Mayotte département perdu ?  LIBRE OPINION du colonel (er) Jean-Jacques NOIROT

Posté le jeudi 08 mars 2018
Mayotte département perdu ?  LIBRE OPINION du colonel (er) Jean-Jacques NOIROT

Les Comores, j'ai connu. C'était il y a.....47 ans ! Bigre ! Comme le temps s'en va ! J'ai traîné mes rangers sur les quatre îles, mais Anjouan est la seule où je n'ai fait que me poser, sur une piste d'ailleurs archi périlleuse, courte, entourée de montagnes et face à l'océan. Chapeau les pilotes de Nord 2501 qui assuraient chaque semaine les vols de ravitaillement ! J'ai, en revanche, parcouru les trois autres, Mayotte, la Grande Comore et Mohéli, le sac au dos, la gourde bien remplie. Il s'agissait de nomadisations sans grande portée tactique, mais nécessaires pour l'entraînement à la vie en campagne, la cohésion des sections et montrer partout que la France était là. Bons souvenirs ! Mais quels crapahuts !

 

Hier soir sur TF1,  un reportage nous a montré une Mahoraise en colère contre l'insécurité régnant dans l'île, ou plutôt dans le département. Elle en a expliqué les raisons. Je vous en épargne le résumé, vous les connaissez. 

 

J'ai connu Mayotte, mais du coup, je ne la reconnais plus à travers les images entrevues dans ce reportage un peu court. De mon temps, les femmes faisaient la loi aux Comores. Il y régnait un matriarcat installé depuis toujours, bien avant l'irruption des sultans porteurs d'un islam modéré. Elles se réunissaient à certaines occasions, vêtues de leurs paréos multicolores, chantaient, jouaient, nous divertissaient dans un tourbillon folklorique dont nous admirions l'élégance et la joyeuse féerie. Que sont devenues ces coutumes ancestrales qui faisaient l'originalité de cette île magique perdue au milieu de l'océan Indien?

 

Mayotte a toujours été la plus française des îles Comores. Ce n'est pas la lubie d'un président de la République qui a fait d'elle un département français. Monsieur Messmer était le ministre de l'Outre-mer du président  Pompidou. En mars 1972, il est venu, accompagné de son épouse, visiter les Comores. À l'entrée de Dzaoudzi, il a été accueilli par une immense banderole sur laquelle on pouvait lire: Bienvenue sur cette bonne vieille terre française. Ce message venait du fond du cœur des Mahorais ; il n'était pas feint, il exprimait leur amour pour la France. Ce vieux légionnaire pour qui nous avions mis en place une section d'honneur nous avait fait part de sa vive émotion après l'accueil qu'il avait reçu, auquel il ne s'attendait pas. Mayotte aime la France. Voilà pourquoi elle est devenue un département. Qu'en serait-il aujourd'hui?

 

Un matin, mon épouse promenant mes fils dans le village de l'Abattoir, au bout du boulevard des crabes qui conduit à l'îlot de Pamanzi, est entrée discrètement dans l'école coranique. À sa vue, la maîtresse a fait lever ses élèves, et leur a fait chanter la Marseillaise. Ce n'était probablement pas la première fois qu'une Européenne  accompagnée de ses deux enfants rendait visite à cette école et y pénétrait comme ça, à l'improviste, pour voir. Après cet accueil empreint de respect et d'amitié, un échange très chaleureux s'est instauré entre mon épouse, la maîtresse et les élèves. Une jeune femme européenne oserait-elle pénétrer aujourd'hui dans une école coranique? Quel accueil recevrait-elle?

 

La Légion employait quelques Comoriens pour différentes tâches. À titre professionnel, j'avais un jardinier. La compagnie cultivait, en effet, depuis son installation dans le courant des années soixante, un potager où tant mal (souvent) que bien (parfois) nous alimentions l'ordinaire en radis, tomates, fruits divers et ananas. J'ai même tenté, sans succès, un élevage de lapins, encouragé par deux ingénieurs agronomes installés en Grande Terre. Pour ce jardinier plein de zèle, j'étais le "Lotina Ouareau", admirez la phonétique! Inutile de dire qu'il accomplissait son travail avec dévouement. À titre privé, nous avions un cuisinier, une naïa pour garder les enfants et un homme de ménage. Le jour de notre départ, ils étaient tous les quatre à l'aéroport pour nous dire au revoir. Toutes ces personnes parlaient français, et je n'ai pas le souvenir de documents, panneaux, affiches ou inscriptions rédigés dans une autre langue, que ce soit dans les lieux administratifs, les commerces, les établissements scolaires, les clubs ou les estaminets. Quelles relations existent  aujourd'hui entre les représentants de la Métropole, civils ou militaires, et les Mahorais?  Sont-elles restées aussi chaleureuses? 

 

Il me reste de ce séjour de plus d'un an aux Comores le souvenir d'une ile à l'écart -préservée ?- de notre monde moderne, mais où chacun s'investissait pour que tout se passe bien. L'hôpital où exerçait un excellent capitaine médecin de la coloniale, assisté d'un infirmier comorien formé sur le tas à la chirurgie et d'un caporal-chef de la Légion, médecin dans une vie antérieure, a sauvé beaucoup de vies. Les malades affluaient de la Grande Terre, acheminés jusqu'à Dzaoudzi par l'unique barge de l'officier marinier sans cesse sur le pont. L'électricité nécessaire au fonctionnement de tout le rocher était fournie par deux énormes moteurs diesel. Ils faisaient un boucan insupportable aux oreilles des nouveaux arrivants qui, comme tout le monde, finissaient par ne plus les entendre. 

 

Les eaux limpides du lagon, ses fonds marins aux coraux multicolores et chatoyants, la végétation luxuriante dans laquelle grouillait une vie sauvage foisonnante, les villages de pêcheurs posés comme des perles sur des rivages sablonneux, le Choungui dominateur trônant à l'aplomb de la passe en "S", la barrière de corail livrant lors des grandes marées ses trésors de coquillages, les mérous, caranques et barracudas -parfois quelques requins- abondants venant sans méfiance s'aventurer devant nos flèches, tout cela ressemblait à un paradis dont j'ai gardé un souvenir ému. 

 

Le cri de détresse lancé par cette mère désespérée est parvenu jusqu'à nous. Que vont faire nos autorités ? La même chose qu'à Notre-Dame-des-Landes, dans le quartier de La Chapelle-Pajol, dans les cités laissées aux mains des bandes ? Mayotte sera-t-elle le premier département perdu de la République ? Elle est, apparemment déjà, la plus vaste zone de non droit de nos territoires. La cause en est l'absurde droit du sol, avec probablement l'envie des autres îles de voir Mayotte quitter la France et les rejoindre, pour reconstituer l'archipel des Sultans Batailleurs d'antan. Pour cela tout est bon, y compris l'introduction d'agitateurs islamiques fanatisés apportant insécurité et délinquance. La Métropole, incapable de résoudre chez elle le problème d'une immigration inassimilable, exporte avec succès et en l'aggravant son désastreux modèle de dislocation sociale. Mayotte la belle, île ingénue, plus jeune des filles de la République, est soudain agressée parce qu'elle arbore, telle une exotique et majestueuse chimère, dans sa splendeur tropicale et sans fausse pudeur, le trop plein de générosité d'un système protecteur qui a perdu tout bon sens. Mais elle n'est qu'un inaccessible et jalousé modèle. Fera-t-elle les frais de notre proverbiale et calamiteuse incurie ? 

 

Souhaitons qu'il n'en soit rien et que, retrouvant leurs esprits, nos élites gouvernementales prennent les mesures de fermeté indispensables pour lui rendre son apaisante sérénité. La force n'y fera rien. Elle est présente, c'est suffisant. Ce sont notre droit et nos règlements que, là-bas, il faut, de toute urgence, changer ou adapter. 

 

Jean-Jacques NOIROT

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Source : www.asafrance.fr

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