Le commandement des opérations spéciales (COS). LIBRE OPINION de l'amiral Laurent ISNARD

Posté le samedi 20 janvier 2018
Le commandement des opérations spéciales (COS). LIBRE OPINION de l'amiral Laurent ISNARD

Il s’agit d’un outil capable de concevoir et conduire des opérations à forte valeur ajoutée et faible signature. Présent sur l’ensemble de l’arc de crise, qui interagit en boucle courte avec les plus hautes autorités. 

Le COS est un commandement opérationnel créé il y a tout juste vingt-cinq ans, quand il a fallu tirer les enseignements de la guerre du Golfe. Depuis un certain nombre d’années, nous sommes particulièrement engagés dans la lutte contre les réseaux terroristes, en particulier ceux d’inspiration djihadiste, mais nos savoir-faire et nos missions couvrent un champ beaucoup plus vaste.

Mon rôle est de concevoir, planifier et conduire des opérations spéciales décidées par le chef d’état-major des Armées (CEMA). Ces opérations sont exécutées sous mes ordres par les forces spéciales des trois armées, mais aussi par des militaires des forces conventionnelles qui assurent des appuis spécialisés ou de la logistique.
Mon état-major réalise donc de « l’ingénierie opérationnelle » pour intégrer ces différentes capacités, dans le but de fournir aux plus hautes autorités civiles et militaires des réponses « sur mesure » à des problèmes complexes.

Le COS est spécialisé pour intervenir dans des zones instables ou des environnements chaotiques – ce que certains appellent les « zones grises » –, en lien avec des interlocuteurs locaux parfois versatiles, et en coordination avec de multiples acteurs. Ces opérations sont souvent discrètes, sous faible empreinte, mais non clandestines. 
En permanence, ce sont environ 800 militaires, dont 600 des forces spéciales, qui sont placés sous mon contrôle opérationnel et déployés en opérations extérieures (OPEX), ce qui représente environ 10 % des forces françaises déployées en OPEX.

Ces forces sont engagées dans trois types d’action : des actions offensives directes – à raison de plusieurs par semaine, notamment en Afrique ou au Levant – ; des missions de renseignement, pour mieux comprendre les situations ou pour préparer des opérations ; enfin des missions dites d’environnement, qui comprennent notamment la formation et l’accompagnement de partenaires. 
Les missions du COS sont par nature exposées et nos personnels, des spécialistes hautement qualifiés et très entraînés, continuent de payer le prix de leur engagement jusque dans leur chair : nous déplorons ainsi vingt-six blessés et deux militaires tués au cours des trois dernières années – dont, l’automne dernier, l’adjudant Stéphane Grenier du 13e régiment de dragons parachutistes (RDP), sur le théâtre levantin.

En cette fin d’année 2017, je peux mesurer le chemin parcouru par le système des forces spéciales (FS). En un quart de siècle, les FS ont atteint le stade de la maturité. Notre modèle peut être qualifié de consolidé. Il fait désormais référence en Europe.

Le COS s’est adapté à des menaces nouvelles, des cadres d’emploi très différenciés et des défis toujours plus nombreux. Les opérations spéciales se sont transformées : d’opérations « coup de poing », nous sommes passés à de véritables campagnes militaires. 
En Afrique, nous recherchons les terroristes, en étroite coordination avec les services de renseignement français et américains, et nous démantelons leurs réseaux. 

Au Levant, nous formons et accompagnons des partenaires locaux pour lutter contre Daech. Notre présence et nos actions, dans des régions où nous sommes souvent les premiers voire les seuls militaires français engagés, permettent d’apporter aux décideurs une meilleure compréhension, certaines clés de lecture, des enjeux locaux et des dynamiques régionales.

 

Amiral Laurent ISNARD
Commandant les opérations spéciales
(Extrait d’audition du 19 décembre 2017)

Site de rediffusion : www.asafrance.fr

 

 

Source : www.asafrance.fr

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