LIBRE OPINION de Jean-Pierre ARRIGNON : Le 13 novembre 2015: une date à retenir.

Posté le samedi 21 novembre 2015
LIBRE OPINION de Jean-Pierre ARRIGNON : Le 13 novembre 2015: une date à retenir.

L’attentat tragique qui a frappé la France en ce vendredi 13 novembre, nous a brusquement plongés dans une situation nouvelle et inimaginable : l’état de guerre. Prise de conscience brutale qui a généré la décision rapide et judicieuse de placer le pays en « état d’urgence » pour une durée de trois mois et le retour de la surveillance des frontières.
Pourquoi Daesh a-t-il frappé la France en ce temps et en ces lieux ? Quelles conséquences peut-t-on en tirer ?

Des attentats ciblés

La France est le pays de l’Union européenne qui s’est depuis longtemps le plus engagé dans la lutte contre le terrorisme et ses multiples nébuleuses tant en Afrique, Mali, Centre Afrique qu’en Syrie et en Iraq. Pour les djihadistes, la France est considérée comme le pays symbole de la civilisation qu’ils rejettent, de cet occident qu’ils méprisent ; par son histoire, la France est porteuse du concept philosophique des Lumières, concept qu’ils refusent car il fait de la Raison la condition de la Foi ; par son présent, la France développe une société libertaire, ouverte à toutes les mutations de notre société, ce qu’ils rejettent. Ce n’est pas un hasard qu’ils se soient attaqués au stade de France, à la terrasse d’un café et surtout, au Bataclan, salle de spectacle qui accueillait le groupe américain de rock Eagle of Death Metal, lieux symboles de nos sociétés. Par ce carnage dans ce dernier, ils frappaient les deux principaux protagonistes de la lutte contre Daesh, les Etats-Unis et la France.

Ces attentats ont pour stratégie la volonté de porter la guerre au cœur des pays qui les combattent et ce, d’autant plus que sur le terrain des territoires contrôlés par le Califat, la situation militaire se dégrade rapidement : non seulement, les Kurdes, assistés par la coalition, ont conservé la ville syrienne de Kobané, mais de plus, en Irak, ils ont perdu la ville stratégique de Sinjar. Enfin, l’entrée de la Russie dans la coalition a considérablement dynamisé les frappes par ses missiles et ses bombardiers stratégiques : en quelques semaines d’intervention la Russie a mené plus de 2 000 frappes, visant Daesh mais aussi les autres groupes djihadistes comme al-Nosra émanation d’Al Quaida en Syrie. Par ces actions, la nébuleuse djihadiste est déstabilisée et les cibles sont bien les centres de commandement, d’entrainement et de communication mais aussi et enfin les cibles économiques, en bombardant les puits de pétrole et en détruisant notamment les camions citernes qui véhiculent le pétrole syrien en Turquie, pétrole dont la vente lui a assuré un pactole de plus de 5oo millions d’euros  ! L’entrée des Russes dans le conflit et les attentats de Paris ont changé la donne géopolitique.

La grande coalition l’article 42-7 du Traité de l’Union

La France qui a toujours soutenu l’idée de constituer une grande coalition contre l’ennemi commun, a retrouvé ses alliés traditionnels dans la guerre. Le thème d’ « Union sacrée » lancée par le Président Poincaré lors de la première Guerre mondiale reposait sur l’alliance franco-russe dont le rôle a été redécouvert à l’occasion des manifestations du centenaire ; lors de la Seconde Guerre mondiale, chacun sait le rôle déterminant de l’Union soviétique dans la victoire sur le nazisme ; la France, aujourd’hui menacée, retrouve à ses côtés la Russie dans cette lutte contre l’ennemi commun Daesh. La France renoue avec son histoire et retrouve son allié traditionnel ! Cette dynamique engendrée par la situation, a connu un développement fort avec le recours par la Présidence française à l’article 42-7 du Traité de l’Union européenne qui stipule que lorsqu’un pays de l’Union européenne est attaqué « les autres Etats membres doivent lui apporter aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations Unies ». La France n’a pas sollicité l’article 5 du traité de l’OTAN qui prévoit aussi le soutien et l’aide à tous ses membres en cas d’attaque d’un pays membre. Cette décision est majeure. Pour la première fois, face à un danger immédiat, l’Union européenne est appelée à faire bloc en dehors de l’Otan sous commandement américain. Le geste est signifiant. L’Europe doit à terme assumer elle-même sa défense, appuyant ainsi la proposition de M. Junker de créer une armée européenne ! Certes, cela prendra du temps, mais l’Europe s’est mise en marche et cela est essentiel. En outre, cette nouvelle donne permet à la Russie de rentrer dans le jeu géopolitique, comme « alliée » de la France contre Daesh et, comme partenaire pour trouver une solution politique à la crise ukrainienne. En ce sens, le 13 novembre 2015 ouvre incontestablement une nouvelle étape dans la construction européenne ; à nous de la comprendre et de la faire avancer.

 

 

Jean-Pierre ARRIGNON
Professeur agrégé spécialiste de la Russie
Délégué de l’ASAF

Source : Jean-Pierre ARRIGNON
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