LIBRE OPINION de Hakim EL KAROUI : Pour les musulmans, s'inquiéter de l'amalgame n'est plus suffisant.

Posté le dimanche 22 novembre 2015
LIBRE OPINION de Hakim EL KAROUI : Pour les musulmans, s'inquiéter de l'amalgame n'est plus suffisant.

Les Français musulmans ne peuvent plus se contenter d'adopter une posture victimaire. Il faut combattre les idées salafistes.

 

Alors que les pires attentats qu'aient jamais connus Paris et la France ont été perpétrés vendredi 13 novembre, alors que l'état d'urgence est décrété, une nouvelle fois, les représentants des musulmans de France se lamentent, s'inquiètent de l'amalgame et se défendent de leur bonne foi. Cette posture ne suffit plus. Pour eux, comme pour l'ensemble des Français de confession musulmane.

 

Aujourd'hui, nous sommes face à nos responsabilités. Nous n'avons pas réussi à nous organiser par nous mêmes.

Par divisions incessantes, pesanteurs des pays d'origine, ego surdimensionnés, calculs politiques, l'islam de France est en jachère.

Nous avons laissé des Etats étrangers financer le culte musulman. Du coup, la plupart des imams en France ne sont pas français. Et le travail sur les textes pour contextualiser l'islam des origines et permettre son insertion sans heurt en France et en Occident n'a pas été fait.

Nous nous sommes cachés derrière des discours lénifiants et sympathiques (" l'islam est une religion de paix", " l'islam est l'ennemi de la violence ") incontestablement vrais, mais qui oublient que l'islam, c'est aussi ce qu'en font les musulmans. Et, notamment, les musulmans qui font le plus de bruit.

 

Nous avons laissé le poison de la salafisation des esprits se répandre. Par ignorance collective des textes sacrés, personne n'a été capable de répondre à leur propagande. Nous n'avons pas assez combattu l'idéologie djihadiste. Parce que des musulmans en étaient les premières victimes, nous pensions que nous étions exonérés de ce travail, de cette lutte. Et des jeunes se sont laissé séduire par des partisans de la mort au nom d'Allah qui jettent l'opprobre sur l'islam dans son ensemble et sur les Français de confession musulmane en particulier.

 

Aujourd'hui, nous sommes face à nos responsabilités. Et notamment ceux qui ont fait les meilleures écoles, suivi les plus beaux parcours, cru dans l'idée que la religion n'était qu'une affaire privée dans une République laïque. Eh bien non, c'est aussi une question publique. Malheureusement. Et c'est à notre génération, née en France, élevée et éduquée par l'école de la République, de prendre les choses en main.

 

Il faut sortir de la posture victimaire : " victimes de la colonisation ", " victimes des inégalités sociales ", "victimes des terroristes "… Nous ne sommes pas victimes. Nous ne sommes pas faibles. Nous sommes responsables.

La situation actuelle nous oblige. Il faut agir, agir, agir. Pour que l'islam de France fabrique une vision et des pratiques de l'islam compatibles avec la vie en France. Pour combattre enfin les fondamentalistes, et pas seulement les djihadistes, car c'est là que se joue le combat. Ce serait le plus beau service que la France pourrait rendre à l'islam.

 

 

 Hakim EL KAROUI

 

Source : Le Monde
Commentaires (1)
  • Christian LAPAQUE Lt-Cel (er)
    27 novembre 2015 à 08:48 |
    Merci pour votre article qui témoigne d’une grande sensibilité dans l’analyse, s’agissant de la place que doivent occuper les français de confession musulmane dans notre communauté républicaine. Il mériterait d’être complété du point de vue des valeurs que nous partageons pour faire fonctionner notre République.
    Nous avons avec la religion musulmane une longue histoire commune, et curieusement même dans notre période « coloniale », nous savions mieux dire notre République, son mode si particulier de fonctionnement aux musulmans dont beaucoup rêvaient de lui appartenir.

    Aujourd’hui nous avons parfois tendance à fuir notre histoire commune, à oublier les instants d’humanité qui nous unissaient pour ne retenir que nos malheurs communs.
    L’Emir ABD EL KHADER, grand croix de la Légion d’Honneur pour avoir avec ses « algériens » de Damas protégé la communauté chrétienne du Liban actuel, nous a donné à tous, sans trahir sa religion, une belle leçon d’humanisme face à une barbarie qui fît 10 000 victimes.
    C’est pourquoi, nous devons tous nous sentir coupables de voir des humains ainsi basculer dans la barbarie. Car c’est l’humanité qui est atteinte dans son existence. Nous ne pouvons pas accepter, ces entorses aux fondements de notre humanité.
    « Il est au contraire indispensable de brûler ses vaisseaux, de partir à la rencontre de ceux qui semblent le plus éloigné possible de nous-mêmes, afin de chercher ce qui, dans la nature humaine, est constant et fondamental. » Caude LEVI-STRAUSS
    Vous invitez les français de confession musulmane à faire eux-mêmes ce bout de chemin vers nos valeurs Républicaines, pour séparer ce qui relève de la transcendance de leur religion de ce qui relève du domaine de la République dont ils partagent avec nous la souveraineté, chacun également.
    Cela n’est possible que si nous affirmons ensemble ces valeurs pour les partager.
    * * *
    La République des Français traverse depuis plusieurs années une grande période de doute sur les valeurs qui fondent notre réunion .
    Or ces valeurs sont inscrites sur toutes nos mairies, affirmées à l’occasion mais pas toujours comprises, alors qu’elles sont connues et enviées dans le monde entier.
    LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Voilà l’objet de notre « réunion », voilà ce qui fonde la « race » française. Ce n’est ni la couleur de peau, de religion, de philosophie, c’est un problème de rapport aux autres, d’altérité, d’appartenance à une même humanité.
    Même lorsqu’il ne nous restait qu’un petit peu de France et de sa République à Londres en 1941 nous savions mieux le dire qu’aujourd’hui par le verbe du Général DE GAULLE, :
    Nous disons : "Liberté, Égalité, Fraternité," parce que notre volonté est de demeurer fidèles aux principes démocratiques que nos ancêtres ont tirés du génie de notre race et qui sont l'enjeu de cette guerre pour la vie ou la mort. Nous disons "Libération" et nous disons cela dans la plus large acception du terme, car, si l'effort ne doit pas se terminer avant la défaite et le châtiment de l'ennemi, il est d'autre part nécessaire qu'il ait comme aboutissement, pour chacun des Français, une condition telle qu'il lui soit possible de vivre, de penser, de travailler, d'agir, dans la dignité et dans la sécurité. Voilà l'article 3 de notre politique !

    Le monde entier vient de nous rappeler son amour de la France, la plupart des chefs d’état savent dire “Fraternité”, connaissent notre Marseillaise dans laquelle nous affirmons l’amour des nôtres, notre patriotisme.
    Nous sommes libres parce que nous portons chacun également la souveraineté de notre République, cette liberté ne comporte qu’une seule exigence, l’obligation de vivre en fraternité . C’est ainsi que chacun d’entre nous a apprit dans sa famille, dans les écoles de la République, dans les armées de la République, à partager cette valeur qui fonde le respect des idées, de la religion, de la philosophie des autres, là est l’originalité de notre race. C’est ce qui rend la France universelle. Ce sont ces valeurs que vous partagez.
    La fraternité des sages musulmans.
    Voici un dialogue entre Imam ALI (an 62 de l’hégire), le gendre de Mahomet et Imam Al Hassan le petit fils du prophète.
    L'Imam Ali : « Qu’est-ce que la fraternité ? »
    L'Imam al-Hassan : « C’est faire preuve de dévouement et de loyauté aussi bien dans les moments d’ épreuves que de paix. »
    Je ne souhaite pas rentrer en conflit avec vos sages et vous m’accorderez quelques difficultés pour contrôler la rigueur de la traduction, mais cette citation est tellement belle.

    C’est cette loyauté de chacun d’entre nous, qui fait que notre République est laïque parce qu’elle ne s’occupe pas de transcendance, que la loi ne dicte pas notre conscience, (et que nous n'aimons donc pas de ce fait les lois de repentance qui pour autant n'installent pas le pardon mais propage le victimaire que vous décrivez) et que personne ne peut contester au nom de sa religion, de sa philosophie, les lois de cette République des Français même dans sa pratique religieuse.

    Alors oui nous sommes coupables nous avons pensé l’œuvre achevée et qu’il était opportun d’en jouir. L’hédonisme du « bien vivre ensemble » nous convenait mieux que les exigences de la fraternité, qui pourtant est la seule vertu qui accroit nos libertés lorsque nous la partageons. Chacun pouvait ainsi organiser son périmètre de confort. D’ou la prolifération du communautarisme qui est la négation de nos principes républicains.
    Peut-être que certaines ont pu juger ce terme de FRATERNITE trop réducteur car trop masculin malgré son féminin était donc à éviter parce qu’il n ‘était pas possible d’écrire LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE, SORORITE dans notre devise. Car notre liberté de penser nous permet même de douter de la qualité de notre devise.
    Heureusement que la femme qui tient le poste de secrétaire perpétuel de l’Académie Française se fait appeler Madame le secrétaire perpétuel,
    pour nous rappeler que dans notre République même l’orthographe ne relève pas de la loi, pas plus que l’histoire, encore moins notre culture.
    Nous avons aussi pensé que les querelles entre le royaume de Dieu et celui de César étant achevées, les impétrants trouveraient naturellement leur place au sein de la République des français. Ce qui était parfois rendu difficile par certains qui utilisent la laïcité « républicaine » pour faire de l’espace public un espace uniquement incroyant et non pas pour tenir l’espace public à l’écart de la transcendance. C’est ainsi que nos libertés fondamentales sont piétinés par ceux qui s’en réclament.

    Or le monde musulman, comme vous le dîtes si bien, a des handicaps dans notre République, la séparation entre le temporel et le spirituel est à achever, la relation entre la religion et l’état pour être sans accrocs suppose que les responsables religieux soient français dans leur comportement (« loyaux » vis-à-vis de la République et ce même dans l’espace religieux).
    En effet comme notre République ne s’occupe ni de notre conscience ni de notre religion , nous pouvons affirmer celle-ci dans l’espace religieux réservé à chacun et porter notre religion dans l’espace public chaque fois que nous ne l’utilisons pas pour faire obstacle à la loi ou pour faire modifier les lois..
    De plus il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt, la religion musulmane a depuis longtemps été pratiquée sur notre sol, alors comment a t on pu refuser un « modus operandi » pour permettre aux musulmans d’y installer leur culte. C’est ainsi que l’on a ouvert la porte à toutes les dérives extrémistes. Les français ne sont pas aux services des lois ce sont les lois qui sont au service de leur République.

    Nous qui avions offert la Grande Mosquée de Paris à nos « morts pour la France » de confession musulmane pendant la 1° guerre mondiale manquions pour le moins de fraternité envers leurs petits-enfants.
    Nous qui avons offert le Marabout de CHASSELAY à nos Tirailleurs Sénégalais pour que personne ne puisse oublier la barbarie des nazies de la deuxième guerre mondiale, comment avons nous pu renier cette souffrance commune devant la barbarie.


    Nous sortirons vainqueur de cette épreuve. Pour ce faire une seule arme suffit: notre fraternité, celle qui fonde notre patriotisme, l’amour des nôtres, celle qui permet à nos soldats, à nos policiers, à nos gendarmes, de prendre des risques pour défendre nos valeurs. Celle qui fonde l’humanisme de notre communauté nationale, celle qui nous fait accepter les sacrifices humains et financiers.
    Si la France fait tant rêver c’est aussi parce que notre République est belle, alors affirmons le, et nous ferons reculer cette barbarie.
    Nous nous battons sur deux fronts face aux foyers de cette barbarie, avec des moyens militaires face aux territoires occupés par cette barbarie, avec nos valeurs républicaines pour rallier des français tentés par cette barbarie. Les français de confession musulmanes sont les mieux placés pour engager et gagner cette deuxième partie du combat.

    Une démocratie doit être une fraternité sinon c’est une imposture Saint-Exupery écrits de guerre 1942
Poster un commentaire

Vous êtes indentifié en tant qu'invité.