LIBRE OPINION d'André Thiéblemont : Demain, le militaire dans la cité !

Posté le mercredi 01 avril 2015
LIBRE OPINION d'André Thiéblemont : Demain, le militaire dans la cité !

Le choc des attentats de janvier dernier révèle ce que d’aucuns dénonçaient depuis longtemps : la violence au coin de la rue, la déshérence de nombre de jeunes, les fractures sociales et culturelles du pays, etc. Dans le désarroi, certains responsables politiques et nombre de Français se tournent vers les ressources du militaire_.

Aujourd’hui, nos Armées sont exsangues : dix mille soldats mobilisés en janvier le renforcement de Vigipirate, et ce fut l’arrêt d’entraînements opérationnels, la suspension de congés, e rappel de permissionnaires, etc. Or, sauf à déboucher sur une libanisation du territoire, cette situation du pays, fracturé socialement et culturellement_, appellera tôt ou tard une politique globale de reconstruction de la cohésion nationale. Le redéploiement de nos Armées sur le territoire national sera alors l’un des atouts de cette politique. Mais, redoutons la précipitation ! Il faut dès aujourd’hui en penser les conditions et les finalités.

Jouer des ressources sociales, symboliques, éducatives du militaire

Ce redéploiement ne pourra pas être uniquement sécuritaire. Le militaire a des ressources sociales, symboliques, éducatives. Il faudra en jouer pleinement, sans que pour autant le militaire se substitue à des institutions défaillantes. Il sera par ailleurs essentiel que les soldats qui agiront au milieu des populations du territoire national soient ceux qui ont été ou seront engagés en opérations extérieures : auréolés par leurs aventures, ils en auront que plus de puissance. Pas d’Armées à deux vitesses ! Cela impliquera donc un sérieux renforcement de nos capacités d’interventions extérieures, tant celles-ci sont à bout de souffle. Enfin, gardons-nous de revenir sur les chemins du passé (service militaire, garde nationale, etc.) Néanmoins, ils nous indiquent des voies d’action!

Réinventer un rite de passage

Trop de filles et de fils de France au seuil de l’âge adulte sont aujourd’hui sans repères, en quête de sens et de reconnaissance ! La faute à la famille, à l’Ecole ? Pas seulement ! On oublie que le milieu local a une part non négligeable dans la socialisation de nos adolescents. Une politique de reconstruction de la cohésion nationale devra en conséquence mobiliser les élus locaux, de sorte que se réinvente au niveau local un rite de passage qui projette chaque génération dans la citoyenneté. Une génération, c’est peu ou prou 1% de la population : 100 jeunes de 17 ou 18 ans pour une collectivité de 10 000 habitants ! Que des finances et des énergies locales se concentrent sur chaque nouvelle génération de citoyens : qu’elle soit accueillie, accompagnée et initiée à la responsabilité durant un an et plus, qu’on salue son entrée dans la citoyenneté à l’issue de ce passage ! A cela, le militaire peut efficacement contribuer.

Des chantiers de la jeunesse

Il faut d’abord offrir à chaque nouvelle génération une expérience forte, qui, au seuil de l’âge adulte, lui donne le sens du collectif et de l’effort, lui inculque la solidarité et le respect de l’autre et qui, si nécessaire, socialise les plus marginaux.

Imaginons donc ces filles et fils de France constitués en unités locales mixant les origines, à raison de deux à quatre contingents par an, par exemple. Ils vivent une aventure collective, intense, durant un, deux, trois mois, par périodes ou non, en métropole ou dans les DOM-TOM, hébergés dans des casernes, dans des immeubles, dans des baraques Filiod, sous la tente, sur des navires désaffectés ou sur des bases de l’air. Ils sont encadrés par des militaires d’active ou retraités, par des réservistes. Aux Armées de concevoir, d’organiser et de conduire de telles expériences collectives. Aux élus locaux assistés d’énergies locales d’en jouer, en accueillant la nouvelle génération de citoyens, en négociant leur répartition dans ces « chantiers de la jeunesse », en organisant un tutorat qui les aide à se projeter dans l’âge adulte.

Une œuvre à accomplir

Dans la foulée, il faut offrir à ces futurs citoyens une œuvre à accomplir : une œuvre qui, selon leur éducation et leur choix, les responsabilise, dont ils soient fiers et qui leur procure une reconnaissance dans la proximité locale.

Aux institutions - dont l’Armée proposant ses ailleurs - aux associations d’offrir une diversité d’emplois à mi-temps ou à plein temps, sur six mois, un an et plus qui leur donne l’occasion, non pas seulement de servir, mais d’ œuvrer : au profit des plus démunis, des personnes âgées ou d’enfants en échec scolaire, de l’environnement, etc., dans les hôpitaux, à l’Armée_, dans la protection civile, sur le territoire national ou à l’étranger.

Ces offres d’œuvre seraient suscitées, recueillies, sélectionnées et répertoriées en inventaires par une direction nationale_ : Les collectivités locales seraient abonnées à ces inventaires. Là encore, c’est à leur niveau, dans la proximité du local que cette offre devrait être gérée. Aux élus locaux, d’organiser la rencontre de cette offre avec la demande de ces jeunes grâce à leur tutorat. Ils seraient en cela assistés d’aînés, d’adultes et de séniors bénévoles désireux de transmettre, de fonctionnaires locaux conscients de leur responsabilité et sélectionnés en conséquence. Ces tuteurs conseillent les futurs citoyens dans le choix de leur œuvre. Ils en suivent l’accomplissement, interviennent s’il le faut. Tout au long de leur parcours, ils aident cette génération nouvelle à se projeter vers demain. Ainsi tutorisée, celle-ci arrive à la fin de son rite de passage. Elle est alors présentée à l’emblème national, elle est saluée, reconnue dans la liesse locale. Comme hier, le salut du village aux conscrits !

Jouer de la force symbolique du militaire…

Face aux sentiments d’insécurité, aux dissensions ou aux marginalités délinquantes qui subvertissent plus ou moins l’idée républicaine, empruntons là encore les voies du passé. Ce fut en raison de la proximité du militaire avec les populations, en raison de sa force symbolique que les fondateurs de la IIIème République, lui conférèrent une fonction de cohésion nationale qui eut raison des mouvements qui, alors, s’opposaient radicalement à l’idée républicaine_.

C’est de cette force symbolique du militaire qu’il faudrait aussi jouer demain. Autour de la troupe, on s’attroupe, on se côtoie. Le redéploiement du militaire est bien sûr une affaire d’effectifs, mais pas seulement. Inventons ou réinventons des formes de désencasernement qui fasse vivre périodiquement nos soldats au contact ou au milieu des populations.

Que soit aménagé un temps d’errance dans l’activité de nos unités de combat. Qu’elles nomadisent, se déplacent à pied, bivouaquent sur l’autoroute, dans les agglomérations ou à leurs périphéries, lorsqu’elles vont en camp ou en centre d’entrainement !

Que nos unités soient mises au contact de ces gamines et gamins en déshérence. Elles sont envoyées dans des contrées lointaines pour « conquérir les cœurs et les esprits ». Plus facile à dire qu’à faire d’ailleurs ! Mais pourquoi ne pas tenter un tel défi dans ces zones dites « grises » de notre territoire que pénètrent si difficilement forces de sécurité, pompiers ou médecins. Imaginons compagnies, escadrons, batteries logeant dans des immeubles et s’y relevant périodiquement, si possible avec leur matériel. Elles se rassemblent au pied de l’immeuble. Sous le regard de la cité, elles vaquent à une instruction ou à des entraînements qui ne nécessitent pas d’installations particulières. Elles associent les jeunes à leurs activités, autant que faire ce peu. Au repos, les guerriers sont dehors, au bas de l’immeuble, ils conversent avec l’habitant, avec ses fils et ses filles. Aux élus locaux, là encore de jouer de cette présence, pour rassurer, pour organiser la rencontre entre le soldat et des jeunes que la violence guerrière ne laisse pas indifférents. Incidemment, ces unités renseignent, s’il le faut, elles s’interposent, soutiennent les forces de sécurité ou calment le jeu. Elles le font là-bas. Pourquoi pas ici ?

…Et de ses forces éducatives

Le service militaire adapté (SMA)_, l’Etablissement public d’insertion de la Défense (EPIDE)_, combinent les énergies de militaires et d’enseignants - les uns chargés de socialiser, les autres d’instruire Ils constituent autant de dispositifs dont la réussite est attestée. Pourquoi ne pas étendre systématiquement de tels dispositifs – voire des formules s’y apparentant - à des jeunes marginalisés ? Allons plus loin !

Imaginons d’offrir à de jeunes délinquants le choix d’être incarcérés ou de servir sous les drapeaux dans des unités dites « disciplinaires » (Oh, le vilain mot !). Leur insertion dans la vie active serait comprise dans le contrat. Ils seraient encadrés par des officiers et par des sous-officiers de qualité, d’active ou en retraite, rodés à la mobilisation d’énergies récalcitrantes.

Utopies ? Peut-être ! Il reste qu’il est de la responsabilité de nos élites politiques de penser dès aujourd’hui ce que pourrait être demain une politique de reconstruction de la cohésion nationale. Le militaire, s’investissant dans la cité au retour de ses expéditions lointaines, y apportant ses ressources sociales, symboliques, éducatives, devrait y contribuer. Qu’il soit d’active, de réserve ou retraité mobilisé par la soif de transmettre, il retrouvera alors, au quotidien, sa place dans la nation.

Auteur: André THIEBLEMONT (Février 2015)
Source: www.asafrance.fr

 

 

1 - En janvier dernier notamment, un sondage IFOP recueillait 80% d’avis « très favorables » (40%) ou « plutôt favorables » (40%) pour la « création d’un nouveau service national » de quelques mois, obligatoire pour les garçons et pour les filles Sondage IFOP pour Dimanche Ouest-France réalisé entre le 21 et le 23 janvier,

2 -  Voir notamment, Christophe Guilluy, La France périphérique, Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014 : Laurent Bouvet, L’insécurité culturelle, Paris, Fayard, 2015.

3 - On peut penser ici une formule de type « volontaire service long » qui permette au jeune volontaire de faire l’expérience d’une opération extérieure.

4 - La Direction centrale du service national  (DCSN) possède encore les méthodes et moyens techniques nécessaires.

5 - Ce fut par le militaire dont l’image était attachée au drapeau tricolore qu’à la longue les républicains obtinrent l’adhésion des populations à ce symbole qu’ils voulaient imposer à la France toute entière, alors que monarchistes et communards soutenus les uns par la paysannerie, les autres par le monde ouvriers radicalisaient leur opposition autour de leur emblème respectifs : le blanc et le rouge. Voir Jean-François Chanet. – Vers l’armée nouvelle. République conservatrice et réforme militaire, 1871-1879. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, p.248 et suiv.

6 - Dispositif d’insertion des jeunes en difficulté organisé dans les DOM-TOM qui est susceptible de déboucher vers un emploi

7 - Placé sous la triple tutelle des ministères chargés de l’emploi, de la ville et de la défense, l’EPIDE accueille et héberge de jeunes volontaires en difficulté dans ses dix huit internats.  Dans un cadre strict, l’établissement les socialise, les responsabilise et leur offre un parcours individualisé en vue de leur insertion dans la vie active.

 

 

 

 

 

Commentaires (1)
  • Jean-Bernard COMTE
    02 avril 2015 à 10:02 |
    Il faut que nos politiques redéfinissent les priorités et qu'ils soutiennent beaucoup plus notre Armée.
    On lui demande beaucoup de choses, beaucoup trop de choses, c'est là que nos élus s'aperçoivent de nécéssité d'une armée forte.
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