L'Otan à Varsovie dans un face-à-face avec la Russie. LIBRE OPINION de Jacques HUBERT-RODIER.

Posté le vendredi 08 juillet 2016
L'Otan à Varsovie dans un face-à-face avec la Russie. LIBRE OPINION de Jacques HUBERT-RODIER.

L'Otan tient son sommet vendredi et samedi à Varsovie. L'organisation veut maintenir la pression face à Moscou.

Deux ans après le début de la crise en Ukraine, la France ne souhaite pas accroître les tensions avec la Russie.

Vingt-huit alliés, dont 22 appartenant à l'Union européenne, se retrouvent, vendredi et samedi, à Varsovie pour un sommet de l'Otan dominé par les crises actuelles, du Brexit aux défis posés par la Russie de Vladimir Poutine en passant par le terrorisme international et le grand exode de Syrie et d'Irak. Avant le début des rencontres qui auront lieu sous très haute surveillance militaire et policière après la vague d'attentats revendiqués par l'Etat islamique, le secrétaire général de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord, l'ancien Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg, a affirmé, lundi, que le sommet intervenait dans une « période cruciale » face à des menaces et à des défis « provenant de toute part ».

Dans la capitale polonaise où s'étaient réunis en 1955 l'URSS et ses satellites pour conclure feu le pacte de Varsovie, l'Alliance va confirmer sa décision d'un renforcement militaire sur son flanc le plus oriental. Une orientation prise après l'annexion de la Crimée par la Russie et les troubles fomentés à l'est de l'Ukraine dans le Donbass. Quatre bataillons (de 1 000 soldats environ chaque) seront ainsi positionnés en Estonie avec comme «nations cadres» le Royaume-Uni en Estonie, les Etats-Unis en Pologne, l'Allemagne en Lituanie et le Canada en Lettonie. Une façon de rassurer ces pays de l'Otan face aux menaces d'un renforcement militaire russe aux frontières. Autre point important : le secrétaire général de l'Otan attend que les alliés déclarent « opérationnelle » la mise en place d'un bouclier antimissile de l'Alliance en Europe continentale.

Le premier site, équipé d'un radar et d'intercepteurs de missiles, vient ainsi d'être déployé en Roumanie. Un autre devrait suivre en Pologne en 2018. A l'Otan, on ne cesse de répéter que ce bouclier ne vise pas à protéger l'Europe d'une attaque de la Russie mais uniquement d'Etats voyous du Sud avec, dans la ligne d'horizon, l'Iran. Selon les experts, le déploiement limité du système Aegis Ashore ne pourrait pas faire face à une attaque massive qui viendrait de Russie.

Cette explication passe cependant très mal à Moscou. Pour le Kremlin, la Russie est directement visée. Son argument : ni la Corée du Nord ni l'Iran n'ont la capacité de lancer des missiles d'une portée suffisante pour atteindre l'Europe. Le président Vladimir Poutine a même affirmé que la Russie prendrait « certaines mesures pour assurer sa sécurité » face à la Roumanie. Ce bouclier, qui a été souhaité et très largement développé par les Etats, est loin, en réalité, de faire l'unanimité parmi tous les alliés.

Le Brexit au menu

La France n'a soutenu que du bout des lèvres ce nouveau système et a insisté pour que l'Otan n'augmente pas les tensions avec Moscou. En principe, un conseil Otan-Russie, qui ne s'est réuni qu'une seule fois depuis 2014, devrait se tenir après le sommet de Varsovie, vraisemblablement le 13 juillet, toujours au niveau des ambassadeurs. Dans un agenda chargé qui réunira non seulement les Vingt-huit mais également les pays partenaires, comme l'Ukraine ou encore d'Afghanistan et les présidents du Conseil et de la Commission, Donald Tusk et Jean-Claude Juncker, il sera difficile de ne pas évoquer la question du Brexit.

Enfin, les chefs d'Etat et de gouvernement vont donner leur feu vert à une contribution, minime, de l'alliance à la lutte contre Daech et contre le trafic des migrants à partir de la Libye. Certes, il n'y aura pas de surprise à Varsovie. Le communiqué final est quasiment bouclé. Mais il reste toujours la possibilité de psychodrames discrets. 

Jacques HUBERT-RODIER

Source : Les Echos
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