LIBRE OPINION : Onze satellites militaires et un esprit spatial à répandre dans les armées pour le CIE, le commandement interarmées de l'espace

Posté le vendredi 05 juin 2015
LIBRE OPINION : Onze satellites militaires et un esprit spatial à répandre dans les armées pour le CIE, le commandement interarmées de l'espace

Peu médiatisé et seulement créé depuis 2009, le commandement interarmées de l'espace (CIE) entend marquer son territoire. Inversement proportionnel dans les armées à la taille du champ d'opérations. Au détour d'un lancement d'Ariane 5 mercredi 27 mai à Kourou, nous avons rencontré le général de brigade aérienne Jean-Daniel Testé, le CIE depuis l'été 2014. L'ancien utilisateur de la DRM est désormais le maître d'œuvre des satellites militaires français...

On considère au CIE consacré environ 60 % de l'activité pour la préparation de l'avenir et les programmes futurs et 20 % pour les opérations (le reste en relations internationales et formations). Cela peut paraître peu mais c'est la Direction du renseignement militaire (DRM) qui se charge du gros du boulot, l'analyse des résultats. Le CIE apporte son soutien aux opérations par le biais d'un officier de liaison basé au CPCO (Centre de planification et de conduite des opérations) et par le travail de coordination. Même si la DRM hiérarchise les demandes (voir en fin de note, la procédure).

général Testé

Le général Testé (photo Mindéf) se bat encore parfois pour que le recours au spatial entre plus profondément dans les mœurs militaires françaises. " Dans la foulée des Livres blancs de 2008 et 2013, le spatial est une priorité, comme la cyberdéfense, même si nous n'avons pas forcément créé un nouveau domaine de lutte. Notre préoccupation est d'introduire l'esprit spatial dans les armées. Que les officiers aient le réflexe : qu'est-ce que le spatial peut m'amener ? Au CPCO, ça fonctionne et si le général Castres restait quinze ans en poste, ça m'irait très bien... "

Conserver une capacité autonome d'analyse grâce à l'espace reste nécessaire. Malgré les coûts. Les politiques en sont convaincus depuis 2003... " Le tournant, c'est l'Irak en 2003, conte le général (2S) Henry de Roquefeuil, conseiller militaire au CNES. Et quand nous avons pu présenter au politique la preuve par des images satellites que les Américains racontaient des bobards aux Nations Unies sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein. Il y a eu le discours de Villepin à New York mais ne pas s'engager a aussi permis d'économiser 500 millions d'euros. Ce fut un levier extraordinaire pour le spatial... "

Onze satellites français

Actuellement, le CIE a la responsabilité de onze satellites d'observation (deux Hélios et deux Pléïades avec le CNES), d'écoutes (trois ELISA) et de télécommunications (deux Syracuse 3, un Athena Fidus et un Sycral 2 avec l'Italie). Il possède aussi des partenariats avec l'Allemagne et l'Italie pour l'imagerie radar avec SAR-Lupe et Cosmos SkyMed.

« Ces échanges de capacités sont très intéressants car ils nous donnent une capacité tout temps, ce qui est très intéressant dans des pays nuageux comme l'Ukraine ou la Centrafrique », indique le général Testé.

L'époque du renouvellement des capacités arrive : le programme européen optique et radar Musis (lancements entre 2018 et 2021) avec une meilleure précision qu'Hélios et l'agilité de Pléiades ; le programme CERES de renseignement électro-magnétique va s'élancer en 2020 (détection et analyse des signaux radars).

Le général Jean-Daniel Testé a piloté sur la base de Kourou cette semaine un confrère américain du Space Command de l'US Air Force. On imagine des solutions de rechange en cas de problèmes de lancements (même si on a du mal à imaginer un satellite militaire américain lancé depuis le Centre spatial guyanais...). Ils ont bien sûr comparé leurs effectifs : environ un millier de Français concernés par le spatial et 40 000 à l'USAF Space Command... Pas le même monde, y compris dans l'espace !

Comment demander (poliment) son image satellite ?

Toutes les opérations sont reliées à Creil en direct où travaille la DRM. Toutes les demandes satellites partent vers Creil et le CMOS (Centre militaire d'observation par satellite) via le poste Atos de communication. La DRM va alors hiérarchiser les priorités avant de communiquer le plan de programmation à Toulouse et aux équipes habilitées Défense du CNES qui sont les opérateurs des satellites militaires français. «  Quand les ordres sont transmis, le CNES programme. On est les chauffeurs des satellites », précise le général (2S) de Roquefeuil.

En combien de temps, peut-on reprogrammer un satellite pour une demande jugée urgente, en provenance d'un officier perdu dans le désert sahélien pour le compte de l'opération Barkhane? La réponse est variable mais dans la configuration la plus favorable (juste avant de passer au-dessus des relais et les grandes oreilles des îles Kerguelen, à Toulouse et à Kiruna en Laponie suédoise), on peut réorienter un satellite en 45 minutes.

Source : Défense globale, lavoixdunord.fr
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