très réglementées et de manière disparate parce que la prérogative est nationale », elle critique. L'objectif d'une BITDE est louable, mais « même tous les budgets rassemblés, pour des raisons financières évidentes, on devra exporter », et ça doit être pris en compte par l'UE.



Les multinationales défavorisées

« J'adhère au fait que aujourd'hui les industriels en multinationales sont aujourd'hui défavorisés parce qu'ils doivent rechercher des coopérations supplémentaires », et que leur chapeau international ne suffit pas, critique également Carole Ferrand.

 

Compétition et concurrence pour les industriels

Alors que la réflexion actuelle pour une coopération approfondie entre les États membres, « est un passage nécessaire, elle ne permet pas une BITDE efficace. Il faut aller au delà, créer une consolidation qui sera gage de compétition ». La BITDE « doit être encadrée et non qu'émergent des monopoles qui dévient toutes les règles de la concurrence. Il faut que [l'engagement des industriels] soit un gage de compétition et un avantage soutenu, encouragé et remercié et pas inversement ».

 

Aurélie PUGNET
Bruxelles 2

 

NB: ingénieur en chef de l'armement, Carole Ferrand a été la directrice d'opérations export Rafale et auditeur de la 67e session nationale « politique de défense » de l'Institut des hautes études de défense nationale (cycle 2014-2015)


Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

 

Source : www.asafrance.fr

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