OPEX: l'armée française prise de court en Syrie

Posté le samedi 19 octobre 2019
 OPEX: l'armée française prise de court en Syrie

Pris au dépourvu par le retrait américain, Paris est obligé de rapatrier ses commandos. Jean-Yves Le Drian se rend en Irak pour évoquer le dossier des djihadistes détenus sur place.

La France plie aussi bagage. Après que le millier de soldats américains déployés auprès des Kurdes luttant contre les djihadistes dans le nord de la Syrie a reçu lundi l'ordre de quitter immédiatement le pays en raison de l'offensive turque, le maintien des commandos français semble impossible.

 

Soutien logistique indispensable

Ces membres du Commandement des opérations spéciales (COS), dont le nombre officieux s'élèverait à quelques centaines, ne peuvent se maintenir sans le soutien logistique du Pentagone en matière de renseignements, désignation de cibles, ravitaillement aérien. Ils risqueraient en outre de se trouver pris sous le feu des troupes turques combattant depuis mercredi dernier les milices kurdes YPG.

Ces dernières ont accepté dimanche d'appeler au secours l'armée syrienne, qui s'est emparée, mardi, de la ville de Minbej. Une agence de presse kurde affirme que deux soldats français auraient été blessés par des obus turcs, vendredi, près de Kobané. L'artillerie turque a aussi frappé le même jour à quelques centaines de mètres d'une base américaine dans la même ville, selon le Pentagone.

 

Les Britanniques prêts aussi à se retirer

Les Britanniques, qui ont déployé des moyens équivalents, se tiennent prêts aussi à retirer leurs troupes. Un maintien de troupes européennes face aux Turcs serait d'autant plus problématique qu'il pourrait occasionner des combats fratricides entre partenaires de l'Otan, dont Ankara est un constituant clé sur son flanc sud-est.

Paris a annoncé lundi soir prendre des mesures pour assurer la sécurité du personnel français, sans autre précision. Auditionnée mardi après-midi au Sénat, la ministre des Armées, Florence Parly, n'a pas souhaité commenter les informations sur la présence du COS au Nord-Est de la Syrie, ni sur un éventuel blessé. Tout juste a-t-elle concédé que tout était fait pour que le personnel soit en sécurité. Elle a en outre confirmé un embargo net et large de toute exportation d'armement vers la Turquie, un pays « qui mène une attaque unilatérale susceptible de ruiner tous les efforts dans la lutte contre Daech ».

Mais l'industrie d'armement turque est puissante et n'achète pas plus de 50 millions d'euros par an en France. Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a annoncé qu'il allait se rendre en Irak pour y discuter de la question sensible des djihadistes étrangers détenus sur place. Paris a aussi dénoncé la « responsabilité très lourde » d'Ankara et Washington dans la situation actuelle.

 

L'opération Chammal continue sans ligne directrice

Officiellement, la France n'a jamais établi de forces au sol en Syrie depuis le lancement de l'opération Chammal en septembre 2014. Mais elle assigne bien des missions au COS. Et les Kurdes ont bien été des alliés essentiels de Paris dans la lutte contre Daech, notamment pour la libération de Raqqa ou de Deir ez Zor en Syrie. La seule force au sol revendiquée par Paris s'est déployée autour des quatre canons Caesar prêtés aux forces irakiennes pour la reconquête de Mossoul. Des canons rapatriés en France en avril dernier suite à la reconquête de la quasi-totalité du territoire occupé par l'Etat islamique.

Malgré cette « victoire »,  l'opération Chammal s'est curieusement poursuivie sans modification apparente. Chaque semaine, l'état-major évoque les sorties de sa dizaine d'avions de chasse Rafale positionnés en Jordanie et aux Emirats arabes unis, auxquels s'ajoutent différents stages imaginés pour former les soldats irakiens et leur commandement. Au total, depuis le début de l' opération « Inherent Resolve » pilotée par le commandement américain, la France a donc mobilisé un millier de soldats, dix avions de chasse et une poignée d'autres aéronefs, sans compter la mobilisation à quatre reprises de son porte-avions Charles de Gaulle au large de la Syrie.

La France qui aime à souligner sa parfaite coopération avec les Etats-Unis, et à faire état de ses 10 000 sorties aériennes en cinq ans et 2 000 « objectifs atteints », ne sait apparemment plus quelle logique suivre contre Daech, dont des centaines de membres se sont évadés à la faveur des combats dans le nord de la Syrie. A sa décharge, les volte-face de l'Amérique ne facilitent pas les choix stratégiques.

 

Anne BAUER et Yves BOURDILLON
Les Echos


Rediffusé sur le site de l'ASAF: www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr
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