INTERVIEW de Pierre CONESA : On a une base juridique pour interdire le salafisme en France.

Posté le lundi 08 août 2016
INTERVIEW de Pierre CONESA : On a une base juridique pour interdire le salafisme en France.

Extrait de l’interview relatif aux services de renseignement.

 

Adel Kermiche était, semble-t-il, connu des services de renseignements, ce qui ne l’a pas du tout empêché d’agir. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015 préconise notamment une refonte des services de renseignement pour en faciliter la coordination. Cela permettrait-il d’améliorer l’efficacité des services dans la lutte anti-terroriste ? 

Il y a déjà eu des tentatives de rapprochement par le passé : Sarkozy a créé les Groupe d’intervention Régionaux (GIR) pour lutter contre la criminalité dans les banlieues. L’idée était de mettre en commun les compétences des divers services coercitifs de l’État (police, gendarmerie, fisc, douanes, Inspection du travail…).
La deuxième étape a été la création du coordinateur national du renseignement pour mettre en commun les informations des uns et des autres. Ce sont des réformes qui vont plutôt dans le bon sens car la menace que fait peser l’Etat Islamique démontre que la distinction renseignement extérieur/ renseignement intérieur est dépassée. Mais si on ne crée pas une connivence entre les exploitants de base qui peuvent donner des informations sur leurs cibles, ou leurs sources, cela ne changera rien. Car il n’y a que des gens qui travaillent sur les mêmes dossiers qui peuvent échanger des informations. Or on fait un rapprochement par les chefs, qui souvent ne connaissent pas les dossiers, cherchent à se protéger les uns des autres, à plaire à leurs propres supérieurs, sans parler des rivalités historiques entre les différents services. Dans les cellules de crise, les experts sont rarement consultés.

Toutes ces tentatives de coordination du renseignement supposent un changement total de paradigme dans la façon d’aborder le travail de fond. Notamment par les politiques qui doivent donner liberté aux renseignements de travailler, et être capables d’entendre les choses les plus désagréables qui soient – car c’est le but des services de renseignements – et de remercier ceux qui dissimulent des renseignements pour des questions de querelles de chapelles.  

 

 

Certains hommes politiques réclament une reconstitution des renseignements généraux. Cela vous semble-t-il pertinent ?  

C’est, en effet quelque chose qui revient. C’est intéressant parce que les gens qui parlent des RG rêvent d’une France qui était un pays homogène : envoyer quelqu’un des RG assister à une réunion syndicale n’était pas très compliqué alors qu’aujourd’hui envoyer quelqu’un dans une mosquée pour assister à un prêche salafiste ou pénétrer la diaspora albanaise qui tient les réseaux de prostitution sur les grands boulevards, c’est beaucoup plus difficile. Il ne faut pas reconstruire les RG, il faut construire des RG à l’image de la société. Par exemple, les médias aiment diffuser l’idée que la radicalisation se fait par Internet.

Les renseignements considèrent que l’essentiel de la radicalisation se fait, au contraire, par contact direct. Mais il devient très difficile de convaincre les politiques que le travail de renseignement ne se limite pas à mettre des gens derrière des ordinateurs pour surveiller des sites ou des réseaux sociaux. Le renseignement de terrain est un travail beaucoup plus besogneux, qui nécessite beaucoup d’hommes parlant arabe et qui prend beaucoup plus de temps. Quand les politiques parlent de reconstituer les RG, ils partent de la structure alors qu’il faudrait partir du besoin.

 

 

 

Pierre CONESA
Propos recueillis par Régis SOUBROUILLARD


 

Ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, professeur à Sciences Po et auteur du « Guide du petit djihadiste », Pierre Conesa revient sur les failles de la politique antiterroriste largement accentuées par la « veulerie » du débat politique français.   

 

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Source : Le Causeur
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