OFFICIEL : EXTRAITS de l’audition, ouverte à la presse, de M. Michel Pinault, président du Haut comité d’évaluation de la condition des militaires (HCECM),

Posté le jeudi 17 juillet 2014
OFFICIEL : EXTRAITS de l’audition, ouverte à la presse, de M. Michel Pinault, président du Haut comité d’évaluation de la condition des militaires (HCECM),

Commission de la défense nationale et des forces armées

Mercredi 18 juin 2014

EXTRAITS de l’audition, ouverte à la presse, de M. Michel Pinault, président du Haut comité d’évaluation de la condition des militaires (HCECM), pour la présentation de son 8e rapport portant sur l’administration des militaires

Mme la présidente Patricia Adam.

…votre rapport met en évidence une dégradation de l’administration des militaires.

M. Michel Pinault, président du HCECM

Appréciation générale de l’administration des militaires

… L’administration des militaires était vue comme un modèle d’efficacité et d’attention portée aux personnels jusque dans les années 1960. Certes, elle bénéficiait alors d’une surabondance de moyens grâce au service national. Mais quoi qu’il en soit, cette administration était considérée comme efficace non seulement par les militaires eux-mêmes – ce qui est le plus important –, mais aussi par la société civile dans son ensemble, y compris la fonction publique civile, pour la qualité du suivi individualisé des carrières et pour tout ce qui relève de ce que l’on appellerait aujourd’hui les « ressources humaines ».
Or, aujourd’hui, cette avance est perdue, et du retard est pris par rapport aux pratiques qui ont cours dans le monde civil, que ce soit dans la fonction publique ou dans le secteur privé.

Quelles sont les causes de ce décrochage ? Avant tout, il s’agit d’une contrainte d’efficacité résultant d’une limitation générale des moyens, en ressources humaines tant que budgétaires.

A propos des blessés et du service de santé
… Nous n’avons pas traité ce sujet en profondeur, si ce n’est sous deux angles. Nous avons d’abord insisté sur le haut degré de satisfaction des militaires à l’endroit du Service de santé des armées (SSA). Le Haut comité est un soutien fervent des actions, de la politique conduite et de la proximité du SSA. Nous n’avons entendu que des éloges de ce service dans les unités et chez les personnels en retour d’OPEX. Comme vous le savez, une réforme du SSA est en cours et nous avons souligné, dans nos rapports, que cette réforme devait préserver la qualité d’un service que je n’hésite pas à qualifier d’exceptionnelle.


M. Nicolas Dhuicq (député).
Je souhaiterais poser deux questions. La première concerne le système Louvois. Celui-ci a été un échec, sans doute aussi parce que depuis des décennies nos armées ont évolué sur des cultures différentes. Dès lors je suis un peu étonné que vous évoquiez les SIRH en laissant entendre qu’il faudrait agir de même, en créant une grosse structure unique. Je ne suis pas certain qu’une telle démarche soit positive. …En effet, je ne suis pas persuadé que les grosses structures soient toujours source d’économies.

Par ailleurs, et c’est le second point que je souhaite aborder, les chefs d’état-major se sont exprimés publiquement pour alerter les dirigeants civils quant à l’état critique dans lequel nous risquons de nous trouver. Vous êtes le président d’un Haut comité d’une condition qui risque de disparaître à mesure que les budgets alloués à la Défense sont réduits par les différents gouvernements depuis que le mur de Berlin est opportunément tombé. J’ai une interrogation éthique : les chefs d’état-major sont de condition militaire ; ils doivent être recrutés sur leurs compétences techniques. Trouvez-vous normal, monsieur le président, que ce soit le directeur de cabinet adjoint du ministre de la Défense qui auditionne les candidats à ces postes dans la perspective de leur vacance prochaine ? Trouvez-vous par ailleurs normal que les questions posées dans ce cadre soient des questions d’ordre non-professionnel ?


M. Alain Rousset (député).
Je ne crois pas avoir vu de développements sur la formation dans votre rapport. Or l’armée est à ma connaissance le seul corps administratif qui sait organiser la formation permanente de ses membres, ce qui est tout à son honneur. La manière dont la mobilité s’effectue est certes parfois rude, mais beaucoup de choses intéressantes sont à mettre en avant et pourraient servir d’exemple dans d’autres administrations, d’État ou locales. En tant que président de collectivité territoriale, j’ai eu l’occasion de recruter beaucoup de militaires. Il s’agit de personnes extrêmement loyales, par ailleurs dotées de capacités de management très intéressantes. Il faut le faire savoir à l’ensemble des administrations. Étant assez sensible aux problématiques de formation, j’estime que les armées sont un bon exemple dans ce domaine.


M. Yves Fromion (député).

Nul ne peut nier que la réduction des moyens de la Défense, qui a débuté bien avant la période actuelle, influence l’appréciation que portent les militaires sur leur condition. Nous nous sommes rendus avec mon collègue Gwendal Rouillard dans huit pays africains dans lesquels nos forces sont déployées ; nous avons pu parler longuement avec les militaires et constater l’émergence d’un doute très profond à tous les échelons, un doute que partagent certainement les troupes de métropole qui vivent au quotidien la paupérisation de leur cadre de vie et de certains domaines professionnels. Les moyens accordés à l’instruction sont eux aussi limités et un tireur de missiles antichar peut en être réduit à ne tirer qu’un missile au cours de sa carrière. Les militaires se demandent jusqu’où ira la réduction des moyens et, je me félicite de l’intervention de mon collègue Rousset, ils font des efforts remarquables pour rester à l’écoute. Pour avoir moi-même pratiqué les rapports sur le moral pendant dix-sept ans, je peux témoigner que les remontées du terrain se font même si elles se diluent inévitablement au cours de leur transmission. Nous avons senti en Afrique parmi les hommes, dont la qualité est unanimement reconnue, une union, je dirais même une communion, quel que soit leur grade et je suis convaincu que les difficultés se situent ailleurs, dans la réduction des moyens et le manque de visibilité pour l’ensemble de la communauté militaire.

M. Michel Pinault (président du HCECM).
Je partage nombre de vos réflexions. Nous soulignons dans le rapport que peu de corps de l’État ont fourni et devront fournir autant d’efforts au sein de la collectivité nationale. C’est le sentiment des militaires. Nous avons constaté également, qu’au-delà de l’administration qui est l’objet de notre rapport, les capacités d’entraînement étaient atteintes y compris dans des régiments de premier rang.

Texte complet de l’audition :  Cliquez ici

Source : Assemblée nationale
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