LIBRE OPINION : La séduction du Reaper

Posté le dimanche 15 mars 2015
LIBRE OPINION : La séduction du Reaper

 

Les succès qu'enregistrent General Atomics en Europe avec la vente d'un système de quatre drones aux Pays-Bas, la négociation en cours de trois nouveaux Reaper pour la France et l'écrasante supériorité de la proposition faite à l'Espagne ne s'expliquent pas seulement par les attraits de l'offre commerciale ou technique, mais par une véritable stratégie de séduction des opérationnels, déclinée à tous les ni veaux de la chaîne hiérarchique. Acheter un Predator offrira, d'ici quelques semaines, aux partenaires européens la possibilité d'intégrer un club d'utilisateurs où seront capitalisées les meilleures pratiques et retours d'expériences.

 

Un drone qui est administré par l’US Air Force


Mais alors que cet outil marketing est en général à l'initiative des industriels, ce dernier est directement administré par l'US Air Force, car le Predator n'est pas qu'un simple vecteur, il est avant tout l'instrument d'une doctrine et d'une chaîne de commandement que le Pentagone cherche à imposer à ses alliés. Les opérations américano-britanniques en Irak permettent d'avoir une petite idée des procédures véhiculées au sein de ce futur club d'utilisateurs.

Rapatriés d'Afghanistan pour l'Irak en octobre dernier, les Reaper britanniques superposeraient au sein d'une même mission plusieurs sous-missions tactiques, opératives, ou stratégiques, allant de la surveillance (Imint, Sigint, Gmti) adverse ou alliée (force protection), du Damage Assessment temps réel en support aux opérations de frappes aériennes, jusqu'à la désignation ou la neutralisation d'objectifs d'opportunité, afin de minimiser l'usage des commandos au sol.

 

Le Reaper un élément d’un système global de renseignement au profit de l’US Air Force

 

Mais le cœur du système Reaper repose plus sur le concept de centres d'opérations combinés et sur ses experts que sur ses machines.
Un équipage Predator est désormais composé d'une dizaine de membres. Si deux sont dédiés au pilotage, sous l'autorité d'un commandant qui gère toutes les phases de la mission et l'emploi du système d'armes, le reste des membres forme un “back-end crew” composé de “sensors managers” en charge de l'exploitation des données des différents capteurs, mais aussi d'analystes qui consolident la perception de la menace par l'exploitation des renseignements issus d'autres plates-formes ISR dédiées du dispositif allié (avions sigint, chasseurs dotés de pods de reconnaissance, satellites…).
Chaque mission devient donc une opération de renseignement combinée en propre, et dont la durée n'est plus limitée à la capacité d'autonomie du drone. En effet, l'US Combined Operation Air Operations Center assure la coordination entre eux des centres d'opérations des différents théâtres et gère au-dessus de l'arc de crise (Afghanistan, Irak, Yémen, Somalie et Libye) plus de 60 « hippodromes » de surveillance sans interruption. En fonction du degré d'urgence, chaque « hippodrome » est susceptible de venir relayer ou appuyer un périmètre de surveillance voisin.

 

Les nations européennes de plus en plus dépendantes des Etats-Unis

 

Si le Reaper constitue un multiplicateur de force sans précédent en termes de renseignement et d'appui aux opérations, les coûts suscités par les standards qu'il impose, et la dépendance initiée à l'égard de l'US Air Force — en raison du refus par celle-ci de fournir aux utilisateurs non américains les systèmes de fusion de données dont elle est propriétaire —, doivent inviter plus que jamais les opérationnels et les politiques européens à sécuriser la totale maîtrise de ce drone comme l'autonomie de la décision qui en découle.

 

Source TTU
(intertitres de l’ASAF)

 

Source : TTU
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