JUPPÉ : Arrogance et autisme. Billet du général Henri PINARD LEGRY, Président de l'ASAF.

Posté le mercredi 27 avril 2016
JUPPÉ : Arrogance et autisme. Billet du général Henri PINARD LEGRY, Président de l'ASAF.

Les propos tenus le 25 avril devant des étudiants de l’IEP de Bordeaux par monsieur Juppé au sujet du général de corps d’armée Bertrand Soubelet sont parfaitement incongrus et incompréhensibles au regard des responsabilités qui lui ont été confiées dans le passé et de celles auxquelles il aspire pour l’avenir proche.

« Un militaire, c'est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s'en va »
Non, monsieur Juppé, un officier général n’est pas un ministre qui passe d’un ministère à un autre souvent sans connaître grand-chose aux matières qu’il est amené à y traiter.
Un officier général, en situation de responsabilité, possède une compétence  indiscutable et indispensable pour permettre aux dirigeants politiques (Président, ministres et élus) de prendre les meilleures décisions en toute connaissance de cause. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le général Soubelet a été auditionné !

Les militaires, y compris ceux qui appartiennent au haut commandement, ont donc le devoir de s’exprimer devant les élus et les Français avec la plus grande franchise.
Refuser les analyses et les propositions de ceux qui possèdent la connaissance précise des réalités, c’est faire preuve d’un autisme qui explique sans aucun doute bien des problèmes que la France rencontre sans les traiter au fond parce que ses dirigeants ne savent pas écouter et donc comprendre et décider avec intelligence.

Dire d’autre part que : « Les militaires ont le droit de penser mais il y a des limites à ne pas dépasser » est non seulement inconvenant mais proprement scandaleux. C’est la marque d’une suffisance voire d’une arrogance détestables souvent attachées d’ailleurs à l’image que les Français ont de l’auteur de cette sentence. Qu’aurait dit monsieur Juppé si l’on avait appris que le général Soubelet avait caché la vérité à la représentation nationale ? Aurait-il félicité ce général d’avoir menti par omission ?

En écoutant ces propos, on comprend bien pourquoi les Français disent ne plus avoir confiance en une classe politique autiste.

Ils souhaitent maintenant des chefs francs et clairvoyants, courageux et animés du seul souci de servir l’intérêt général.

En considérant les militaires comme de simples exécutants muets, monsieur Juppé exprime en fait sa volonté de voir une caste politicienne conserver le pouvoir et ses prérogatives, en faisant taire les Français qui veulent ardemment sortir la France de l’impasse dans laquelle elle se trouve.


Monsieur Juppé, en ce centième anniversaire de la bataille de Verdun, l’Histoire nous rappelle qu’on ne conduit pas la France à la victoire et au succès contre les Français ou sans eux. 
Cela est d’autant plus vrai quand on aspire à devenir le chef des armées et qu’on se permet de faire de la démagogie sur le dos des soldats français.


Henri PINARD LEGRY
Officier général en 2ème section
Président de l’ASAF

 

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Source : Association de Soutien à l'Armée Française

Commentaires (11)

  • Gilles BONTEMPS

    29 avril 2016 à 08:16 |
    Bravo. Ne rien laisser passer,exprimer nos idées, dire nos ressentiments, interpeller nommément, y compris et surtout un homme politique animé d'une ambition nationale : c'est la raison d'être de l'ASAF. Continuez mon Général.
  • Jean-Bernard COMTE

    30 avril 2016 à 11:18 |
    Je me permets de recopier un extrait du discours du CEMA adressé aux jeunes diplômés de l'école de guerre :
    « Je compte donc sur vous, non pas pour être de bons élèves,sages, méticuleux et bien lisses, mais pour être des officiers de caractère,
    déliés, incisifs, sans complexe, iconoclastes au besoin. Cela dans la perspective de pouvoir aider aux décisions et aux choix à venir, dans le contexte si délicat que je vous ai décrit »
    Ceux qui ont sanctionné le Général Soubelet, devraient méditer cette phrase et en apprécier la hauteur de vue.
    En effet, ce n'est pas avec des « moutons » que les choses progressent.
    La phrase du CEMA doit devenir un repère, une règle immuable dans les armées.
    Les politiques doivent absolument en prendre conscience et « peser » leur discours afin de ne pas blesser ceux qui donnent tout pour la France,
  • Bertrand de LA PRESLE

    30 avril 2016 à 17:07 |
    Message du Colonel (er) P. Geoffroy retransmis par le Général B. de La Presle :

    Bravo pour ce billet qui honore son auteur et justifie une fois de plus l’existence et le rôle de l’ASAF.
    Le Maréchal LYAUTEY qui reste une référence dans de nombreux domaines a écrit à propos du chef qu’if soit civil ou militaire :
    « Un chef, celui qui commence par servir et par obéir pour apprendre à commander, et le fait de servir et d'obéir au mieux est déjà un acte de chef, puisque c'est donner l'exemple. Mais aussi, celui qui en servant et en obéissant n'abdique ni l'indépendance de son jugement ni le libre jeu de son initiative, qui observe et se prépare”, celui qui, plus tard, en donnant toujours l'exemple de la déférente discipline, saura ne pas se borner à obéir passivement et osera, quand sa conscience et la situation lui en font un devoir, soumettre librement son avis, avis qu'accueillent toujours, provoquent même les chefs dignes de ce nom. »
    Le Général SOUBELET est donc un vrai CHEF, un de ceux que l’on devrait donner en exemple au lieu de l’évincer
    Si les électeurs prenaient en compte les critères de Lyautey actualisés dans son comportement par le Général Soubelet, la FRANCE héritée de nos ancêtres n’en serait pas là.

    Colonel (er) P. Geoffroy
    Président de l'Association
    Nationale Maréchal Lyautey
  • Didier CODANI

    02 mai 2016 à 08:24 |
    Question du lundi matin pour commencer la semaine de bonne heure et de bonne humeur:
    Dans la droite ligne de notre ancien ministre de la défense, qu'aurait du faire le général de Gaulle en 1940 ?
    Fermer sa gueule ou démissionner?

    La première réponse que j'ai eue à cette question ce matin a été:
    "Partir commander outre-mer... comme le général Soubelet." Mais c'était certainement une boutade.
  • pau

    02 mai 2016 à 08:49 |
    Merci mon général.
    L'officier n'est pas qu'un simple exécutant ; il ne peut rester le petit doigt sur la couture du pantalon et laisser les responsables politiques s'engager inconsidérément pour des raisons idéologiques, politiciennes ou de méconnaissance.
    La "non assistance à chef ou armée en danger" pourrait être un motif de sanction du règlement de discipline générale.
  • Landreau Patrick

    02 mai 2016 à 09:39 |
    Un grand merci pour cet éditorial qui a le mérite et le courage de dire les choses ! Il est de notre responsabilité de soutenir nos militaires, ceux des trois armes et les gendarmes qu'il ne faut pas oublier ... Ils n'ont de leçon à recevoir de personne en matière de fidélité à des valeurs et à une nation, en matière d'éthique et de professionnalisme.
  • BERTHELOT

    02 mai 2016 à 10:52 |
    Merci mon général pour votre "billet".

    Je partage totalement votre analyse et il est réconfortant de lire de tels propos.

    Notre pays a besoin d'un chef dont la motivation serait l'intérêt de notre pays et non la satisfaction de son ego et de ses intérêts personnels comme c'est hélas souvent le cas avec nombre de nos "politiques" de toutes sensibiltés.
  • GARBAGE

    02 mai 2016 à 21:32 |
    Je ne peux qu'applaudir des deux mains à votre intervention, Mon Général. Merci et respect.
  • SCHNEIDER Dominique

    04 mai 2016 à 10:56 |
    Bonjour,
    Exactement! les français veulent de la franchise.
    Les français veulent de la compétence.
    Les français aiment leur Pays et son Armée.
    Merci pour ce billet général Henri PINARD LEGRY

    Dominique SCHNEIDER
  • MOTTEZ

    08 mai 2016 à 18:02 |
    j'ai beaucoup apprécié l'article du Général Desportes et suis en total accord avec les aspects abordés.

    Mais quant à l'absence de l'armée dans le débat public (depuis 2 générations, comme il le fait remarquer) n'est elle pas due quand même en grande partie, à l'autocensure vis à vis d'une classe politique, déconsidérée, mais laissée, à tort maîtresse, en la matière (du "devoir de réserve") !
    Le "cedant arma togae" n'est approprié qu'avec des "responsables politiques" dignes de ce nom ...
  • Philippe Weber

    26 mai 2016 à 10:51 |
    Mais aussi, une toute autre perception de ce qui pourrait expliquer certains agacements et certaines frustrations.
    Derrière le décorum de nos institutions et le rituel électoral qui s'apparente de plus en plus à un sondage d'opinion, l'hypothèse d'une dichotomie entre le politique et le militaire ne serait pas à exclure ? Le premier, prenant conscience, au delà de son impopularité que les algorithmes le destituent du pouvoir. Alors que le second qui domine le monde du renseignement associé aux big data, a un temps d'avance dans la décision ?

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