La transition écologique : Un moyen de financer notre Défense.

Posté le samedi 21 septembre 2019
La transition écologique : Un moyen de financer notre Défense.

Dans son livre Le monde est clos et le désir infini[1], Daniel Cohen[2] démontre avec brio que le retour à une croissance forte est une utopie et que les politiques économiques libérales destinées à la générer artificiellement sont vouées à l’échec.

L’invention de l’agriculture, il y a dix mille ans, a engendré l’explosion démographique de la population humaine dont il fallait assurer les besoins en nourriture en produisant toujours plus. De même, la révolution scientifique du XVIIe siècle a permis le développement exponentiel du savoir humain et la révolution industrielle. Après la nourriture, ce sont tous les biens matériels dont l’homme avait besoin qu’il a fallu fabriquer. Nous sommes aujourd’hui entrés dans une troisième ère que, ne sachant pas comment  la définir, l’on qualifie, par défaut, de postindustrielle : c’est la société numérique. Or, paradoxalement, malgré de brillantes perspectives technologiques, ce nouvel âge ne s’accompagne d’aucune accélération de la croissance. En effet, l’activité humaine s’est resserrée autour du service à la personne, or, pour ne citer que quelques exemples, aider à domicile des personnes âgées, garder des enfants voire soigner des malades sont des activités qui, bien que très utiles à la société,  ne génèrent pas de croissance.

En France, le ralentissement de la croissance se fait déjà cruellement sentir et l’Etat est financièrement exsangue. On sait que, en 2020, le fameux seuil de 3% de déficit public fixé par Bruxelles comme ne devant pas être dépassé,  et respecté depuis 2017 seulement,  risque d’être à nouveau franchi. Alors, Bercy essaie de colmater les brèches budgétaires  en  grattant  quelques sous ici ou là. Ayant compris qu’il était préférable de taxer les pauvres plutôt que les riches car ils sont plus nombreux, nos financiers ont soutiré 5 euros d’APL chez les étudiants ou encore quelque 1,7% de CSG supplémentaire chez les retraités ; bref, on est entré dans la mise en œuvre d’une politique économique « à la petite semaine ».

Or, si les prévisions de Daniel Cohen se vérifient, comment, dès lors, imaginer que les budgets annuels fixés  pour notre Défense dans la loi de programmation militaire 2019-2025 seront respectés ? On entendra bientôt rappelée puis appliquée  la fameuse sentence proverbiale Point d’argent, pas de Suisse[3].

Alors, face à ce dilemme, posons-nous une question : comment la France, au sortir de la Seconde guerre mondiale et alors que le pays était partiellement détruit,  a su se reconstruire, reconstituer son armée, engager celle-ci, 15 ans durant, en Indochine d’abord puis en Algérie et la doter de l’arme nucléaire ? Elle a pu le faire parce que la reconstruction du pays et de toutes ses composantes fut, précisément, une formidable génératrice de croissance. Ce furent les Trente glorieuses des années 1945 à 1973, ainsi nommées en référence à cette  forte croissance économique. Pas ou peu de chômeurs à indemniser, moins d’aides sociales, une redistribution minorée permettant de contenir des impôts dans des limites acceptables, voilà les conditions qui permirent à l’Etat de faire face financièrement.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, pourquoi ne pas entreprendre une nouvelle et vaste reconstruction du pays ?  Mais, me direz-vous, le pays n’est pas à reconstruire, il n’a pas disparu sous des tapis de bombes ! Non, en effet, mais cependant faisons comme si c’était le cas et reconstruisons le selon des règles écologiques nouvelles. Considérons que si notre pays n’est pas physiquement détruit, il l’est sous les coups cumulés de la pollution, des gaz à effet de serre, des particules fines, du carbone, de l’excès de bruit et de lumière électrique, des atteintes à la biodiversité, de l’érosion de nos sols et de nos côtes.

Entreprenons une complète réhabilitation de nos habitations en termes d’isolation thermique pour les transformer en constructions à énergie positive, investissons dans la production d’énergies propres, remplaçons tous nos moyens de transport par des véhicules, trains avions ou bateaux consommant moins d’énergie fossile, ouvrons de nouvelles voies ferrées et navigables pour diminuer sensiblement le trafic routier, construisons des digues pour protéger notre littoral, reboisons et replantons des haies pour sauvegarder nos terres agricoles.

Utilisons de nouveaux matériaux moins carbonés et absorbant le bruit  pour la construction et les travaux routiers, revoyons nos modes de production agricole, faisons en sorte que tous les points les plus reculés de la France métropolitaine ou d’Outre-mer soient joignables par téléphone portable, irriguons tout notre territoire avec la fibre optique, atténuons les effets lumineux de nos villes et villages, réhabilitons notre patrimoine (monuments, châteaux, églises), construisons des écoles et des musées, multiplions les terrains de sports construits en matériaux naturels, équipons nos hôpitaux des technologies les plus performantes.

Seul un investissement massif en faveur de la transition écologique, une forme nouvelle de keynésianisme « vert », du même ordre que celui consenti pour la reconstruction de notre pays au sortir de la Deuxième guerre mondiale, réussira à générer la croissance économique nécessaire au financement de notre Défense.

Un « point de détail » cependant : entre 1950 et 1960, alors que la durée légale du travail était de 40 heures par semaine, les durées effectives moyennes oscillaient entre 45 et 46 heures hebdomadaires.

 

Gilbert ROBINET
Secrétaire général de l’ASAF

Diffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

 

[1] Le monde est clos et le désir infini-Albin Michel-2015-224 pages- Prix du livre d’économie (essai) de l’Association française de science économique.

[2] Daniel Cohen, né le 16 juin 1953 à Tunis1, est un économiste français. Ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (1973-1976), c'est un spécialiste de la dette souveraine

[3] En 1522, sous François Ier, la solde promise aux compagnies de Suisses (environ 10 000 hommes) servant la France ne leur ayant pas été remise, ils quittèrent l’Italie, ce qui contribua beaucoup à faire perdre le Milanais à la France. Dans l’expression, Suisse est bien au singulier car il est fait référence au pays.

 

 

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Source : www.asafrance.fr
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