OPEX « Barkhane » contre-attaque

Posté le jeudi 26 décembre 2019
OPEX « Barkhane » contre-attaque

Au Sahel, les militaires français de l’opération « Barkhane » sont furieux que se propage l’idée de leur impuis­sance à juguler les groupes terroristes qui sévissent dans les régions délaissées par l’État malien. « Eux aussi ils mangent, ils subissent des pertes », dit un gradé. Désormais, le commandement de l’opération est décidé à le faire savoir. Dimanche, en déplacement au Niger, le chef de l’État Emmanuel Macron a d’ailleurs révélé lui-même que 33 terroristes avaient été « neutralisés » la veille.

Sept autres l’ont été dans la journée suivante. Il s’agit de l’un des plus lourds bilans infligés aux groupes terroristes. « Ce nouveau succès porte à 40 le nombre de terroristes mis hors de combat au cours de la totalité de l’opération, qui a par ailleurs permis la libération de deux gendarmes maliens retenus en otage », s’est félicité l’état-major des armées. « En outre, c’est un coup très dur porté aux groupes terroristes dans la région avec la neutralisation de plusieurs motos, de véhicules armés et d’un important volume d’armement », a-t-on ajouté. Quatre pick-up saisis, dont un était équipé d’un canon antiaérien. L’opération s’est déroulée dans la forêt de Ouagadou, au Mali, près de la frontière avec la Mauritanie. Il s’agit de la zone d’action de la katiba Macina, un groupe lié à al-Qaida.

Le 9 décembre, une quinzaine de terroristes « préparant manifestement une attaque d’ampleur » avaient aussi été neutralisés au nord du Burkina Faso lors d’une « opération d’opportunité » menée par des Mirage 2000.
Dans la nuit du 14 au 15 décembre, une dizaine de djihadistes du groupe État islamique au grand Sahara, affilié à Daech, avaient été éliminés lors d’une attaque par hélicoptère. Avec toutes ces opérations, l’armée française veut montrer qu’elle a repris la main au nord-est du Mali.

Jusqu’à présent, l’armée française semblait préférer la discrétion sur ses opérations, comme pour mieux valoriser les succès maliens. Mais depuis plusieurs semaines, les groupes terroristes y donnaient le tempo en infligeant de lourdes pertes aux armées locales : une centaine de morts côté malien, 70 côté nigérien mi-décembre. À l’Élysée, on s’inquiète. Les États touchés sont quant à eux soumis à rude épreuve : « Aucune démocratie ne supporterait cela », prévient un gradé. À Paris, on a compris la nécessité de redonner des raisons d’espérer aux forces locales. « Il faut que dans les zones qu’elles contrôlent les groupes terroristes aient des pertes », insiste un militaire de « Barkhane ».

L’état-major des armées rechigne cependant à tenir un décompte des terroristes éliminés. « Il n’y a pas de chasse au scalp, ça n’a pas de sens. Le seul indicateur de performance, c’est bien le retour à l’État de droit et à la pleine gouvernance sur l’ensemble des territoires », a commenté le porte-parole des armées, le colonel Frédéric Barbry, en pointant du doigt la difficulté à laquelle est confrontée « Barkhane » : le succès ne sera pas militaire. « Il ne faut pas espérer une grande bataille qui signera le grand soir » et qui ouvrira la voie « au défilé des armées sur les Champs-Élysées », expliquait le chef d’état-major des armées, le général Lecointre, il y a quelques jours aux militaires sur place au Sahel.

Pour assurer la stabilité et la sécurité nécessaire à la reconstruction de l’État malien, la France ne veut pas être seule. Le 13 janvier, Emmanuel Macron recevra les pays membres du G5-Sahel à Pau, d’où sera lancé «un appel à la solidarité internationale». Mais Paris veut aussi associer davantage ses partenaires européens.

L’armée est aussi dépendante du soutien, notamment en termes de renseignement, de son allié américain. Or, selon le New York Times, les États-Unis étudieraient actuellement la possibilité d’un retrait de l’Afrique de l’Ouest (lire ci-dessous). Dans quelle configuration ? La ministre des Armées Florence Parly doit se rendre à Washington à la fin du mois de janvier. Les formes de l’implication américaine au Sahel seront à l’ordre du jour des discussions.

Nicolas BAROTTE
Le Figaro
26 décembre 2019

 

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

Source : www.asafarance.fr
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