MALI : Le Mali fâche ses voisins et la France    

Posté le mercredi 02 juin 2021
MALI : Le Mali fâche ses voisins et la France      

Le président putschiste a été mis en garde par plusieurs chefs d’État africains et par Emmanuel Macron.

Les présidents africains se sont une nouvelle fois penchés, dimanche, sur le cas du Mali. La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), l’organisme régional, tenait au Ghana un sommet exceptionnel pour tenter de trouver une solution acceptable à un nouveau coup d’État qui a secoué le pays. Lundi dernier, le vice-président, le colonel Assimi Goïta, avait donné l’ordre d’arrêter le président de la transition, Bah N’Daw, et le premier ministre, Moctar Ouane. Les deux hommes avaient choisi de « démissionner » deux jours plus tard alors qu’ils étaient encore aux mains des militaires putschistes. Assimi Goïta s’était ensuite proclamé président de la transition.

La Cédéao a refusé cet état de fait et a suspendu le Mali de ses institutions, appelant « à la nomination immédiate d’un premier ministre issu de la société civile ». Elle exige un retour à « l’ordre constitutionnel ». « Nous devons rester sur nos principes. Accepter un coup d’État serait un précédent très dangereux », explique un ministre ouest-africain. « La Cédéao n’a théoriquement pas le choix. Ses statuts lui interdisent d’adouber un putsch », souligne un observateur.

Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, Emmanuel Macron, qui avait déjà, comme l’Union européenne, dénoncé « un coup d’État inacceptable », a fait montre de son agacement et prévenu le Mali et la Cédéao. Son pays « ne resterait pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition », a-t-il menacé. Le retrait des 5 100 soldats de Barkhane ne semble cependant pas dans la balance, du moins pour l’instant. « Un départ demanderait du temps », rappelle un officier de haut rang. Emmanuel Macron semble en fait redouter l’évolution du pouvoir. « Au président malien Bah N’Daw, qui était très rigoureux sur l’étanchéité entre le pouvoir et les djihadistes, j’avais dit : “L’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie !” Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerai. » En creux, le président français semble s’en prendre aux négociations, et les éventuelles concessions, avec les groupes insurgés que la junte conduit ces derniers mois sans vraiment se cacher. La ­France se montre totalement hostile à des pourparlers.

L’urgence pour la Cédéao ­consiste donc à dessiner une solution acceptable pour elle comme pour les Maliens. « Un retour à situation d’avant le coup serait le plus simple. Le problème est que beaucoup de temps a été perdu », remarque l’observateur. Ven­dredi, la Cour constitutionnelle a validé la prise de pouvoir de Goïta. Un fait accompli que la Cédéao était précisément parvenue à éviter en septembre, après un premier coup d’état en août contre Ibrahim ­Boubacar Keïta, dit « IBK ». Assimi Goïta, qui est arrivé dès samedi au Ghana, a aussi tendu la main au Mouvement du 5 juin (M5), un groupe qui pendant des mois avait manifesté contre IBK, mais qui était jusqu’à présent mis à l’écart par la junte. Le colonel Goïta a cette fois promis le poste de premier ministre au M5, qui a accepté. Il a dé­signé Choguel Maïga, un ancien ministre, dont la proximité avec la Russie inquiète à Paris mais aussi dans plusieurs capitales régionales. Pour Assimi Goïta, l’objectif semble avant tout de gagner une petite assise populaire pour son régime, très isolé, avec un certain succès.

Des méthodes de persuasion 

Le coup de force ne soulève finalement que peu de protestations à Bamako, enlevant un levier à la Cédéao dont les marges de manœuvre sont restreintes. En théorie, l’organisation dispose de redoutables moyens de pression. Elle peut exclure le Mali, imposer des sanctions, ordonner un blocage des frontières, voire le rayer du sys­tème monétaire commun. « Elle serait suivie par la communauté internationale et cela poserait très vite des problèmes insolubles à junte. Mais cela causerait encore plus de souffrance au peuple et les djiha­distes en profiteraient », analyse un responsable ouest-africain. Les chefs d’État ont ainsi choisi d’utiliser pour le moment la suspension du pays.



Tanguy BERTHEMET
Le Figaro - lundi 31 mai 2021

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Source : www.asafrance.fr