LIBRE OPINION : Guerre en Irak : 2003 – 2014, même combat ?

Posté le mardi 30 septembre 2014
LIBRE OPINION : Guerre en Irak : 2003 – 2014, même combat ?

FigaroVox: Après la décapitation d'Hervé Gourdel et alors que les bombardements de la coalition contre l'Etat islamique se poursuivent, certains intellectuels ou politiques mettent en garde contre les conséquences potentielles de l'intervention armée se fondant souvent sur le précédent de la guerre d'Irak de 2003. Le contexte est-il vraiment le même aujourd'hui? Quels sont les points communs et les différences?

Arnaud DANJEAN: Nous sommes dans des situations totalement différentes. L'aventure militaire unilatérale américaine de 2003 contre un État, l'Irak, s'inscrivait dans une logique idéologique, néo-conservatrice, avec le but de remodeler le Moyen-Orient. Sans bases légales internationalement et en falsifiant des faits sur la prolifération supposée des armes de destruction massive. Aujourd'hui, les actions militaires en Irak sont sollicitées par l'Etat irakien lui-même, au nom d'un principe de légitime défense face à une menace terroriste qui confère donc une vraie légitimité internationale. C'est ce qui explique aussi la participation active d'Etats, comme le notre et des pays arabes, qui s'étaient abstenus ou opposés en 2003.

Si l'histoire a montré que la France avait eu raison de s'opposer à l'intervention américaine en Irak en 2003, face au nouveau désordre mondial créé par celle-ci ainsi que face aux effets collatéraux des printemps arabes, faut-il désormais intervenir?

A.D. Il faut appuyer et s'appuyer sur des forces locales plus que d'intervenir massivement nous-mêmes. Oui car il s'agit d'un contexte radicalement différent et la défense de nos intérêts, au-delà même des appels des Irakiens, nous commande de ne pas rester en dehors de ce combat. Même s'il ne faut ni s'illusionner sur l'efficacité de l'action militaire (ça ne suffit jamais contre le terrorisme) ni reproduire les erreurs commises par le passé (notamment le sentiment «néo-colonisateur» qui a pu entacher certaines interventions sur la durée, en Irak et en Afghanistan). Il faut donc appuyer et s'appuyer sur des forces locales plus que d'intervenir massivement nous-mêmes.

L'absence de réaction militaire du mode occidental serait-elle interprétée comme de la faiblesse?

A.D.Oui, bien sûr, même si le terrorisme, ce combat asymétrique, se nourrit de nos réactions militaires. D'où l'importance de favoriser des forces locales et de ne pas se limiter à des actions militaires, de toutes façon insuffisantes sur le moyen/long terme. Ainsi en Irak même, il faut bien sûr aider les combattants kurdes et irakiens (livraisons d'armes, formation et frappes aériennes) mais la clef politique rester le ralliement des tribus sunnites à une gouvernance qui serait réellement multi confessionnelles pour «assécher» le soutien local aux terroristes. Le choc des civilisations, c'est l'objectif des terroristes pour «globaliser» leur combat. C'est un piège. Pour l'éviter, il faut être à la fois être intransigeants sur nos principes et valeurs démocratiques, et travailler avec les pays musulmans qui rejettent cette logique de polarisation extrême.

Le risque est-il de se laisser entraîner dans un choc des civilisations?

A.D. Cette interrogation et ce risque existent depuis des années, à chaque «pic» de tension. Et nous sommes assurément dans une période sensible, mais pas totalement inédite. Souvenons-nous de 2001! Le choc des civilisations, c'est l'objectif des terroristes pour «globaliser» leur combat. C'est un piège. Pour l'éviter, il faut être à la fois être intransigeants sur nos principes et valeurs démocratiques, et travailler avec les pays musulmans qui rejettent cette logique de polarisation extrême (au premier rang desquels les Émirats Arabes Unis -moins ambigus que nombre de leurs voisins du Golfe, l'Egypte ou encore la Jordanie)

Auteur : Arnaud DANJEAN

Député européen

Source le Figaro

 

Source : Le Figaro
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