ARMÉES : Coopération militaire franco-britannique

Posté le samedi 19 octobre 2019
 ARMÉES : Coopération militaire franco-britannique

L’exercice « Griffin Strike », qui s’est achevé jeudi en Écosse, a permis à la Marine française et à la Royal Navy de mettre en scène leur partenariat et d’identifier les défis à venir.

…La crise couve depuis longtemps entre le Pastonia et le Dragonia. Dans la région que les deux pays se disputent, les tensions intercommunautaires se sont aggravées, exploitées par un groupe terroriste aux volontés séparatistes. Face au risque de conflit, le conseil des Nations unies est parvenu à signer une résolution. Une force franco-britannique va être déployée sur place…

Au large de l’Écosse, entre le loch Ewe et le loch Linnhe, l’exercice « Griffin Strike » peut commencer. Il s’est achevé vendredi.
Le calendrier ne manque pas d’ironie. Tandis qu’à Bruxelles, un accord a été signé pour permettre le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, la Marine française et la Royal Navy ont mis en scène pendant deux semaines la profondeur de leur coopération.

Neuf ans après les accords de Lancaster House entre la France et le Royaume-Uni, qui ont scellé le partenariat militaire des deux nations, les deux armées achèvent de construire leur « interopérabilité ». Griffin Strike n’est que le dernier d’une longue série d’entraînements qui doivent permettre la « qualification » l’année prochaine d’une Force expéditionnaire conjointe franco-britannique. Jeudi, le commandement maritime commun de cette force a montré, comme c’était prévu, qu’il était opérationnel. Les armées de l’Air et de Terre mèneront des exercices similaires au printemps. « Griffin Strike, c’est l’illustration de ce que l’on peut faire ensemble », explique l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine, venu saluer les équipages du porte-hélicoptères français Tonnerre avec son homologue britannique, le first sea lord Tony Radakin.

Plus de 2 000 hommes, 14 bâtiments de surface, trois sous-marins d’attaques, dont le SNA français Améthyste, et une quinzaine d’aéronefs ont participé à Griffin Strike. L’entraînement a permis de décliner toutes les situations : menaces asymétriques, symétriques, attaques cyber… « Nous avons commencé par une série d’exercices dans tous les domaines puis nous sommes passés à des opérations non planifiées », raconte l’un des officiers français. En clair, le scénario imaginé par l’état-major a permis de tester la réactivité des troupes en situation quasi réelle. Par exemple, lorsqu’il s’est agi d’envoyer une force amphibie en soutien des Pastoniens. « Nous avons dû entrer dans une zone dangereuse, sous la menace d’une attaque aérienne et alors que nos communications satellites avaient été coupées », poursuit l’officier.

L’entraînement mêle tactique, stratégie et performance physique. Les soldats de la 9e brigade d’infanterie de marine (9e Bima) ont ainsi mené deux exercices d’infiltration à terre et un exercice de dunker drill : s’extraire d’une cabine - fictivement celle d’un hélicoptère, tombé à la mer. « Ça aguerrit », sourit leur commandant. Dans un autre chapitre de l’histoire, une attaque de mines a provoqué des pertes massives : 24 soldats ont été « blessés ». Cette fois, ce sont les forces médicales franco-britanniques qui ont été mises à l’épreuve. Sur le Tonnerre, 7 patients ont pu être traités en même temps avant d’être transportés à terre. Non loin en mer, le RFA Argus, véritable hôpital flottant, a permis de disposer de quatre tables d’opération. À chaque fois, soldats français et britanniques, s’exprimant en anglais, ont acquis réflexes et savoir-faire. Après avoir été soumise à de sévères restrictions budgétaires, l’armée britannique a notamment besoin de réacquérir des compétences. Si les équipements diffèrent parfois, les cultures militaires des deux principales puissances européennes demeurent très proches.

« Une nécessité » 

Opérationnelle, la force conjointe franco-britannique pourra ensuite être employée… Où et quand ? Les crises internationales et les enjeux sont similaires pour les deux pays, souligne l’amiral Christophe Prazuck. « Ensuite, il faut être d’accord sur les objectifs », dit-il. Dans un contexte post-Brexit, les intérêts de Paris et Londres pourraient aussi diverger. « On parle beaucoup du Brexit aujourd’hui », a déclaré l’amiral Prazuck devant les marins du porte-hélicoptères Tonnerre. « Mais peu importe ce qui se passera dans l’avenir, la France et le Royaume-Uni resteront voisins, avec des marines et des armées similaires, avec des valeurs partagées. » Travailler ensemble « n’est pas une option mais une nécessité », a-t-il ajouté. « Il y a des choses plus grandes que le Brexit », a renchéri l’amiral Radakin. « Même si le Royaume-Uni quitte l’UE, la constante pour la défense britannique, c’est l’Otan », ajoute-t-il en aparté.

Si le Brexit n’aura pas d’impact direct sur l’organisation et la coopération militaire des deux pays, il pourrait bousculer des habitudes. Et influencer des choix d’équipements. En matière aéronautique, Londres et Paris ont choisi pour l’instant d’être concurrents : le Royaume-Uni développe le Tempest et a déjà trouvé la Suède comme partenaire en Europe ; la France, de son côté, a choisi de construire avec l’Allemagne et l’Espagne, le système de combat aérien futur (Scaf). « Les deux projets ont peut-être vocation à se rapprocher », dit-on au sein de l’armée française sans aucun élément annonciateur. On s’interroge aussi sur la stratégie économique du Royaume-Uni, affaibli par le Brexit : Londres pourrait être tenté de renforcer ses coopérations avec les États-Unis au détriment du continent, avec un impact sur les coopérations industrielles. En attendant que les tumultes du Brexit s’apaisent, la Royal Navy et la Marine française se tiennent prêtes.

Nicolas BAROTTE 
Le Figaro
Le 18 octobre 2019

 

Source : www.asafrance.fr
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