INTERVIEW de Bruno LE MAIRE : «Renforcer nos armées, c'est renforcer notre nation».

Posté le lundi 11 juillet 2016
INTERVIEW de Bruno LE MAIRE : «Renforcer nos armées, c'est renforcer notre nation».

Le candidat à la primaire de la droite dévoile au Figaro ses projets pour la défense et propose notamment le lancement des études pour un deuxième porte-avions.

 

LE FIGARO. - Quelles sont vos priorités concernant la défense?

Bruno LE MAIRE. - Soyons clairs: la situation géopolitique dans laquelle nous sommes doit nous conduire à restaurer des forces armées puissantes et respectées. Notre capacité à retrouver une nation unie et forte en dépend. Renforcer nos armées, c'est renforcer notre nation. C'est nous donner les moyens de notre politique extérieure.

Pour la première fois depuis des décennies, nous sommes confrontés au retour de la violence et des menaces directes sur notre sécurité. Face à celles-ci, la France est vulnérable. Vulnérable, parce que nous avons reculé depuis des années sur le renforcement nécessaire des moyens en hommes et en équipements. Vulnérable, parce que les alliances censées nous protéger - Défense européenne et Otan - présentent des faiblesses politiques ou militaires. Vulnérable, parce que les Américains sont de plus en plus réticents à intervenir militairement.

Ayant dressé ce constat de vulnérabilité, que proposez-vous?

Donnons à nos forces armées les équipements et les hommes dont elles ont impérativement besoin. Je propose d'augmenter le budget de la défense de 1,4 % à 2 % du PIB sur dix ans. Cela portera notre effort de 32 à 58 milliards d'euros. Cette augmentation devra se faire en deux temps: une nouvelle loi de programmation militaire (LPM) dès 2017, une autre à la fin du quinquennat.

Ces choix budgétaires bénéficieront à toutes nos forces armées. Pour l'armée de terre, j'estime nécessaire de porter les forces opérationnelles terrestres de 77 000 à 107 000 hommes d'ici à 2027, ce qui représente 30 000 hommes supplémentaires projetables sur les théâtres extérieurs. Il faut aussi accélérer le rythme de renouvellement - actuellement beaucoup trop lent - de certains matériels, notamment les véhicules blindés légers Griffon ou les petits blindés type Jaguar.

Concernant notre marine, je souhaite la réalisation de six frégates supplémentaires. La France doit également pouvoir garder, en toutes circonstances, la capacité de projeter un groupe aéronaval. Ce n'est pas le cas actuellement: le Charles de Gaulle entre bientôt, et pour dix-huit mois, dans son deuxième arrêt technique majeur. Or, la permanence d'un groupe aéronaval a un effet dissuasif sur les théâtres d'opérations et constitue une marque de notre puissance nationale. Je souhaite donc lancer les études pour la réalisation d'un nouveau porte-avions. S'agissant de l'armée de l'Air, il faut la doter des moyens de transport lourds héliportés qui lui manquent aujourd'hui. 40 avions Rafale supplémentaires devront aussi être commandés sur dix ans.

Êtes-vous favorable au maintien de la dissuasion dans son format actuel?

Cela ne fait aucun doute pour moi. Je crois à la dissuasion. La France doit conserver intacte sa capacité de dissuasion nucléaire avec ses deux composantes, sous-marine et aéroportée. Je souhaite aussi que nous poursuivions les travaux sur la modernisation de nos technologies avec les Américains et les Britanniques. En dépit du Brexit, la Grande-Bretagne reste pour nous un partenaire majeur en matière de coopération militaire.

L'opération «Sentinelle» sur le territoire national doit-elle être poursuivie?

Oui, mais dans un format adapté. Nos soldats ont fait un boulot formidable dans le cadre de cette opération, au lendemain des attentats qui ont frappé notre nation. Ils ont participé à notre sécurité intérieure, dans des conditions souvent éprouvantes, en faisant des sacrifices professionnels et personnels importants. La menace terroriste étant une menace à long terme, il est désormais nécessaire de faire évoluer cette opération. Arrêtons les gardes statiques, développons les patrouilles, réduisons les effectifs déployés afin de permettre aux soldats de reprendre rapidement leur entraînement et de ne pas perdre leurs capacités au combat.

Proposez-vous une forme de service militaire?

Les armées donnent déjà chaque année un cadre, des repères et une formation à des milliers de jeunes qui ne trouvent pas leur place dans la société. Développons cette chance! Je crois par conséquent au renforcement des services militaires volontaire ou adapté, mais toujours sur la base du volontariat. Rétablir un service militaire obligatoire serait irréaliste et pénalisant pour nos armées professionnelles comme pour nos jeunes. Par ailleurs, attention au risque de démotivation des dispositifs sociaux. Quand on met en place une Garantie jeunes à 460 euros par mois sans quasiment aucune contrepartie, il ne faut pas s'étonner qu'un régiment du service militaire adapté - où l'on propose 340 euros avec des obligations militaires - ait des difficultés à recruter.

Quel est votre point de vue concernant l'expression publique des militaires?

Je connais les militaires et leur sens des responsabilités. Pourquoi les priverions-nous de la possibilité de participer de manière constructive au débat public sur les questions stratégiques, dans le respect de leurs fonctions? Par ailleurs, je souhaite que nous tenions davantage compte des difficultés matérielles que peuvent rencontrer les soldats dans leur vie quotidienne. Ils doivent pouvoir faire remonter facilement et librement à leur hiérarchie leurs problèmes quotidiens.

Comment donner enfin corps à une défense européenne?

Travaillons en priorité à des coopérations plus étroites entre les États membres, pour assurer notre sécurité. La construction de la défense européenne doit rester une ambition de long terme.

Par ailleurs, la France ne peut pas porter seule la charge de la défense des autres pays européens. Nos partenaires doivent participer davantage et augmenter leurs budgets de défense, à l'exemple de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne et de la Pologne. Nous pouvons également développer les synergies entre nos industries de défense. Nous avons six programmes différents de frégates en cours en Europe, alors même que nous avons des capacités budgétaires réduites: qui peut le comprendre ?

 

 

Propos de Bruno LEMAIRE recueillis par Alain BARLUET

Source : Le Figaro.fr
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