Le fiasco de Hanoï. LIBRE OPINION de Dov ZERAH.

Posté le mercredi 06 mars 2019
Le fiasco de Hanoï. LIBRE OPINION de Dov ZERAH.

Le fiasco de Hanoï.

 

La semaine dernière, la seconde rencontre entre le Président Donald TRUMP et le dictateur nord-coréen KIM JONG-UN a tourné court au point qu’il n’y ait eu aucun déjeuner final protocolaire, ni de déclaration commune sur aucun sujet.

 

Certes, l’accord du siècle était peu vraisemblable. Mais, le second sommet aurait pu se terminer sous de meilleurs auspices, et plusieurs solutions étaient possibles :

  • La signature d’une déclaration officielle mettant fin à la guerre entre les deux Corée de 1950-1953. Dans l’attente d’un traité de paix en bonne et due forme, une telle manifestation aurait permis de franchir une étape par rapport à l’armistice conclue dans les années cinquante.
  • Les deux pays auraient pu décider d’ouvrir un bureau de liaison, prélude à l’installation d’une ambassade. 
  • La Corée du Nord aurait pu aussi s’engager sur l’arrêt des essais tant nucléaires que balistiques.

 

C’est un échec pour le Président Donald TRUMP qui fait suite à une succession de déconvenues récentes :

  • L’audition de M. Michael COHEN, son ancien avocat, qui n’a pas hésité à raconter, avec moult détails, certaines pratiques du locataire de la Maison blanche.
  • L’échec de son affrontement avec le Congrès sur la barrière à construire à la frontière avec le Mexique. 
  • Les critiques soulevés par sa gestion accommodante pour les Saoudiens de l’assassinat du journaliste américano-saoudien Jamal Ahmed KHASHOGGI. 
  • La remise en cause du retrait unilatéral de Syrie à la suite des critiques soulevées tant au Pentagone et chez ses Alliés.

 

Avec la première rencontre de Singapour, en juin 2018, nous tournions la page d’une période marquée par les essais balistiques et nucléaires nord-coréens et l’escalade verbale entre les deux présidents. L’espoir soulevé a été immense, et la déception de Hanoï est inversement proportionnelle.

Les Sud-Coréens attendaient un pas supplémentaire vers la normalisation entre les deux pays de la péninsule coréenne. Mais dans d’autres pays, comme le Japon, l’échec rassure tant la peur d’un accord au rabais habite les responsables.

Le sommet de Hanoï aurait-il pu avoir une conclusion positive ? Cela était peu probable tant à cause de la méthode que des divergences de fond.

L’échec de Hanoï est le résultat inéluctable de l’extrême personnalisation de la négociation. Qui peut croire qu’il eût été possible d’effacer soixante ans de divergences en huit mois de contacts et deux sommets présidentiels ? La rencontre vietnamienne a mal été préparée ; elle aurait dû être précédée de négociations classiques, avec des diplomates professionnels élaborant un ou des textes explicitant par écrit les termes d’un accord.

 

La rencontre de la semaine dernière a permis de mesurer le fossé existant entre les positions des deux pays sur :

  • La conception de la dénucléarisation de la Corée du Nord

Pour Pyongyang, il suffisait de s’engager sur la fin de la production de matière fissile sur le site historique de Yongbyon, et sur un gel des essais balistiques et nucléaires à long terme, pour accomplir son engagement de dénucléarisation. 

Pour Washington, la dénucléarisation passe par l’établissement de la liste de tous les sites, y compris ceux non encore connus et leur neutralisation sous la supervision d’inspecteurs internationaux. 

Plus généralement, l’arme nucléaire constituant l’assurance de la survie de la dernière dynastie communiste au Monde, la solution passera par une formule de sécurisation du régime.

  • La fin des sanctions imposées à la Corée du Nord.

Les Nord-Coréens attendaient et demandaient une levée immédiate des sanctions, ce que les Américains ne pouvaient accepter sans une dénucléarisation effectuée sans aucune ambiguïté et réalisée en toute transparence.

  • La coordination entre la dénucléarisation et la levée des sanctions.

 

Un deal au sommet proposant un troc entre dénucléarisation d’une part, et levée des sanctions ainsi qu’un plan d’aide d’autre part pouvait fixer le cap. Mais, il fallait le temps à la diplomatie traditionnelle de poser le tout par écrit, et de chasse le diable qui se niche dans les détails.

Donald TRUMP a eu l’intelligence de comprendre qu’il avait lâché à Singapour la proie de la reconnaissance internationale accordée à KIM JONG-UN pour l’ombre de vagues déclarations sur une dénucléarisation incertaine. Il n’a pas hésité à affronter l’échec plutôt que de s’engager dans la voie d’un accord bâclé, reproche qu’il a adressé à l’accord conclu par son prédécesseur avec l’Iran. Il a eu raison de vouloir maintenant donner du temps au temps. En attendant, il faut espérer que les faucons des deux camps ne se saisissent de cet échec pour réenclencher un engrenage négatif entre les deux pays.

Dov ZERAH



Retrouvez la chronique "5 mars 1951 : prise de la cote 103"

 Rediffusé sur le site de l"ASAF : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr
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