LIBRE OPINION : Pourquoi l'armée française veut des C-130

Posté le vendredi 05 juin 2015
LIBRE OPINION :  Pourquoi l'armée française veut des C-130

Comme Air & Cosmos le révélait en exclusivité, l’actualisation de la loi de programmation militaire prévoit « l’étude de la mise à disposition d’une capacité de 4 C-130 supplémentaires ». Un besoin complémentaire aux performances de l’A400M.

Les termes sont alambiqués et au final peu clairs… Ils cachent un bras de fer entre les armées et la DGA, et d’importants enjeux opérationnels. Tout part d’un constat : l’armée française est engagée sur de très nombreux théâtres d’opérations. Au Sahel, l’opération Barkhane se déploie sur pas moins de 5 pays ! Le transport au profit d’opérations ou de logistique y est primordial. Problème, les avions de transport tactiques (c’est-à-dire évoluant à l’intérieur d’un théâtre d’opérations) sont terriblement sollicités. Et la flotte d’appareils est insuffisante. « Nous en avons un besoin immédiat », reconnaît-on à l’état-major. « Une décision sera prise d’ici à la fin de l’année », confie l’entourage du ministre. Mais la DGA, qui souhaite s’en tenir à l’acquisition des A400M, manque d’enthousiasme.

Les enjeux de l'ATT

L’aviation de transport tactique (ATT) a plusieurs objectifs : le ravitaillement logistique (nourriture, pièces de rechange, etc.) et l’aéromobilité, pour transporter soldats et équipements. Pour l’opération Barkhane, la projection de force est primordiale. Les 3 000 soldats ne peuvent efficacement contrôler l’immense bande sahélo-saharienne qu’en intervenant rapidement et loin, là où il faut.

L’ATT est divisée en plusieurs segments: 


- Le segment « bas » est constitué de la flotte d’avions Casa CN-235, capable de transporter 6 tonnes, cet avion de transport léger a 25 m d’envergure.

- Le segment « médian » est composé de deux appareils : les C-160 Transall et C-130 Hercules. De 40 m d’envergure, ils affichent un rayon d’action de l’ordre de 5 000 ou 7 000 km pour le C-130 américain, transportant environ 20 tonnes de matériels.

- Le segment « haut » est, lui, occupé par l’A400M, aux performances bien supérieures : avec une allonge proche des 10 000 km et une vitesse de croisière à Mach 0,7 (contre Mach 0,4 pour le C-130), il peut transporter plus de 36 tonnes ! Sa large soute peut accueillir des véhicules blindés ou des hélicoptères. Des capacités bien supérieures, voire double à celles du segment médian de l’ATT et qui le rapprochent d’un avion de transport stratégique (inter-théâtres).


Complémentarité C-130/A400M


Problème, aujourd’hui le manque criant d’ATT au Sahel concerne le segment médian. L’intensité des opérations a encore accéléré le vieillissement des Transall, qui accusent des heures de vol à un prix rédhibitoire, dû à leur prolongation récurrente, les cellules ayant souffert d’une sur-utilisation depuis plus de 30 ans de services. Ils vont être retirés du service en 2020. Les 14 C-130H français entrés en service en 1987 vont subir une modernisation importante qui va impacter leur disponibilité à moyen terme. Comment conserver, dans les années qui viennent, cette capacité médiane dont les armées ont tant besoin ?

L’A400M arrive d’une part en retard ; d’autre part, il apparaît surperformant pour des missions de transport parfois minimes. Si l’Atlas est complémentaire au Hercules, il ne saurait s’y substituer. Déplacer une palette, un véhicule léger ou quelques soldats par A400M ne joue pas en faveur d’une optimisation de la flotte ATT… D’ailleurs, les Américains, qui s’intéressent à l’Atlas, ne s’y sont pas trompés : c’est bien pour remplacer leur flotte de C-17 et non de C-130 qu’ils se penchent sur la solution européenne. Les deux appareils, C-130 et A400M, sont donc bien complémentaires ! 

Des C-130 dédiés

L’actualisation de la LPM prévoit deux types de configuration particulière pour la flotte de C-130 française. Deux des quatre C-130 à acquérir doivent « pouvoir ravitailler en vol les hélicoptères », une configuration très importante au Sahel où les hélicoptères sont parfois contraints de franchir de très grandes distances. Un besoin urgent pour les armées alors qu’Airbus tarde à ouvrir cette capacité sur A400M Atlas.

La deuxième configuration est « l’armement de deux C-130 ». Il s’agit d’un besoin particulier pour les forces spéciales. Un appel d’offres va être bientôt lancé. L’entourage du ministre ne cache pas sa préférence pour le système de missiles AGM-176 Griffin de Raytheon, qui offre l’avantage d’être déjà qualifié et en service. Reste que d’autres propositions pourraient être sollicitées, comme l’AASM de Sagem adapté sous voilure par la société française AA/ROK.

photo : C-130J © Lockheed Martin

Source : Guillaume BELAN, Air et Cosmos
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