SERVICE NATIONAL UNIVERSEL : Macron en marche forcée. LIBRE OPINION de Jean GUISNEL.

Posté le mardi 20 février 2018
SERVICE NATIONAL UNIVERSEL : Macron en marche forcée. LIBRE OPINION de Jean GUISNEL.

Le chef de l'État veut remettre sur les rails son projet de service obligatoire, qui était un engagement de campagne. Jusqu'à présent la confusion règne... « Cela aura un coût, je ne pense pas qu'il soit prohibitif », a expliqué Emmanuel Macron à propos du service national universel qu'il veut mettre en place.  

À part le président de la République – et encore ! –, personne ne sait vraiment ce qu'il a en tête s'agissant du service national universel (SNU). Ainsi, les dix derniers jours ont été marqués par une incroyable cacophonie. La ministre des Armées Florence Parly a ouvert le bal en déclarant le 9 février que le futur SNU « n'aura probablement pas un caractère obligatoire, au sens où les gendarmes viendraient rechercher le réfractaire, mais ce sera un service qu'on cherchera à rendre attractif pour les jeunes afin qu'ils soient incités à le réaliser, à la fois pour eux-mêmes, pour ce qu'ils y apprendront et aussi pour ce qu'ils pourront donner aux autres ». Déclaration logique dans la bouche d'une ministre qui sait à quel point ce projet crispe les armées.

Deux jours plus tard, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb est désigné volontaire pour corriger le tir de sa collègue : « En indiquant pas obligatoire, la ministre a voulu dire pas punitif : elle n'a pas remis en cause sa vocation universelle, c'est-à-dire ayant vocation à concerner tous les jeunes. » Obligatoire, donc…

Dans le rapport d'information de l'Assemblée nationale sur le SNU, présenté avec une semaine d'avance le 14 février et dont Le Monde a publié la veille les conclusions, les députées Marianne Dubois (LR) et Émilie Guérel (LREM) proposent un service étalé dans le temps, sous la forme d'un « parcours citoyen en trois étapes », franchies entre 11 et 25 ans. Tout d'abord, au sein du collège, entre 11 et 16 ans, « un enseignement moral et civique renforcé » ainsi qu' « une semaine annuelle de la défense et de la citoyenneté (obligatoire) ». À 16 ans « un rite de passage » se substituerait à l'actuelle Journée de défense et de citoyenneté (JDC), soit durant une semaine en internat pendant les vacances scolaires, soit pendant une semaine dans le monde associatif. Et finalement, entre 16 et 25 ans serait prévue « une incitation à l'engagement, facultative, dans des dispositifs éprouvés : service civique, garde nationale, engagement associatif... » Mais les parlementaires estiment avoir travaillé dans de très mauvaises conditions ! Et elles sont furieuses…

« Mépris du Parlement »

Le rapport des deux parlementaires ne plaisant pas à l'Élysée, tout a été fait pour les gêner. Matignon a même refusé de leur communiquer le texte d'un autre rapport commandé en septembre à cinq inspections générales (administration, armées, finances, éducation, jeunesse et sports), qui se sont montrées très hostiles au SNU, à en croire les extraits publiés par Les Échos le 4 février. Selon le journal, la conclusion du document est assassine : « Les positions exprimées à ce jour sur le service universel d'un mois font ressortir d'importantes réserves tenant à la fois au caractère obligatoire de ce service, à l'importance des moyens matériels et humains à mobiliser pour accueillir et encadrer toute une classe d'âge, pendant plusieurs semaines, aux doutes exprimés sur la possibilité d'entretenir un résultat significatif, en un mois, au regard des objectifs affichés. »

Furieuse, la députée Marianne Dubois a lancé en public à Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la Défense de l'Assemblée : « On nous a mis des bâtons dans les roues. Il y a d'abord eu le fameux rapport inter-inspections (…) dont nous n'avons pas pu lire la moindre ligne. Il ne s'agit pas d'un mépris de l'opposition, puisque vous l'aviez vous même demandé, monsieur le président, sans plus de succès. Il s'agit donc globalement d'un mépris du Parlement. »

Reçu dans la soirée du 13 février par l'Association de la presse présidentielle, Emmanuel Macron est monté au créneau pour défendre son projet en plaisantant sur les réticences perceptibles dans l'ensemble des administrations civiles et militaires : « Je n'ai pas le sentiment qu'on ait voulu donner dans la clarté. » Et d'ajouter : « Ce service n'est pas un service militaire, même si j'ai souhaité qu'on puisse y prévoir l'ouverture à la chose militaire, c'est pour cela qu'il est national, et il est universel parce que je souhaite qu'il puisse être obligatoire. Sa forme pourra aussi être civique. L'idée n'est pas que ça dure un an, je pense qu'aujourd'hui, c'est autour du trimestre que les gens sont en train de réfléchir (...). La partie obligatoire elle-même n'est pas encore finalisée, mais je pense que ce sera entre trois et six mois. »
Tout en récusant l'idée d'un « service militaire à l'ancienne où il faut loger des gens pendant un temps donné loin de leur famille », le président a poursuivi : « cela aura un coût, je ne pense pas qu'il soit prohibitif », avant de conclure : « en termes de cohésion nationale, ça sera un vrai élément de transformation ».

 

Un général à la tête de la commission

Promis depuis quelques semaines, le groupe de travail chargé de mettre en musique le projet d'Emmanuel Macron a été dévoilé le 16 février et réuni le même jour à l'Élysée. Que l'on ne s'y trompe pas : ce groupe de sept personnes aura pour fonction de donner au président des arguments sur un projet irréalisable à ce jour, si l'on ne tient compte que des éléments rendus publics par Emmanuel Macron.

À ce stade, rassembler entre 600 000 et 800 000 jeunes d'une classe d'âge, pour une période obligatoire de 3 trois à 6 mois et pour un coût « non prohibitif », c'est dans le meilleur des cas une gageure… Laissant penser que les armées seront beaucoup plus impliquées que ce qui avait été annoncé jusqu'à présent, la présidence du groupe de travail a été confiée au général de brigade (bientôt général de division) Daniel Ménaouine, qui fut notamment chef d'état-major de la Minusma au Mali. Nommé le 1er septembre dernier général « adjoint cohérence » du général commandant des forces terrestres, il a été affecté le 14 février comme chargé de mission au secrétariat général pour l'administration. À ses côtés siégeront six personnes aux profils originaux, qui vont devoir définir les contours de l'usine à gaz :

- Juliette Méadel, ancienne secrétaire d'État à l'Aide aux victimes (de février 2016 à mai 2017), fervent soutien d'un service civique obligatoire, idée reprise dans le programme de Manuel Valls pour la primaire socialiste ;

- Thierry Tuot, ancien directeur général du Fonds d'action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles, auteur en 2013 d'un rapport sur la refondation de la politique d'intégration ;

- Kléber Arhoul, préfet, est depuis octobre 2015 le coordinateur national pour l'accueil des migrants en France ;

- Emmanuelle Pérès est depuis 2011 déléguée générale de la Fédération de la formation professionnelle ;

- Guy Lavocat, passé par l'école de management de Saint-Cyr, explique sur le site de son entreprise avoir contribué à la création d'une école spécialisée dans les ressources humaines pour l'armée afghane et au projet de création d'une école de Saint-Cyr au Qatar.

- Marion Chapulut est présidente de CitizenCorps, une association fondée en 2015 qui veut « permettre aux adolescents de prendre confiance en eux et en leur capacité à changer les choses », en « mêlant approches éducatives hors des murs de l'école et pratiques ludiques, sportives et artistiques » pour proposer « une approche inspirante et nouvelle à la jeune génération. »

 

Jean GUISNEL
(Le Point)

Site de rediffusion :  www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr

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