LIBRE OPINION de Luc RAVEL, évêque aux Armées : dire la naissance de la France

Posté le jeudi 16 juillet 2015
LIBRE OPINION de Luc RAVEL, évêque aux Armées : dire la naissance de la France

A force de douter de tout, on finit par ne plus croire en rien. Il en va de la France comme du reste. Au fond, la France existe-t-elle ? N’est-elle pas un songe fabriqué par nos sommeils pour nous éloigner du présent, de sa composition multiple, de ses courants divers ? La France, n’est-elle pas une invention bricolée par des nostalgiques d’un temps qui n’a jamais existé ?

A ces questions, extrêmes mais présentes aujourd’hui, il faut répondre. C’est à dire qu’il faut parler. Le silence ne suffit plus, fût-il réprobateur.

Pour dire la France, il convient d’abord de redire simplement ce qui est et ce qui fut. Ce qui est au plus près de l’évidence et ce qui fut au plus près de l’histoire. C’est là une très claire mais très âpre tâche. Tâche difficile parce qu’on ne peut plus dire ce que l’on voit à cause du politiquement correct ; et on ne veut plus voir ce que l’on voit à cause de l’idéologiquement suspect.

La tâche de voir et de dire la France, dans sa naissance par exemple, implique la rigueur. Nous ne renoncerons jamais à la rigueur. J’en appelle à la rigueur la plus stricte. J’oserai même dire : s’il y a doute, affirmons le minimum. Ne nous laissons pas emporter par un lyrisme démodé sur notre pays. Les faits sont suffisants. Ne les craignons pas en y rajoutant.

Par exemple, pour ce qui fut : la rigueur historique écrème l’histoire en la décontaminant des excès « légendaires ». Nous les abandonnons volontiers, même si leur fausseté n’est pas toujours assurée. Encore une fois : dans le doute et face à des idéologies qui ne nous passeront rien, nous abandonnons les faits mal attestés, nous renonçons par avance aux approximations. Mais ce qui reste suffit amplement. Surabondamment.

Intéressons-nous à la naissance de la France. Appliquons-lui la rigueur de l’histoire.

La France est-elle née un jour et Clovis y est-il pour quelque chose ? Qu’on renonce au  vase de Soissons est une chose, qu’on jette aux oubliettes le baptême de Clovis en est une autre. Or si la France est une vocation, une histoire et un destin, elle est aussi et avant tout une naissance. N’existe que ce qui est né. Pour être quelque chose ou quelqu’un, il faut naître comme une entité en soi, une réalité autre que toutes celles qui préexistent à elle : un enfant vient de ses parents mais, par sa naissance, il existe et vit comme un individu différent.

Le très savant « Dictionnaire encyclopédique du Moyen Age » (édition du Cerf, 1997) dans son article « Clovis » ne laisse aucun doute : «  Les dernières années de Clovis virent l’annexion au prix du sang des royaumes francs de Gaule du Nord qui subsistaient encore, ce qui lui permit enfin d’être dénommé « roi des Francs ». Le roi légiféra également, faisant notamment rédiger la première version de la Loi salique. Quelques mois avant sa mort, il réunit à Orléans en juillet 511 un synode des évêques de Gaule qui présida à la naissance de l’Eglise mérovingienne. Le roi mourut à la fin de l’année il laissa à ses fils le plus puissant royaume barbare d’Occident et, qui plus est, son premier Etat catholique. » Le même article conclut : « C’est donc à juste titre que Clovis, dont le peuple a donné son nom à la France, mérite d’être considéré comme son lointain fondateur et son premier roi. »

Par Clovis, la France naît et naît comme un Etat catholique. Si Clovis se fait couronner à Tours, en 508, ce n’est pas pour des raisons politiques mais parce que Saint Martin y est enterré. S’il choisit Paris comme capitale, ce n’est pas « pour des raisons stratégiques (d’autres villes avaient une plus grande importance militaire) mais vraisemblablement en raison du lieu de la sépulture de sainte Geneviève (sans doute morte en 502), dont les liens avec la dynastie franque naissante avaient été si étroits. ». Nous le savons, Clovis et Clotilde voulurent être enterrés à côté d’elle.

On peut toujours mettre en doute la conversion de Clovis à la bataille de Tolbiac. On ne peut pas douter de son baptême par saint Remi à Reims, très probablement en 496. Le père de Clovis, Childéric, avait lui-même noué des liens stables avec l’évêque Remi et sainte Geneviève. Qu’on soupçonne des volontés politiques derrière ces relations ou cette conversion ne fait que confirmer l’affaire : le lien étroit entre la naissance d’une nation, c’est l’aspect politique, sa terre, c’est l’aspect géographique, et la foi catholique, c’est l’aspect religieux.

En revenant à la naissance de la France, nous répondons à la première question humaine : d’où vient-elle ? La réponse éclaire et soulage comme le terme atteint d’une quête des origines conduite par un enfant orphelin. Mais nous scrutons aussi sa conception : parler de Clovis et de Clotilde, c’est transcrire l’ADN de la France. C’est établir son code génétique. L’histoire d’un homme le façonne mais sans jamais supprimer cette donnée fondamentale, ce patrimoine qui porte sa liberté.

Depuis Clovis, quinze siècles mouvementés enrichissent la France. Doit-on pour autant lui faire renoncer à son origine ?

 

Source : Luc RAVEL Evêque aux armées
Commentaires (4)
  • Bertrand de Lapasse
    30 juillet 2015 à 17:17 |
    Monseigneur, c'est avec beaucoup d'intérêt que je lis votre article et je vous remercie d'y rétablir des évidences que beaucoup voudraient voir s'effacer.
    Permettez-moi, je vous prie, deux réflexions qui me viennent à l'esprit à sa lecture.
    Ma première pensée ne touche pas le fond exprimé avec justesse, mais plutôt la forme. Comme vous le soulignez au début de votre intervention, le politiquement correct stérilise la liberté d'expression et réduit ceux qui détiennent la Lumière à faire des efforts, pour ne pas dire des effets de style, pour exprimer des vérités sans que cela leur soit préjudiciable. Quel paradoxe, n’est-ce-pas ? Voilà un exercice qui oblige l'auteur à être factuel, donc précis pour dire le vrai, mais cependant le contraint, pour ménager quelques penseurs ou soi-disant penseurs, à ne pas utiliser des mots qui fâcheraient. En somme, le bon n’a pas plus de valeur que le mauvais, sans doute au nom d’une Egalité qui subordonne dès lors la liberté. France pays de La Liberté, comme osent le prétendre ces mêmes penseurs ou soi-disant penseurs, où est cachée la liberté d'expression? Je pense que cette restriction est fondamentalement perverse et si je puis dire pour faire court, républicaine, car ce « politiquement correct » que vous évoquez est bien une expression qui ne vient ni de Clovis, ni de ses plus glorieux successeurs qui ne supportaient pas, pour le bien commun, que l’erreur se diffuse.
    D’où ma deuxième remarque justifiée par l’accent que vous mettez à parler de la rigueur de l’histoire dans laquelle, en définitive, on nous retranche. Malheureusement, du moins je pense que vous en conviendrez, le peuple français est devenu un peuple cartésien. Il faut prouver. Qu’est-ce que cela implique ? La Raison cette fameuse déesse, pour le moins un miroir aux alouettes et en réalité une diablerie, la Raison supplante la Foi.
    Avant la Révélation, principalement dans la philosophie Hellénique, la raison a permis à l’Homme, par son seul mérite intellectuel, de comprendre que le monde n’était pas le fruit d’un hasard, mais l’œuvre d’un seul Créateur : le « Noûs » d’Anaxagore en fut le principe. Mais depuis la fin de la Révélation, la raison n’a pour ainsi dire plus qu’à «comprendre » ce qui a été révélé, cette parole de Vérité dont vous êtes un des flambeaux ; car la Foi doit être le moteur de notre vie, de notre âme de notre esprit et même de notre corps. On pourrait dire que comme peu d’hommes étaient capables d’aboutir aux mêmes et saines conclusions des raisonnements purs d’Anaxagore, Socrate, Platon, Aristote, il valait mieux dans sa Miséricorde, qu’Il nous mâche le travail.
    La rigueur à laquelle vous faites appel, pourrait dispenser l’adversaire d’un jugement téméraire ou d’une critique acerbe, certes, cependant elle est bien trop réductrice ; la controverse, quelle qu’en fut l’issue, restait une controverse, un dialogue fécond. La rigueur invoquée rend muet car son périmètre est cadré. C’est bien l’orgueil de l’Homme moderne d’imaginer que sa raison est apte à tout comprendre et que la créature est, si ce n’est au-dessus, au moins égale au Créateur. Pour satisfaire cet orgueil, il faut s’infliger des barrières de réflexions raisonnables et rigoureuses ? Pourtant, le Mystère de l’Incarnation, celui de la Rédemption ou de la Sainte Trinité, si peu accessibles pour l’Homme, ne sont pas contraires à la raison, ils en marquent la limite et alors la Foi ouvre les frontières de LA Liberté, car seul Dieu rend libre ; ce qui n’est pas de Dieu est le péché, votre ministère et notre misère, vous en montrent les chaînes.
    Monseigneur, proclamez sans circonvolutions imposées, faites briller sans retenue aux yeux des « grands-esprits », hélas aveuglés, la Lumière que vous possédez par la Force du Saint-Esprit. Vous êtes l’Eglise enseignante et pas uniquement historien méticuleux et charitablement soucieux de cela. Vous savez bien que « quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage », or plus vous vous plierez aux dictats du politiquement correct et de la rigueur historique pour convaincre en toute charité, moins vous disposerez d’arguments et moins ces juges auto-proclamés vous respecteront.
    L’athéisme et la laïcité, ces plaies des temps modernes, sont fondamentalement une insulte à la Raison, à l’Intelligence et à l’Amour. Le Père Garrigou-Lagrange illustre parfaitement ce propos : « L’Eglise est intolérante parce qu’elle croit, et elle est tolérante parce qu’elle aime ; ses ennemis sont tolérants parce qu’ils ne croient pas et intolérants parce qu’ils n’aiment pas. »
    Monseigneur, s’il est quelque chose dont la France a été privée il y a deux cents ans, c’est la Confiance. Se confier, quel beau verbe !!! Plein de subtilités et d’amour. Cette confiance dans laquelle le Christ nous attend, les bras en croix depuis 2000 ans. Soyez libre, transmettez, enseignez Monseigneur, membre de l’Eglise enseignante, Evêque aux Armées (quels titres et quelles responsabilités), alors ils vous croiront comme nous vous croyons, avec confiance.
    Soyez assuré, Monseigneur de mes prières filiales.
    Bertrand de Lapasse
    Ancien officier de Cavalerie
  • BAUDOT
    31 juillet 2015 à 09:34 |
    Frank Reich disent les allemands qui n'ont été réunifiés qu'en 1871 (traité de Versailles, Galerie des Glaces), 10 ans après les italiens....
  • Galteau
    31 juillet 2015 à 17:07 |
    Oh non Monseigneur, la France n'est pas que le songe de quelques nostalgiques. Elle mérite certes mieux que ce que l'on peut en lire ou entendre des médias ou des politiciens, mais reste la fierté d'appartenir à une très belle tradition national et chrétienne, dont les tenants finiront bien par être entendus quand sera passée la mode de ne glorifier que notre si sanglante révolution et le pacifisme stupide d'un Victor Hugo, grand écrivain, hélas. Cela prendra encore bien des années, mais notre histoire chrétienne finira bien par reprendre sa place.
  • Piere SEMENT
    31 juillet 2015 à 18:15 |
    Bravo Monseigneur de nous dire la Vérité !
    Elle est vraiment la terre ferme sur laquelle nous pouvons poser le pied.
    Quand je pense à toute cette énergie à tout ce temps gaspillés pour nous l'épargner, je ne puis que m'en attrister.
    Je sais qu'il lui faut beaucoup de temps pour percer tous les bayons qui lui sont posés pour ressurgir jusqu'à nous, je ne puis que m'en réjouir.
    Pierre Sément
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