LIBRE OPINION DE Michel CABIROL : Budget défense, ce que veut le général Pierre de Villiers

Posté le vendredi 24 mars 2017
LIBRE OPINION DE Michel CABIROL : Budget défense, ce que veut le général Pierre de Villiers

Le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, vise un effort de défense à hauteur de 2% du PIB en 2022. Soit 42,5 milliards d'euros (en euro constant de 2017). (Crédits : Reuters) Le chef d'état-major des armées souhaite une hausse de près de trois milliards d'euros en 2018. Entre 2018 et 2022, il vise une augmentation de 10 milliards d'euros pour parvenir à un effort de défense à hauteur de 2% du PIB

C'est clair et net. C'est d'ailleurs clairement adressé "sans ambages" et avec "franchise" aux candidats participant à l'élection présidentielle. Le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, a réaffirmé lors d'une conférence sur "les industries de défense, un atout pour l'économie ?" organisée mercredi par le Cercle des économistes, que les armées avaient besoin d'un effort de défense à hauteur de 2% du PIB en 2022. Soit 42,5 milliards d'euros (en euro constant de 2017, a-t-il précisé) contre 32,7 milliards en 2017. Le général Pierre de Villiers y inclut les surcoûts des opérations extérieures (en moyenne 1,3 milliard par an ces dernières années) et les pensions.

Le chef d'état-major des armées veut également une loi de programmation militaire (LPM) votée très rapidement. Au plus tard au premier semestre 2018. Elle devra couvrir la période 2018-2023 pour coller au plus près du quinquennat du futur président.

Quelles dépenses ?

Pourquoi une hausse de 10 milliards en cinq ans ? D'une part, la menace terroriste reste à un niveau très haut et la guerre sera longue, très longue pour vaincre cet ennemi. La réémergence des Etats puissances, comme la Russie, inquiète également. D'autre part, le modèle militaire français, qui est "complet" et "répond bien" actuellement, selon le chef d'état-major des armées, s'use plus vite que prévu. Car la multiplication des contrats opérationnels des armées "supérieurs de 30%" par rapport aux prévisions du livre blanc et le vieillissement accéléré des équipements en opération extérieures (OPEX) ne permettra pas à la France de tenir ses engagements. Le général de Villiers a rappelé que la France était la deuxième nation occidentale derrière les Etats-Unis à avoir le plus de militaires sur des théâtres extérieurs.

"Il faut inscrire une hausse des contrats opérationnels des armées à la mesure de ce que nous faisons actuellement", a estimé le chef d'état-major des armées.

En outre, la hausse du budget de la défense servira à combler les trous dans la raquette en termes de capacités (avions-ravitailleurs, avions de transports, moyens ISR...) et à moderniser la dissuasion française, clé de voute de la doctrine de défense française. Le renouvellement des deux composantes de la dissuasion exige de passer de 3,5 à 6 milliards par an à l'horizon 2020. Enfin, elle résoudra le problème des effectifs avec 2.500 militaires par an en plus sur la période.

Hausse des dépenses militaires dans le monde

2018 est une année clé pour le chef d'état-major des armées (CEMA), qui travaille depuis plus de trois ans main dans la main avec le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Il souhaite une augmentation du budget de la défense d'un peu moins de trois milliards par rapport à 2017 (contre 800 millions prévus actuellement), dont un milliard pour les OPEX. Soit 35,5 milliards d'euros. Puis, il vise une croissance du budget de deux milliards par an jusqu'en 2021. Soit 39,5 milliards en 2020, et, enfin, 42,5 milliards en 2022. Il a confié que cette montée en puissance était en cours de chiffrage au ministère de la Défense.

Une augmentation raisonnable par rapport à certaines hausses des dépenses militaires dans le monde. "Le monde réarme", a rappelé le général de Villiers. Ainsi, la Chine a fait croître son budget de 7% pour le porter à 143 milliards d'euros. Plus fort encore, les États-Unis de Donald Trump vont augmenter de 9% le budget de la défense en 2018. Soit la bagatelle de 54 milliards d'euros supplémentaires pour le Pentagone, dont le budget va culminer à 639 milliards de dollars. Plus près de la France, onze États de l'Union européenne ont déjà augmenté leur budget de défense, entre 2013 et 2014 (Autriche, Belgique, Danemark, Estonie, Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Slovaquie et Suède). L'Allemagne a promis d'aller vers des dépenses de défense à hauteur de 2% de son PIB.

Un budget de défense allemand à 65 milliards

D'ores et déjà, l'Allemagne a décidé faire bondir de 8% son budget de défense entre 2016 et 2017. Il va augmenter de plus de 2,7 milliards d'euros par rapport à celui de 2016, passant de 34,28 milliards l'an dernier à 37 milliards d'euros cette année. Sans avoir de surcoûts OPEX et sans dissuasion. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a annoncé que le budget allemand de la défense augmenterait de 1,4 milliard pour atteindre 38,5 milliards d'euros en 2018, soit 1,26% du produit intérieur brut. En 2016, ce pourcentage était de 1,18%. Durant sa visite à Washington, Angela Merkel a réitéré que l'objectif était bien d'atteindre 2% du PIB vers le milieu de la prochaine décennie.

Ce qui ne passe pas inaperçu à la direction générale de l'armement (DGA). Le délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon a estimé lors de cette conférence que ce réarmement allemand "mérite notre attention". Et d'indiquer qu'un effort de défense de 2% du PIB équivaut en Allemagne à 65 milliards d'euros. Loin, très loin des 42,5 milliards en France. "Il va falloir s'accrocher aux wagons allemands", a estimé Laurent Collet-Billon.

 

Michel CABIROL


 

Source : La Tribune
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